Passeport léopard (7/12) : les potentiels, ce vivier que la RDC courtise sans l’avoir encore
Après les « oui » venus renforcer les Léopards, il reste une liste plus longue et plus incertaine : celle des binationaux éligibles que la RDC courtise sans les avoir encore convaincus. Lavia, Iling-Junior, Idumbo, Bakwa : un réservoir d’espoirs, une éligibilité intacte, et une même réponse pour l’instant, ni oui ni non.
Il fut un temps où porter le maillot de la République démocratique du Congo, pour un binational formé en Europe, ressemblait à un lot de consolation, la sélection qu’on rejoignait faute de mieux. Ce temps est en train de finir, et personne ne le dit plus clairement que Stanis Idumbo Muzambo. L’ailier de l’AS Monaco, né en 2005 à Melun et passé par les équipes de jeunes belges, peut choisir entre trois sélections, la Belgique, la France et la RDC. Interrogé sur l’option congolaise, il a renvoyé chacun à ses responsabilités. « C’est une question d’opportunité, mais aussi de volonté de l’équipe nationale », a-t-il expliqué à la presse belge. « Qu’est-ce qu’ils veulent de toi ? Je pense que ça joue aussi un rôle. » Et d’ajouter, comme une règle qu’il s’applique à lui-même : « Le cœur joue un rôle, mais il faut aussi être rationnel. À un moment, il faudra prendre une décision et l’assumer pleinement. »
La formule résume la nouvelle donne. Le binational courtisé ne se voit plus comme un joueur qui a besoin de la RDC ; il attend de la RDC qu’elle le convainque, projet contre projet, minutes de jeu contre minutes de jeu. C’est tout l’objet de cette deuxième liste des Léopards, celle des « peut-être ». Elle est plus fournie que celle des « oui » venus renforcer la sélection, mais chacun de ses noms tient à un fil, celui d’une décision que l’intéressé n’a pas encore prise et que rien ne l’oblige à prendre.
Lavia, le nom qui fait rêver la FECOFA
En tête de cette liste, un joueur domine par sa dimension : Roméo Lavia. Né à Bruxelles en 2004 d’une mère congolaise, le milieu défensif de Chelsea est l’un des plus beaux profils que la diaspora congolaise ait produits ces dernières années. Il a porté une fois le maillot de la Belgique en sélection A, lors d’un match amical, sans jamais disputer de rencontre officielle à ce niveau. C’est précisément ce détail qui le rend accessible : la réglementation de la FIFA, celle-là même que nous avons décortiquée dans le deuxième volet de cette série, permet à un joueur de changer d’association nationale tant qu’il n’a pas été aligné en compétition officielle chez les A. Une cape amicale n’engage à rien. Depuis l’expiration des délais fixés par la FIFA, la presse congolaise le présente comme pleinement éligible aux Léopards.
La Fédération en rêve, et ne s’en cache pas. Un renfort de ce calibre, capable de tenir l’entrejeu au plus haut niveau anglais, changerait la densité de la sélection. Mais entre l’éligibilité et l’engagement, il y a un monde, et Lavia n’a rien promis. Son cas résume l’ensemble du dossier : la porte est ouverte, la RDC pousse, l’intéressé observe. Rien n’est signé tant qu’une convocation n’a pas été honorée sur le terrain, en match qui compte.
Un vivier éparpillé de Londres à Istanbul
Derrière Lavia, la liste s’étire, et sa géographie dit à elle seule l’ampleur de la diaspora footballistique congolaise. Le vivier anglais et belge aligne Samuel Iling-Junior, l’ailier passé par Chelsea et la Juventus, qui a déjà posé en maillot congolais sur les réseaux sociaux sans jamais transformer le geste en déclaration officielle, ou encore Claudio Katunda, colosse formé en Allemagne et relancé en Belgique. Le vivier français est tout aussi riche : Dilane Bakwa, Bradley Locko, le gardien Obed Nkambadio, autant de joueurs passés par les sélections de jeunes de la France, jamais verrouillés en équipe A, que la Fédération congolaise a, selon la presse, inscrits sur ses tablettes. À ceux-là s’ajoute une réserve belge et néerlandaise que l’on cite régulièrement, de Noah Mbamba à Joseph Nonge, de Josué Kongolo à Anthony Musaba ou Alonzo Engwanda.
Tous partagent la même situation juridique, et c’est ce qui fait leur valeur autant que leur fragilité. Des sélections de jeunes qui n’engagent à rien, une éligibilité intacte, une porte que personne n’a encore refermée. Et tous partagent la même incertitude : aucun n’a dit oui. Ils forment un vivier théorique, une addition de possibles que la RDC additionne dans ses tablettes mais qu’elle n’a pas encore convertis en sélectionnés. Entre le nom coché sur une liste et le joueur qui enfile le maillot un soir de match officiel, il reste toute la distance d’une décision intime, faite de calcul sportif, d’attachement familial et d’opportunité.
Cette distance, le travail se fait pour la réduire, mais il se fait dans les coulisses, à coups d’appels, de messages, de rendez-vous discrets. C’est un travail de patience et de relation, pas de communiqué. Il ne produit pas d’annonce spectaculaire ; il produit, quand il réussit, un joueur de plus en rouge, des mois plus tard.
Le nouveau discours, et la course contre la montre
Ce qui a changé, et qui explique que ces profils regardent désormais Kinshasa autrement, c’est le récit que la RDC leur propose. Là où l’on vendait autrefois un devoir de sang, on vend aujourd’hui un projet. Les Léopards se présentent comme une aventure ambitieuse plutôt que comme un repli identitaire, adossée à une filière diaspora désormais assumée et à un projet de statut spécial pour les Congolais de l’étranger. Surtout, la sélection dispose depuis peu d’un argument que personne ne pouvait avancer il y a quelques années : une qualification au Mondial, qui transforme la proposition congolaise en promesse crédible de grande scène. Pour un jeune qui pèse ses chances de jouer un jour une Coupe du monde, la donne n’est plus la même.
Reste que la concurrence est rude, et que le temps ne joue pas pour Kinshasa. Chacun de ces profils intéresse aussi son pays de formation, ou une autre nation éligible, qui disposent souvent d’arguments supérieurs en termes de visibilité et de moyens. Sur ce terrain, la RDC aurait intérêt à méditer ce que le Maroc et le Sénégal ont réussi avec leurs binationaux. Et la fenêtre se referme d’elle-même : il suffit d’une seule cape officielle en équipe A, un bout de match en éliminatoire ou en compétition, pour que le dossier soit clos et le joueur perdu. Idumbo le dit à sa manière lorsqu’il rappelle que tout dépendra de qui lui fait confiance et de ce qui le fera progresser. La RDC ne se bat pas seulement contre d’autres fédérations ; elle se bat contre l’horloge.
Le volet précédent de cette série a montré ce que la patience pouvait rapporter : les « oui » arrachés un à un ont déjà changé le visage de la sélection. Le chapitre des potentiels dira si la Fédération sait, désormais, transformer l’intérêt en engagement, et le maillot posé sur une photo en maillot porté un soir de match. C’est là que se jouera, dans les prochains mois, une part de l’avenir des Léopards : non pas dans les noms qu’on additionne, mais dans les « oui » qu’on parviendra à décrocher avant que la porte ne se ferme.
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