Dialogue national : l’ACAJ soutient l’initiative, mais fait de la justice pour les victimes une ligne rouge
Dialogue national : l’ACAJ soutient l’initiative, mais fait de la justice pour les victimes une ligne rouge
AFP
L’Association congolaise pour l’accès à la justice, l’ACAJ, a apporté son soutien au dialogue national inclusif annoncé par Félix Tshisekedi, tout en posant une condition qu’elle refuse de voir négociée, la justice pour les victimes. Dans un communiqué publié le 23 juillet à Kinshasa, l’organisation de défense des droits humains présidée par Georges Kapiamba estime que le dialogue « demeure un instrument essentiel pour renforcer la cohésion nationale, restaurer la confiance entre les acteurs et promouvoir des solutions durables aux crises qui affectent la RDC ». Mais elle prévient qu’il ne saurait se faire au prix de l’impunité.
Ce soutien est assorti de quatre conditions que l’ACAJ juge indispensables. La première est l’inclusivité, avec « la participation effective des principales forces politiques, sociales et citoyennes du pays ». La deuxième est « le respect de la Constitution, de l’État de droit et des droits fondamentaux ». La troisième porte sur les victimes, l’association demandant « la prise en compte des préoccupations des victimes des conflits, des femmes, des jeunes et des communautés directement touchées par la guerre qui sévit à l’Est de la RDC ». La quatrième vise l’intention des participants, appelés à rechercher des solutions dans l’intérêt de la Nation « en écartant toute logique de conquête ou de conservation du pouvoir ».
C’est sur le terrain de la justice que l’ACAJ se montre la plus ferme. « Ce dialogue ne devra pas servir de cadre pour récompenser les auteurs des violations graves des droits de l’homme et priver les victimes de justice », avertit Georges Kapiamba. Il ajoute qu’« il est contradictoire et immoral de défendre l’État de droit tout en soutenant les auteurs desdites violations graves des droits de l’homme ». La mise en garde vise toute démarche qui, au nom de la réconciliation, effacerait les responsabilités pénales.
Cette exigence a une portée directe sur la question, déjà épineuse, des participants. L’ACAJ encourage un large éventail d’acteurs à s’engager, y compris « les groupes armés concernés par les processus de paix », une formule qui englobe l’AFC/M23 sans le nommer. Mais elle subordonne cette ouverture à l’absence d’impunité. Autrement dit, asseoir à la table ceux qui ont pris les armes, oui, mais sans transformer le dialogue en amnistie déguisée. C’est l’un des points les plus délicats du processus à venir, tant l’inclusion des acteurs de la guerre et la demande de justice des victimes peuvent tirer dans des directions opposées.
La position de l’ACAJ s’ajoute à un concert de soutiens prudents. L’Association africaine de défense des droits de l’homme, par la voix de Jean-Claude Katende, avait salué le choix du dialogue tout en mettant en garde contre une tentative du pouvoir de le contrôler. La Coalition Article 64 a, elle, posé un ultimatum au 15 août pour la convocation effective des assises. Corneille Nangaa, coordonnateur de l’AFC/M23, a de son côté refusé d’y participer. Portée par les Églises, l’idée d’un dialogue avance donc au milieu d’un faisceau de conditions, chacun voulant s’assurer qu’il servira son camp ou sa cause.
En plaçant la justice au cœur de ses exigences, l’ACAJ ajoute une contrainte que les négociateurs auront du mal à contourner. Un dialogue peut réconcilier des adversaires politiques, il peut plus difficilement solder les crimes commis contre des civils sans heurter ceux qui les ont subis. C’est cet équilibre, entre la paix que l’on cherche et la justice que l’on doit, que l’organisation de Georges Kapiamba somme le processus de tenir.
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