Dossiers spéciaux Aru et Arua : la frontière que le virus ignore, et le pari du plan RDC-Ouganda
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Aru et Arua : la frontière que le virus ignore, et le pari du plan RDC-Ouganda

Aru en RDC, Arua en Ouganda : deux villes jumelles, mêmes populations, même langue. Sur cette frontière que le virus ignore, Kinshasa et Kampala lancent un plan de 90 jours — équipes conjointes, centre de traitement cogéré, laboratoires. « Nous sommes au niveau 3 ou 4 », prévient l’OMS.

Aru et Arua : la frontière que le virus ignore, et le pari du plan RDC-Ouganda
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 26 JUIN 2026 - 15:05 WAT · 4 min de lecture

D’un côté Aru, en territoire congolais. De l’autre Arua, en Ouganda. Deux noms presque identiques pour deux villes que tout relie et qu’une ligne sur la carte sépare sans vraiment les diviser. C’est sur ce point de passage du nord de l’Ituri que Kinshasa et Kampala ont décidé de coudre ensemble leur riposte à Ebola. Le 24 juin, les deux pays ont annoncé un plan transfrontalier de quatre-vingt-dix jours, avec Aru pour priorité.

La directrice régionale des urgences de l’OMS pour l’Afrique par intérim, la docteure Marie Roseline Bélizaire, s’y est rendue à la mi-juin. Ce qu’elle y a vu tient en une observation de bon sens. « Quand vous regardez la frontière, vous ne voyez pas vraiment la limite de démarcation, la différence entre les populations », a-t-elle confié à ONU Info. « Les noms sont presque similaires, Aru et Arua. C’est parce que ce sont les mêmes populations qui habitent, ils parlent la même langue locale. » Et d’ajouter : « Les échanges sont vraiment intenses, que ce soit les échanges commerciaux, les échanges familiaux, les échanges humains. »

Pour un virus qui se transmet par contact, une telle frontière n’existe pas. Un malade peut être contaminé côté congolais, traverser pour se faire soigner côté ougandais, et ramener la chaîne de transmission au retour. C’est précisément ce que le plan veut interrompre. Les deux pays ont convenu de déployer des équipes conjointes le long de la frontière, de renforcer les capacités de laboratoire et d’installer un centre de traitement cogéré par des soignants congolais et ougandais. L’objectif affiché : rapprocher les soins des populations du côté congolais, pour leur éviter d’aller chercher un traitement en Ouganda.

Ce dispositif bilatéral s’emboîte dans un édifice plus large. Dès le 22 mai, la RDC, l’Ouganda et le Soudan du Sud adoptaient à Kampala un plan d’action conjoint de surveillance transfrontalière. Le 5 juin, l’Africa CDC et l’OMS lançaient un plan continental de six mois, assorti d’un appel à mobiliser 518 millions de dollars. Le plan de quatre-vingt-dix jours sur Aru en est la déclinaison la plus concrète, à l’endroit le plus exposé.

Sur le terrain, les moyens ont grossi. Quelque 400 lits sont disponibles, quatre laboratoires fonctionnent, dont deux capables d’analyser près de mille échantillons par jour. La riposte s’organise, selon l’OMS, autour de onze piliers — de la surveillance communautaire au soutien psychosocial, des centres de transit à la prise en charge nutritionnelle. Mais l’écart avec ce qu’il faudrait reste large. « Dans l’objectif que doit être cette riposte, sur une échelle de 0 à 10, je pourrais dire que nous sommes au niveau 3 ou 4 », mesure la docteure Bélizaire. À Beni, elle dit avoir trouvé des équipes locales techniquement prêtes, mais à court de ressources humaines et de logistique.

Les chiffres rappellent l’enjeu de cette couture frontalière. Au 24 juin, la RDC comptait 1 155 cas confirmés et 304 décès. L’Ouganda, lui, en recensait vingt, dont deux mortels, tous reliés à la souche congolaise — la preuve que le virus a déjà fait le voyage. C’est cette même bascule qui avait conduit l’OMS, le 17 mai, à déclarer une urgence de santé publique de portée internationale couvrant les deux pays.

Aru n’est pas un point de passage choisi au hasard. L’une des toutes premières alertes de l’épidémie actuelle en est partie : un épidémiologiste de l’OMS, lui-même survivant d’une flambée passée, avait été prévenu par un pasteur qu’un corps saignait du nez et de la bouche lors d’un enterrement. La maladie est entrée par cette porte. C’est par cette porte, désormais, que les deux pays espèrent l’empêcher d’aller plus loin. Reste la question que pose la docteure Bélizaire à sa manière : l’expertise est là, les moyens doivent suivre.

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B
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