Politique RDC : Célestin Tunda libéré, les dessous d’une bataille politico-judiciaire gagnée par le FCC
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RDC : Célestin Tunda libéré, les dessous d’une bataille politico-judiciaire gagnée par le FCC

RDC : Célestin Tunda libéré, les dessous d’une bataille politico-judiciaire gagnée par le FCC
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 27 JUIN 2020 - 22:25 WAT · 5 min de lecture

14h30 à Kinshasa la capitale. Dans le quartier Météo, à l’Ouest de la ville, un pick-up des forces de police parque devant le domicile de Célestin Tunda ya Kasande. Un homme en civile s’y extirpe et se dirige vers le portail. Il apporte un document. Un mandat d’amener est présenté au ministre congolais de la Justice, également vice-premier ministre.  Après une brève lecture, cet avocat chevronné oppose une fin de non-recevoir à la vingtaine d’hommes qui lui demandent alors de les suivre. Le ministre de la justice rentre dans sa maison, sa garde, des policiers, ferment le portail après lui.

Ça y est ; les réseaux sociaux s’enflamment en RDC. Arrestation en cours de Célestin Tunda ya Kasende. Rapidement, il est établi que le mandat vient bel et bien du Procureur général près la Cour de cassation. Ce dernier, affirment des sources judiciaires, a ouvert une procédure en flagrance contre le ministre de la Justice. Son immunité tombe alors. Mais la chose n’est pas facile à réaliser à Kinshasa.

Célestin Tunda est le ministre de la justice à qui la coalition de Joseph Kabila, dont il est issu et qui contrôle les deux chambres du Parlement, veut donner tout pouvoir sur les magistrats à travers trois propositions de lois contestées. Et d’ailleurs, l’ouverture de cette procédure en flagrance arrive alors que le président Félix Tshisekedi a constaté, durant le Conseil des ministres du vendredi 26 juin, que son super ministre de la justice a transmis en catimini des recommandations du gouvernement autour de ces lois, sans se référer à sa hiérarchie. « Faux en écriture et usage de faux », l’accuse-t-on rapidement.

Le Haut cadre du PPRD, le principal parti de Joseph Kabila, voit sa famille politique lever de boucliers. Des coups de fils fusent entre la résidence de Célestin Tunda est des autorités. D’abord en direction de Victor Mumba, le Procureur général près la Cour de cassation. Ce dernier confirme au ministre le mandat d’amener. Ensuite, des interventions pleuvent. Mais rien. Ce PG est déterminé. Quant au président Félix Tshisekedi, il est soudainement injoignable, tout comme son prédécesseur, l’ancien président Josep Kabila. La tension monte alors. Mais le ministre de la Justice ne peut résister, face à la menace des policiers d’enfoncer son portail.  

Ilunkamba menace de démissionner, la justice voit ses limites

Célestin Tunda sort finalement de son domicile et s’engouffre dans son 4×4 tout blanc et demande aux policiers de le suivre. Direction, le bureau du Procureur général près la Cour, au centre-ville de Kinshasa. Il arrive peu avant 18h, avant d’être plongée dans audition interminable.

Dehors, une mobilisation impressionnante. Des hauts cadres du FCC sont tous là : en commençant par Jaynet Kabila, la sœur-jumelle de Joseph Kabila ; mais également l’ancien candidat président Emmanuel Shadary ou encore Aubin Minaku, l’initiateur de la loi. Moïse Ekanga arrive également aux côtés des visages puissants de l’ancien régime. Mais tous campent impuissamment devant deux policiers du portail qui refusent de les faire passer. Seul Shadary sera brièvement autorisé.  

De l’autre côté de la ville, à la Primature, le Premier ministre lui-même, un homme qui parle rarement, hausse le ton. Il convoque rapidement une réunion d’urgence restreinte. Le vice-Premier ministre de l’Intérieur, issu du parti du président Tshisekedi est de la partie, tout comme tout l’appareil de l’Etat. A ses invités, le Chef du gouvernement, lui-même cadre du PPRD, ne va pas par quatre chemins : « si mon ministre de la Justice est écroué, je rends la démission de mon gouvernement », lance-t-il.  « Visiblement, il était déterminé à le faire », confie un Conseiller du Premier ministre à POLITICO.CD.

La réunion de la Primature à sans doute scellé le sort. A l’immeuble de l’ex-INSS où sont situés les bureaux du Procureur général près la Cour de cassation, rien n’aura filtré jusqu’à ce que, vers 20h, un cortège de véhicules de sorte de là à vive allure. Les jeunes militants du PPRD exultent. « Maintenant vous savez qui détient le pouvoir », lancent quelques-uns. Célestin Tunda ya Kasende est libre. Il n’a même pas été auditionné par le Procureur Mumba, mais par un Avocat général. Il n’y aura de poursuite. Plus donc de faux comme on laissait entendre. Le ministre devrait cependant rester disponible. Vive l’Etat de droit.

Au siège du PPRD, Ramazani Shadary, qui se faisait rare depuis un moment, est réveillé. Le triomphalisme atteint le Rubicon. « Personne ne peut nous faire peur », lance-t-il devant des militants euphoriques et un ministre de la Justice accueilli en héros. « Je ne sais même pas pourquoi j’ai été interpellé aujourd’hui », enfonce Tunda ya Kasende. Des yeux des PPRD et même de l’opinion, c’est la justice de Félix Tshisekedi qui vient de tomber sur un OS ce soir. Aux militants de Vital Kamerhe de rappeler que leur leader a été victime expiatoire d’un jeu politique.

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B
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