Politique Marche du 8 juillet : comment l’opposition et le pouvoir se dirigent vers une collision évidente

Marche du 8 juillet : comment l’opposition et le pouvoir se dirigent vers une collision évidente

À trois semaines d’un sit-in réprimé dans le sang, l’opposition maintient sa marche du 8 juillet sur le Palais de la Nation. Parquet, ministre, UDPS : le pouvoir multiplie les signaux d’hostilité.

Marche du 8 juillet : comment l’opposition et le pouvoir se dirigent vers une collision évidente
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 26 JUIN 2026 - 14:56 WAT · 3 min de lecture

C’est une marche que rien ne semble devoir apaiser. La Coalition Article 64, qui rassemble Martin Fayulu, Jean-Marc Kabund, Moïse Katumbi, Augustin Matata et Delly Sesanga, a notifié au gouverneur de Kinshasa son intention de marcher le 8 juillet sur le Palais de la Nation, siège de la présidence, pour y remettre un mémorandum à Félix Tshisekedi. Trois semaines après un sit-in réprimé dans le sang, opposition et pouvoir avancent l’un vers l’autre.

Le précédent du 12 juin pèse sur tout. Ce jour-là, l’opposition avait voulu manifester devant le Palais du Peuple, malgré l’interdiction du gouverneur Daniel Bumba, pour qui « le Palais du Peuple demeure un site inviolable ». Le repli proposé sur un terrain de Kasa-Vubu avait été refusé, et les affrontements avec la police avaient laissé plusieurs leaders blessés, dont Fayulu, Sesanga, Kabund et Ados Ndombasi. Le bilan humain, lui, reste disputé : la coalition a parlé de deux morts et de centaines de blessés, le gouvernement provincial d’une vingtaine de blessés légers, l’ONU d’un décès et de plusieurs blessés, les deux décès annoncés n’ayant pas été confirmés de source indépendante.

À LIRE AUSSI Au Palais du Peuple, le sit-in de l’opposition empêché

Depuis, le pouvoir a multiplié les signaux d’hostilité. Le 20 juin, le procureur général près la Cour de cassation a annoncé l’ouverture d’une information judiciaire « en vue d’établir les responsabilités pénales relatives aux dégâts tant matériels qu’humains » du 12 juin, et mis en garde contre la « propagation de faux bruits », passible de poursuites. La contestation est ainsi judiciarisée avant même que la marche n’ait lieu.

Le ton est monté d’un cran avec deux accusations graves, qu’aucune preuve publique n’étaye. Le 24 juin, le ministre des Droits humains, Samuel Mbemba, a affirmé tenir des informations sur des « manœuvres visant à porter atteinte à la vie » de certains manifestants, pour en imputer la responsabilité aux agents publics, et déconseillé la marche. Quatre jours plus tôt, le secrétaire général de l’UDPS, Augustin Kabuya, accusait l’opposition de préparer un « plan criminel » pour « s’attaquer aux ambassades » de la Gombe et « créer un climat de chaos ».

À LIRE AUSSI Au lendemain du 12 juin, le front des condamnations s’élargit

Face à ces mises en garde, la coalition n’a pas reculé. « Le combat pour la défense de l’ordre constitutionnel, de la démocratie et de l’État de droit continue », a-t-elle redit. Surtout, son exigence a durci : là où le 12 juin protestait contre le projet de révision constitutionnelle, le 8 juillet réclame le départ du chef de l’État. « Nous irons marcher au Palais de la Nation pour demander à monsieur Tshisekedi de démissionner », a déclaré Martin Fayulu.

Au 25 juin, aucun arrêté n’a formellement interdit la marche du 8 juillet, que l’opposition vient seulement de notifier. Mais entre l’interdiction du 12 juin, l’enquête du parquet et les accusations de complot, les ingrédients d’un nouveau face-à-face sont réunis. Reste la question que personne, des deux côtés, ne formule à voix haute : que se passera-t-il si des milliers de manifestants convergent, le 8 juillet à neuf heures, vers un palais que le pouvoir tient pour inviolable ? Le 12 juin en a donné un avant-goût.

Commentaires
B
Cet article respecte les principes de transparence éditoriale de BETO. En savoir plus ›
Et aussi…