Banques et finances Sans le Rwanda, le M23 ne survivrait pas : la finance de guerre mise à nu par l’ONU

Sans le Rwanda, le M23 ne survivrait pas : la finance de guerre mise à nu par l’ONU

900 millions de dollars d'actifs bancaires figés, fisc capté, liquidités taries : le rapport de l'ONU montre un M23 qui ne survivrait pas sans l'argent du Rwanda.

Sans le Rwanda, le M23 ne survivrait pas : la finance de guerre mise à nu par l’ONU
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 3 JUILLET 2026 - 10:32 WAT · 4 min de lecture

C’est une phrase que le Groupe d’experts de l’ONU place au cœur de son analyse économique, et elle vaut condamnation. Dans son rapport à mi-parcours S/2025/858, il rapporte que, au rythme actuel d’épuisement de ses liquidités, « AFC/M23 would not be able to survive without financial support from Rwanda », le M23 ne survivrait pas sans le soutien financier du Rwanda. La dépendance n’est plus une hypothèse, c’est une condition de survie, et c’est toute la finance de guerre de la rébellion que le rapport met à nu.

Le point de départ est un butin. À la prise de Goma et de Bukavu, les zones passées sous contrôle de l’AFC/M23 détenaient, selon le rapport, « about 5 percent of DRC’s total banking sector assets, or $900 million », environ cinq pour cent des actifs bancaires du pays, soit neuf cents millions de dollars, dont la quasi-totalité en devises. Un magot considérable, mais gelé.

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Car l’État congolais a coupé les tuyaux. La Banque centrale du Congo a stoppé ses envois de liquidités vers les agences de Goma et de Bukavu et redirigé son enveloppe régulière vers les villes gouvernementales de Beni, Butembo et Bunia. Une instruction du 8 avril 2025 a imposé aux banques de restructurer les créances des zones occupées, asséchant encore leurs réserves. La rébellion s’est retrouvée assise sur des avoirs qu’elle ne pouvait pas mobiliser.

L’asphyxie s’est étendue au fisc. Avant la conquête, les recettes des régies financières congolaises, douanes, impôts et redevances, collectées à Goma et Bukavu représentaient elles aussi « 5 percent of the DRC’s national tax receipts, or $380 to 400 million », cinq pour cent des recettes fiscales nationales, soit trois cent quatre-vingts à quatre cents millions de dollars. Leur fermeture a amputé l’État d’environ quatre dixièmes de point de produit intérieur brut.

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Le rapport note toutefois une résistance. Le manque à gagner a été partiellement contenu, parce que de nombreuses entreprises actives en zone occupée, mais dont les bureaux se trouvent en territoire gouvernemental, ont choisi de verser leurs impôts à l’État plutôt qu’à la rébellion. Une loyauté fiscale qui a limité la casse pour Kinshasa et privé l’AFC/M23 d’une part de sa rente.

C’est cette impasse qui explique la fuite en avant décrite ailleurs dans le rapport, le détournement de la banque publique CADECO, le régulateur autoproclamé AREFA, les taxes prélevées à la population et à la mine. Autant de tentatives de fabriquer des liquidités là où les circuits officiels se sont fermés. Mais aucune ne comble le trou.

Pour Kinshasa, cette radiographie financière est une pièce maîtresse. Elle relie les deux dénonciations du gouvernement, l’agression et le pillage, en une seule équation : privée des circuits congolais, la rébellion ne tient debout que grâce à l’argent de Kigali. Le Groupe d’experts ne chiffre pas ce soutien rwandais. Il établit la dépendance, et en confie l’examen au Conseil de sécurité.

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B
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