Banques et finances Une banque centrale de rébellion : comment l’AFC/M23 a bâti sa finance parallèle branchée au Rwanda

Une banque centrale de rébellion : comment l’AFC/M23 a bâti sa finance parallèle branchée au Rwanda

Banque centrale détournée, régulateur autoproclamé, enregistrement obligatoire : le rapport de l'ONU décrit le système financier parallèle de l'AFC/M23.

Une banque centrale de rébellion : comment l’AFC/M23 a bâti sa finance parallèle branchée au Rwanda
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 2 JUILLET 2026 - 14:46 WAT · 4 min de lecture

Le 7 avril 2025, le coordonnateur de l’AFC/M23, Corneille Nangaa, a fait une annonce qui relève d’ordinaire de la souveraineté d’un État : la reprise des activités de la Caisse générale d’épargne du Congo, la CADECO, pour qu’elle serve de banque centrale parallèle dans les territoires sous contrôle de la rébellion. Le rapport à mi-parcours du Groupe d’experts de l’ONU, coté S/2025/858, retrace la construction, pièce par pièce, d’un système financier de substitution dans l’Est.

Kinshasa a réagi sans délai. Selon l’annexe consacrée à cette administration financière, la CADECO de Kinshasa a démenti toute reprise dès le 5 avril, jugeant que ces opérations seraient « illegal and will constitute a direct threat to the clients’ financial security and institutional integrity », une menace directe pour la sécurité financière des clients. Sur le terrain, la rébellion a fait circuler de faux reçus fiscaux au nom de comptes CADECO que la banque nationale dit inexistants.

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La rébellion avançait pourtant à découvert. Le rapport la montre affrontant « une grave crise de liquidités » et luttant pour éviter l’effondrement économique, après la suspension des opérations bancaires formelles par le gouvernement congolais et le refus des banques privées de traiter avec une entité sous sanctions. C’est dans cette impasse qu’elle a choisi la fuite en avant institutionnelle.

L’étape suivante a été la création d’un régulateur. Début octobre, l’AFC/M23 a établi l’Autorité de régulation du secteur économique, financier et des assurances, l’AREFA, chargée de superviser banques, assurances, microfinance et transferts d’argent. Le 3 octobre, son directeur général, Cédric Fiéma Punduyange, a annoncé « the official relaunch of the financial system » dans les zones occupées, en présentant l’AREFA comme un organe créé pour « restore discipline, confidence, and financial sovereignty », rétablir la discipline, la confiance et la souveraineté financière.

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Le vocabulaire de la souveraineté a vite débouché sur la contrainte. Le 9 octobre, l’AREFA a rendu l’enregistrement obligatoire pour toutes les entités et les personnes du secteur financier opérant en territoire tenu par la rébellion. Ceux qui détenaient une licence délivrée par les autorités congolaises devaient se réenregistrer sous l’autorité de l’AREFA dans un délai de trente jours, sous peine de fermeture. La rébellion fixait aussi ses propres taux de change, plafonds de retrait et frais de transfert.

L’affaire dépasse la technique bancaire. Battre monnaie, réguler le crédit, encadrer le change sont des attributs régaliens. En s’en emparant, l’AFC/M23 ne cherche pas seulement à survivre financièrement, elle revendique un pouvoir d’État sur l’économie d’une région congolaise. Le mot « souveraineté », employé par son propre régulateur, dit l’ambition sans détour.

Pour Kinshasa, ce chapitre prolonge la bataille pour la légitimité. Le gouvernement conteste chaque acte de cette finance parallèle, de la CADECO détournée à l’AREFA autoproclamée. Le Groupe d’experts ne se prononce pas sur la validité juridique de ces structures. Il en décrit l’architecture, du faux reçu au régulateur, et laisse le Conseil de sécurité en mesurer la portée.

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B
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