Rumba congolaise : à l’approche des cinq ans à l’UNESCO, le sacre et la panne
À l'approche des cinq ans de l'inscription de la rumba au patrimoine de l'humanité, la RDC a déjà ses musées et ses cérémonies. Mais la chaîne qui rémunère les artistes, elle, reste en panne.
Congolese singer Papa Wemba performs during a concert at the New Morning, 15 February 2006 in Paris. AFP PHOTO PIERRE VERDY (Photo by PIERRE VERDY / AFP)
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Le 14 décembre 2021, au siège de l’UNESCO à Paris, la seizième session du Comité intergouvernemental inscrivait la rumba congolaise sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité. Portée par une candidature conjointe de la République démocratique du Congo et de la République du Congo, la décision consacrait un genre né sur les deux rives du fleuve. À l’approche des cinq ans de cette inscription, en décembre 2026, l’heure est au bilan, entre la fierté d’un sacre international et la panne d’une économie musicale qui peine à rémunérer ceux qui la font vivre.
Au moment de l’inscription, l’enthousiasme officiel n’avait pas manqué. La ministre de la Culture d’alors, Catherine Katungu Furaha, résumait le sentiment d’un pays. « La rumba est notre identité. Sa reconnaissance internationale est une fierté et une richesse », déclarait-elle. Le porte-parole du gouvernement, Patrick Muyaya, abondait dans le même sens. « Cette richesse venue du Congo et exportée dans le monde entier constitue un des éléments de notre fierté », affirmait-il. Le trophée mondial était vécu comme une victoire nationale.
Une voix, pourtant, mettait déjà en garde contre l’ivresse du moment. André Yoka Lye, président de la Commission mixte RDC-Congo pour la promotion de la rumba, voyait dans l’inscription « un premier pas vers la vraie aventure de sa promotion, de sa sauvegarde et de sa viabilité ». Cinq ans plus tard, c’est à cette aventure-là, et non au ruban coupé à Paris, que se mesure le bilan.
Du côté des symboles, le pays a tenu son rang. En décembre 2025, pour les quatre ans de l’inscription, Kinshasa a inauguré un Musée national de la rumba, installé dans l’ancienne résidence de Papa Wemba à Kinshasa, acquise par l’État en 2022 et gérée par l’Institut des musées nationaux du Congo. Un marathon de trois jours, concerts et conférences, a accompagné l’ouverture. En avril 2026, un ouvrage du professeur Ribio Nzeza Bunketi Buse, rapporteur de la commission scientifique du dossier, est venu retracer le parcours de la candidature. La consécration a désormais ses lieux, ses livres et ses cérémonies.
Le portefeuille, lui, raconte une autre histoire. La Société congolaise des droits d’auteur et droits voisins, la SOCODA, est paralysée depuis un arrêt de la Cour d’appel de Kinshasa-Gombe du 24 avril 2023 annulant l’assemblée qui avait désigné sa direction. Un conflit de clans oppose depuis les partisans de Jossart Nyoka Longo à ceux de Blaise Bula, et l’organisme s’est déclaré, en octobre 2024, incapable de payer les droits d’auteur. Le site Congo Quotidien évoque plus de 80 000 dollars dilapidés, une accusation portée dans le cadre de ce conflit, que rien n’a établie de façon indépendante. Faute de rémunération régulière, nombre d’artistes survivent grâce au mabanga, ces dédicaces payantes glissées au fil des chansons.
Entre ces deux versants, une même exigence. L’inscription à l’UNESCO engage un État à sauvegarder un patrimoine vivant, ce qui suppose des vecteurs de transmission, clubs de quartier, écoles de formation, organisations communautaires, que la fiche onusienne cite comme les canaux par lesquels la rumba passe aux jeunes générations. Nommer ces canaux dans un dossier de candidature est une chose, les financer en est une autre. Le vrai bilan des cinq ans se lira moins dans le nombre de musées ouverts que dans la capacité d’un musicien de Matonge à vivre de son art.
Pour la culture congolaise, l’anniversaire de décembre 2026 aura valeur de test. Un patrimoine se célèbre par des statues et des festivals, il se protège par des institutions qui fonctionnent et des droits qui se paient. La rumba a gagné sa place au panthéon mondial. Reste à lui garantir, chez elle, les moyens de demeurer vivante, pour que le sacre de Paris ne se réduise pas à une ligne sur une liste, aussi prestigieuse soit-elle.
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