Partis & Coalitions RDC : les Opposants du C64 dos au mur après l’annonce du dialogue

RDC : les Opposants du C64 dos au mur après l’annonce du dialogue

Le 6 juillet, au retour de Bujumbura, BETO décrivait ici une mécanique simple : une coalition qui n'existe que par un refus survit tant qu'on ne lui demande rien d'autre que de refuser. Onze jours plus tard, on lui demande autre chose. En annonçant que le chef de l'État a « levé l'option » d'un dialogue inclusif, le cardinal Fridolin Ambongo a posé sur la table de l'opposition la seule question qu'elle avait réussi à ne pas trancher : dire oui, à quoi, et à quel prix.

RDC : les Opposants du C64 dos au mur après l’annonce du dialogue
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 17 JUILLET 2026 - 22:50 WAT · 5 min de lecture

Le 6 juillet, au retour de Bujumbura, BETO décrivait ici une mécanique simple : une coalition qui n’existe que par un refus survit tant qu’on ne lui demande rien d’autre que de refuser. Onze jours plus tard, on lui demande autre chose. En annonçant que le chef de l’État a « levé l’option » d’un dialogue inclusif, le cardinal Fridolin Ambongo a posé sur la table de l’opposition la seule question qu’elle avait réussi à ne pas trancher : dire oui, à quoi, et à quel prix. Le motif invoqué par le cardinal ne portait pas sur la politique intérieure : « Notre pays aujourd’hui souffre d’une agression qui vient essentiellement de l’Est du Rwanda. Mais comment pouvons-nous faire face à une telle agression si nous sommes divisés entre nous, les fils et filles du Congo ? »

La Coalition Article 64 aligne des noms qui, hier encore, ne se parlaient pas. Martin Fayulu et son ECiDé, Jean-Marc Kabund, Moïse Katumbi et Ensemble, Augustin Matata et sa Ligue des démocrates, Delly Sesanga et Envol. Autour, les mouvements citoyens LUCHA et Filimbi, des composantes des Églises catholique et protestante, et le soutien affiché de la plateforme de Joseph Kabila. Ce qui les rassemble est un refus : empêcher la révision constitutionnelle. Ce qui les sépare, ce sont les lendemains, et il y en a quatre.

Le premier est électoral. « La finalité de notre démarche, de notre engagement, de notre combat, c’est que la loi fondamentale soit respectée. Et qu’en deux-mille-vingt-huit, Tshisekedi avec ses deux mandats usurpés, il part », a résumé Martin Fayulu, qui refuse tout dialogue « pour les postes ». Son horizon est une échéance et une urne. Sa condition, posée le 9 juillet, tient en une phrase : pas de dialogue tant que le président « n’aura pas renoncé publiquement et définitivement à son projet de changement de Constitution ». L’annonce du 17 juillet ne prononce ni le mot Constitution, ni le mot référendum. Sur le papier, la condition n’est pas satisfaite. Sur le papier, il ne peut pas y aller.

Le deuxième est une ambition présidentielle. Moïse Katumbi prépare depuis des années sa candidature au scrutin de 2028, et tout levier qui écarte le président sortant sert son calendrier. Il n’a pas réagi à l’annonce.

Le troisième est d’une autre nature. La plateforme de Joseph Kabila soutient la C64, mais son horizon n’est pas une élection. Un rapport du Groupe d’experts des Nations unies publié le 2 juillet indique que « Sauvons la RDC » a appelé à un « soulèvement populaire » dont les objectifs « correspondaient » à ceux de l’AFC/M23. C’est une conclusion d’experts, que l’intéressé conteste. La plateforme n’est pas allée à Bujumbura : José Makila y voyait un « piège » et un médiateur « partie intégrante du conflit ». Et son leader est condamné à mort par contumace depuis le 30 septembre 2025. Pour ce camp, la question n’est pas d’aller au dialogue, mais de savoir si l’on peut y aller sans être arrêté.

Le quatrième projet est celui des Églises, et c’est le seul qui ait avancé cette semaine. La CENCO et l’ECC poussaient depuis des mois leur propre feuille de route, un Pacte social que Kinshasa n’a jamais formellement accepté ni rejeté. Le cardinal avait prévenu que « toute initiative qui se limite à des arrangements entre politiciens est vouée à l’échec ». Le 17 juillet, il annonce le dialogue depuis une caméra de la Présidence et déclare : « Nous avons accepté cette mission que le chef de l’État nous confie. » Les Églises voulaient tenir le stylo. Elles le tiennent. Sauf qu’elles le tiennent d’une main qui n’est pas celle de la coalition.

C’est là que la position se resserre. Les trois autres composantes de la C64 doivent désormais se prononcer sur un dialogue porté par leur propre allié religieux, convoqué par leur adversaire, et dont l’ordre du jour n’est pas écrit. Refuser, c’est refuser aux Églises ce qu’elles réclamaient depuis des mois, et prendre le risque du reproche. Accepter sans que la condition sur la Constitution soit levée, c’est renoncer à ce qui tenait la coalition ensemble. Négocier les conditions, c’est entrer dans le processus par la porte de service.

Le précédent existe, et il est récent. La marche vers le Palais de la Nation devait avoir lieu le 8 juillet ; elle a été reportée au 22 pour permettre le déplacement à Bujumbura. Fayulu a juré qu’un report n’était pas un recul, rappelant les mobilisations des 19 mai, 3 et 12 juin. La coalition sait donc déplacer son calendrier quand une invitation arrive. Elle l’a fait une fois.

Le pouvoir, lui, dispose d’un argument tout prêt. Par la voix de Peter Kazadi, l’Union sacrée a accusé la C64 de servir de couverture au « projet de Kigali », en s’appuyant sur les liens que l’ONU établit entre l’entourage de Joseph Kabila et l’AFC/M23. L’invitation au dialogue rend cet argument plus tranchant : celui qui refuse de s’asseoir devra expliquer pourquoi.

Rien, à ce stade, n’a rompu. La C64 reste formellement unie contre la révision constitutionnelle, et ses composantes répètent qu’aucune divergence de méthode n’entame le fond. Aucune n’avait réagi à l’annonce à l’heure où ces lignes sont écrites. Mais la question qui les attend n’est plus de savoir ce qu’elles refusent. C’est de savoir si elles s’assoient.

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B
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