Ebola en RDC : 295 guéris, 625 morts, 764 malades en isolement, ce que révèle vraiment le bilan
Derrière l'annonce quotidienne des chiffres, le bilan arrêté au 8 juillet dessine une épidémie où les décès représentent plus du double des guérisons et où les centres de traitement frôlent la saturation. Lecture d'un point de situation qui en dit plus que ses intitulés.
Ebola en RDC : 295 guéris, 625 morts, 764 malades en isolement, ce que révèle vraiment le bilan
AFP
Les bulletins se suivent et alignent des nombres que l’urgence rend vite abstraits. Le point de situation arrêté au 8 juillet, publié le 9, mérite pourtant qu’on s’y arrête. Sur 1 792 cas confirmés en Ituri, au Nord-Kivu et au Sud-Kivu, il fait état de 625 décès, 295 guérisons et 764 patients encore en isolement ou en cours de prise en charge. Trois nombres qui, mis côte à côte, racontent une épidémie loin d’être maîtrisée.
Le premier rapport qui saute aux yeux oppose les morts aux guéris. Avec 625 décès pour 295 personnes déclarées guéries, l’épidémie tue à ce stade plus de deux fois plus qu’elle ne libère. La létalité globale, que l’INSP maintient à 34,1 % des cas confirmés, reste toutefois en deçà de la fourchette historique de la souche Bundibugyo, comprise entre 30 et 50 %. Ce ratio n’est pas figé : il dépendra du sort des 764 malades encore pris en charge, dont l’issue pèsera lourd sur la courbe des prochains jours.
Ce chiffre de 764 patients en isolement est le second signal. Il progresse, quand la RDC ne dispose que d’environ 700 lits répartis dans une vingtaine de centres de traitement, dont l’OMS estimait le taux d’occupation à plus de 94 % au 5 juillet. La pression sur les structures approche, voire dépasse, la capacité installée. « Les centres de traitement sont arrivés à saturation », a alerté Anne Ancia, représentante de l’OMS en RDC, qui pointe aussi une pénurie d’ambulances dans la seule province de l’Ituri.
Reste le contraste avec le discours officiel. Les autorités mettent volontiers en avant la performance de la prise en charge et la montée en puissance du dépistage, passé d’une trentaine de tests par jour à plus de 2 000. Ces progrès sont réels. Mais le cumul de 295 guérisons, rapporté aux 625 décès et aux 764 patients toujours hospitalisés, rappelle que la sortie de crise n’est pas engagée. « Nous aimerions pouvoir dire que la situation se stabilise, mais, franchement, nous ne pouvons pas encore l’affirmer », concédait déjà la responsable de l’OMS.
Une dernière prudence s’impose dans la lecture de ces données. L’épidémie est due à la souche Bundibugyo, contre laquelle aucun vaccin ni traitement n’est homologué, et les chiffres eux-mêmes, précise l’Institut national de santé publique, restent susceptibles d’évoluer après nettoyage et harmonisation de la base DHIS2. Un bilan n’est pas un verdict. Mais celui du 8 juillet, lu ligne à ligne, décrit une riposte qui tient encore le choc sans avoir repris la main.
À lire aussi
- Ebola en Ituri : 9 décès sur 10 surviennent hors des centres de soins, la riposte débordée
- Ebola en RDC : où se propage l’épidémie, province par province
- Ebola : comment la RDC a fait passer son dépistage de 30 à 2 000 tests par jour
- Ebola : face à la souche Bundibugyo, une riposte privée de vaccin
- Ebola en RDC : 1 792 cas confirmés et 625 décès au 8 juillet, la coordination se renforce à Bunia