Grands-Lacs Vingt cas en Ouganda, 6 100 en RDC : une seule épidémie, deux issues

Vingt cas en Ouganda, 6 100 en RDC : une seule épidémie, deux issues

Même souche, même urgence de santé publique de portée internationale déclarée le 17 mai, même enveloppe de 243 millions de dollars de la Banque mondiale. L’Ouganda a clos sa flambée à 20 cas le 28 juillet. La RDC en est à 6 100 cas et 2 950 décès au 30 août.

Vingt cas en Ouganda, 6 100 en RDC : une seule épidémie, deux issues
AFP

Rédaction Kinshasa
Kinshasa - 2 SEPTEMBRE 2026 - 12:04 WAT · 6 min de lecture

Une réunion transfrontalière s’est ouverte ce mercredi 2 septembre à Kasese, en Ouganda, entre les médecins chefs des zones de santé de Beni, Mutwanga, Kamango et Kyondo et les autorités sanitaires ougandaises. Le vice-gouverneur de Kasese, qui présidait la cérémonie, a résumé en une phrase ce que les chiffres disent autrement. « On ne peut pas se réjouir qu’Ebola soit fini en Ouganda, car il continue de tuer nos frères en RDC. On doit unir nos forces, comme on le fait contre les ADF », a-t-il déclaré.

Vingt cas d’un côté de la frontière, 6 100 de l’autre

Le virus est le même, la souche est la même, la date de départ est presque la même. L’Ouganda a déclaré son épidémie le 15 mai 2026, après importation de cas depuis la République démocratique du Congo. Elle s’est arrêtée à 20 cas confirmés, dont 15 importés du Congo et 5 contractés localement, essentiellement chez des agents de santé. Dix-huit malades ont guéri, deux sont morts. Le 28 juillet, au terme des quarante-deux jours de surveillance réglementaires, le ministre ougandais de la Santé Chris Baryomunsi a mis fin à la flambée. « Aujourd’hui, l’Ouganda est libéré d’Ebola », a-t-il déclaré.

De ce côté de la frontière, le bulletin numéro 108 du Centre d’opérations d’urgence de santé publique arrête le décompte à 6 100 cas confirmés et 2 950 décès au 30 août, pour une létalité de 48,4 %. L’Organisation mondiale de la santé écrit qu’il s’agit de la plus importante épidémie d’Ebola jamais enregistrée dans le pays. Elle classe le risque comme très élevé pour la RDC et élevé pour l’Ouganda.

Le rapport est de un à trois cents. Il ne se lit pas comme une note attribuée à deux ministères, mais comme la différence entre une flambée importée dans un pays qui contrôle ses points d’entrée et une épidémie qui se propage dans six provinces dont deux sont des zones de guerre.

La même urgence internationale, la même enveloppe

Les deux pays relèvent d’un seul et même dispositif d’exception. Le 17 mai 2026, l’OMS a déterminé que l’épidémie de maladie à virus Ebola due à la souche Bundibugyo en RDC et en Ouganda constituait une urgence de santé publique de portée internationale. La riposte est financée en commun : la Banque mondiale a annoncé le 27 mai un ensemble de 243 millions de dollars pour les deux pays, complété par une enveloppe de 10 millions du Mécanisme de financement mondial destinée au maintien des services essentiels en RDC, et par les concours du Fonds de riposte aux pandémies pour la coordination transfrontalière.

Le financement d’urgence a suivi. Le coordonnateur des secours d’urgence des Nations unies a débloqué 30,5 millions de dollars supplémentaires du Fonds central d’intervention d’urgence, en plus des 24 millions déjà déployés pour la RDC et les pays voisins. La liste de ce que la Banque mondiale finance en RDC dit l’ampleur du chantier : surveillance, capacité de laboratoire à Bunia, prévention et contrôle des infections, communication des risques, et maintien des services de santé essentiels dans plus de 3 500 formations sanitaires.

Cent cinquante-cinq soignants infectés, quarante-cinq morts

Au 9 août, l’OMS dénombrait 155 infections confirmées parmi le personnel de santé, 45 décès et 68 guérisons, soit une létalité de 29 % dans cette catégorie. C’est le point où les deux ripostes se rejoignent : en Ouganda aussi, les cinq contaminations locales ont touché des soignants.

La géographie congolaise de l’épidémie tient dans un chiffre. L’Ituri totalise 5 016 cas confirmés et 2 274 décès, dans 28 de ses 36 zones de santé. Le Nord-Kivu compte 836 cas pour 566 décès, une létalité de 67,7 %, dans 15 zones sur 34. Suivent le Haut-Uélé, la Tshopo, le Bas-Uélé et le Sud-Kivu. Soixante zones de santé sont touchées sur les 151 que comptent les six provinces concernées.

Ce que la frontière laisse passer, et ce qu’elle arrête

Le contrôle aux points d’entrée est l’un des rares indicateurs où la riposte congolaise affiche un taux élevé. Au 30 août, 254 483 personnes sont passées aux points d’entrée et de contrôle et 98,2 % des voyageurs ont été contrôlés. Dix alertes y ont été notifiées, dont cinq validées et référées au Nord-Kivu, dans les zones de santé de Beni, Oicha, Butembo et Mutwanga. Ce sont exactement les zones dont les médecins chefs siègent cette semaine à Kasese.

La coopération ne date pas de cette réunion. Le 7 juillet, quarante-huit médecins ougandais sont arrivés à Bunia, entrés en RDC par le port de Kasenyi sur le lac Albert, sous la conduite du ministre Baryomunsi. « Les équipes de la RDC et de l’Ouganda travaillent ensemble pour contenir cette épidémie », déclarait-il alors. « La maladie est réelle et notre priorité est de la maîtriser avant toute normalisation complète des mouvements transfrontaliers. » Kampala indique aussi avoir déployé deux laboratoires mobiles et deux unités de traitement à Aru et à Kasenyi, du côté congolais de la frontière.

Une réunion de trois jours face à une épidémie qui tue trente-neuf personnes par jour

La rencontre de Kasese, appuyée par l’Organisation internationale pour les migrations, porte sur la surveillance conjointe et l’harmonisation des stratégies. Elle dure trois jours. Sur les huit jours qui séparent les bulletins du 18 et du 26 août, la moyenne s’établissait à 73 nouveaux cas et 39 décès par jour en RDC.

Ce que l’expérience ougandaise apporte est précis et limité : une méthode de suivi des contacts et de bouclage d’une chaîne importée, éprouvée sur vingt cas. Ce à quoi la riposte congolaise fait face relève d’un autre ordre de grandeur, et d’un terrain où la vaccination vient à peine de démarrer, où le suivi des contacts oscille entre 80,9 % et 86,3 % selon les jours, et où la complétude des rapports tombe à 36 % au Haut-Uélé. La frontière, elle, reste la seule ligne où les deux pays disposent du même outil.

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B
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