Banques et finances Instruction 44 : ce que l’occupation de l’Est coûte aux banques congolaises

Instruction 44 : ce que l’occupation de l’Est coûte aux banques congolaises

Instruction 44, créances restructurées, liquidités sous tension, risque de panique bancaire : le rapport de l'ONU chiffre ce que l'occupation de l'AFC/M23 coûte au système bancaire congolais.

Instruction 44 : ce que l’occupation de l’Est coûte aux banques congolaises
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 3 JUILLET 2026 - 10:42 WAT · 5 min de lecture

Le 8 avril 2025, la Banque centrale du Congo a publié un texte technique aux effets lourds. Son numéro, l’Instruction 44, dit peu de chose à l’oreille du grand public. Sa portée, elle, touche chaque agence, chaque dépôt, chaque crédit accordé dans les zones que l’AFC/M23 occupe à l’Est. Le rapport à mi-parcours du Groupe d’experts de l’ONU, coté S/2025/858, documente l’onde de choc que cette occupation propage jusque dans les livres de comptes du système bancaire congolais.

Au moment de la prise de Goma et de Bukavu, les territoires passés sous contrôle de l’AFC/M23 concentraient environ 5 pour cent des actifs bancaires du pays, soit 900 millions de dollars, précise le rapport en annexe 14. Ces actifs ne se sont pas volatilisés. Ils se sont figés. Les agences fermées, les crédits accordés à des clients désormais coupés de toute activité formelle sont devenus, dans le langage bancaire, des créances non performantes. Des prêts que plus personne ne rembourse et que les banques doivent pourtant continuer d’inscrire à leur bilan.

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C’est ce nœud que l’Instruction 44 vient trancher. Pour protéger la solidité du secteur et anticiper les défauts en cascade, la BCC a imposé aux établissements de restructurer ces créances gelées. La mesure est prudentielle. Elle est aussi coûteuse. Le rapport écrit, en annexe 14 : « the BCC issued Instruction 44 imposing financial institutions to restructure non-performing loans from the mentioned areas, which has put additional stress on the banks’ liquidity », soit « la BCC a publié l’Instruction 44 imposant aux institutions financières de restructurer les créances non performantes des zones mentionnées, ce qui a exercé une pression supplémentaire sur la liquidité des banques ».

Cette pression sur la liquidité ne reste pas confinée à l’Est. Elle remonte le long de la chaîne bancaire nationale. Restructurer une créance, c’est immobiliser des fonds propres, provisionner des pertes, renoncer à des rentrées attendues. Chaque établissement exposé aux zones occupées voit sa marge de manœuvre se réduire. Le Groupe d’experts relève que 92 à 97 pour cent de ces actifs étaient libellés en dollars, ce qui accroît la tension sur une devise déjà rare dans le pays.

Le coût le plus insidieux est ailleurs. Il touche la confiance. La fermeture des agences dans les territoires occupés a érodé le lien entre la population et son système bancaire. Un déposant qui ne peut plus retirer son argent apprend à s’en passer, puis à s’en méfier. Le rapport documente ce risque en annexe 14 : « Branch closures in the areas controlled by AFC/M23 have eroded the trust of the population in the banking system, with a risk of disorderly deposit run once these banks physically reopen », soit « les fermetures d’agences dans les zones contrôlées par l’AFC/M23 ont érodé la confiance de la population dans le système bancaire, avec un risque de ruée désordonnée sur les dépôts une fois que ces banques rouvriront physiquement ».

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La mécanique redoutée est simple. Le jour où les agences rouvriront, des milliers d’épargnants pourraient se présenter en même temps pour vider leurs comptes. Aucune banque ne détient en caisse de quoi honorer des retraits simultanés de cette ampleur. Une ruée sur les dépôts se nourrit d’elle-même. La peur d’un voisin devient la peur de tous. C’est ce scénario, désigné en anglais par « disorderly deposit run », que la BCC cherche à désamorcer avant même qu’il ne survienne.

Les experts financiers cités par le Groupe ne prévoient pas de crise de liquidité systémique à l’échelle nationale comme conséquence directe de la situation à l’Est. Le rapport tempère sur ce point. Mais ces mêmes experts s’accordent sur une dégradation probable du système bancaire dans un avenir proche, marquée par une baisse de la confiance des clients, une hausse des créances non performantes et une capacité réduite des banques à absorber les tensions financières. Le coût de l’occupation ne se lit donc pas seulement en territoires perdus. Il se lit en confiance entamée et en bilans fragilisés.

Face à cette pression, la Banque centrale a agi pour protéger l’épargne des Congolais et la stabilité du secteur. Elle a interrompu les convois de liquidités vers Goma et Bukavu, redirigé l’enveloppe régulière vers Beni, Butembo et Bunia restées sous administration nationale, puis encadré les créances par l’Instruction 44. Chaque décision vise à contenir l’onde de choc partie des zones occupées. Pour Kinshasa, le préjudice bancaire causé par l’occupation de l’AFC/M23 relève d’une atteinte documentée à l’économie nationale, dont l’État en confie l’examen au Conseil de sécurité.

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B
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