La RDC préside le Conseil de sécurité de l’ONU en juillet, les ressources naturelles pour cible
United Nations Security Council members vote on a resolution about Yemen's security at UN Headquarters in the Manhattan borough of New York City, New York, U.S., December 21, 2018. REUTERS/Carlo Allegri
AFP
Pour un mois, c’est un pays en guerre qui tient le marteau. En juillet 2026, la République démocratique du Congo assure la présidence tournante du Conseil de sécurité des Nations unies, où elle siège comme membre élu non permanent depuis le début de l’année. Une position d’où Kinshasa entend porter son combat contre le Rwanda, non par une séance frontale sur le M23, mais par le biais d’un thème choisi avec soin, la gouvernance des ressources naturelles.
La présidence du Conseil est mensuelle et suit l’ordre alphabétique des noms d’États en anglais. C’est ainsi que la RDC, élue en juin 2025 pour un mandat de deux ans aux côtés du Bahreïn, de la Colombie, de la Lettonie et du Liberia, hérite du fauteuil en juillet. La règle diplomatique veut qu’un président ne mène pas les débats sur son propre dossier, et le programme du mois ne comporte donc aucune réunion formellement intitulée « situation dans l’est de la RDC ». Kinshasa a préféré une voie détournée mais transparente, faire des minerais le fil rouge de sa présidence.
Le rendez-vous phare est un débat public de haut niveau consacré à la gouvernance des ressources naturelles comme fondement de la paix et de la prospérité. Selon le programme de travail, ce débat doit être présidé par Félix Tshisekedi en personne, avec une intervention attendue du secrétaire général António Guterres. S’y ajoutent une réunion en format Arria, plus informel, animée par la ministre d’État aux Affaires étrangères Thérèse Kayikwamba Wagner sur les lacunes du droit international en matière de ressources, et le débat annuel sur les violences sexuelles liées aux conflits, présidé par la Première ministre Judith Suminwa Tuluka, un thème qui renvoie directement aux exactions documentées dans l’Est.
Le calcul est limpide. En braquant le projecteur sur le pillage des minerais, cœur économique du conflit, la RDC cible sans le nommer le soutien rwandais au M23, que l’ONU associe à l’exploitation illégale de l’or et du coltan. « Notre ambition est de faire des ressources naturelles un levier de paix plutôt qu’un moteur de conflits », a résumé Thérèse Kayikwamba Wagner depuis New York. Le représentant permanent de la RDC, Zénon Mukongo Ngay, a précisé que ces réunions devaient nourrir la réflexion sur un éventuel texte du Conseil consacré à la gouvernance des ressources, une résolution ou une déclaration qui resterait à négocier.
Il ne faut cependant pas surestimer la portée de l’exercice. La présidence tournante confère un pouvoir d’agenda et de mise en scène, non un pouvoir de décision, chaque résolution devant recueillir l’accord des membres et surmonter le veto des permanents. Le Rwanda n’est pas membre du Conseil, mais il dispose d’appuis, et la diplomatie congolaise sait qu’un mois de présidence ne suffira pas à obtenir une condamnation en bonne et due forme. L’enjeu est ailleurs, fixer un cadre, imposer un vocabulaire, transformer une revendication nationale en préoccupation onusienne.
Cette offensive institutionnelle s’inscrit dans une stratégie plus large. Le même mois, la RDC porte son différend avec le Rwanda devant la Cour internationale de justice, et multiplie les démarches auprès de la Cour pénale internationale. Faute de pouvoir renverser le rapport de force sur le terrain, où les Forces de défense rwandaises n’ont pas reculé, Kinshasa déplace le combat sur le terrain du droit et des institutions, là où la puissance militaire pèse moins que la légitimité.
Reste que la tribune a ses limites, et que les Kinois attendent des actes plus que des débats. Présider le Conseil de sécurité offre une visibilité rare à un pays trop souvent réduit à sa guerre, mais ne fait pas taire les armes dans les Kivu. Le mois de juillet dira si la RDC parvient à transformer ce fauteuil éphémère en levier durable, ou s’il n’aura été qu’une parenthèse honorifique dans un conflit qui, lui, ne connaît pas de présidence tournante.
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