Rocades de Kinshasa : derrière les « contraintes administratives », la question du financement
Aimé Boji impute le ralentissement des Rocades à des « contraintes administratives ». Mais le financement Sicomines, ses décaissements indexés sur le cuivre et l'écart de l'Avenant 5 pèsent tout autant sur l'échéance de 2027.
Rocades de Kinshasa : derrière les « contraintes administratives », la question du financement
AFP
En inspectant dimanche le chantier des Rocades de Kinshasa, le président de l’Assemblée nationale, Aimé Boji Sangara, a imputé le ralentissement du projet à des soucis administratifs. Une explication récurrente, qui laisse dans l’ombre une autre variable: le rythme des décaissements du financement chinois.
« Il y a des petits soucis par rapport au rythme des travaux, parce qu’il y a des soucis administratifs qui ralentissent le projet. Et donc, nous allons, en tant que Parlement, nous saisir de ce dossier immédiatement pour donner un coup d’accélération », a déclaré Aimé Boji Sangara. Le tracé doit relier Mbudi à la sortie de l’avenue Njoku, avec quatre ponts, dont le plus grand affiche une portée de 180 mètres, et un échangeur à trois niveaux à Mitendi.
Le financement, lui, passe par la Sicomines, la coentreprise sino-congolaise adossée au mécanisme « minerais contre infrastructures » du contrat de 2008. Les rocades Sud-Est et Sud-Ouest, lancées en juin 2024, sont estimées à près de 395 millions de dollars. Environ 145 millions ont été décaissés à ce jour.
C’est là que le bât blesse. Selon Actualité.cd, l’Eximbank de Chine ne devait décaisser que 331,6 millions de dollars en 2024, loin des 624 millions inscrits à l’Avenant 5 renégocié la même année, soit un écart de plus de cent millions. Le Collectif Le Congo n’est pas à vendre (CNPAV) a de son côté dénoncé une stratégie de financement conditionnée à l’atteinte d’un cours du cuivre de 8 000 dollars la tonne, et réclamé un audit des contrats chinois. Le partenariat RDC-Chine revient ainsi régulièrement sur la sellette.
Les autorités, elles, défendent le modèle. L’ancien chef de service de l’Inspection générale des finances, Jules Alingete, a soutenu que « la revisitation a instauré un partenariat gagnant-gagnant et permis d’extirper les incongruités liées à la corruption et aux mauvaises pratiques ». L’Avenant 5 prévoit 324 millions de dollars par an pour les infrastructures sur vingt ans, et le gouvernement salue régulièrement l’avancement des rocades.
En mai, la Première ministre Judith Suminwa avait, quant à elle, attribué les retards essentiellement aux indemnisations des personnes expropriées le long du tracé. Entre dédouanement des matériaux, expropriations et décaissements indexés sur le cours du cuivre, l’échéance de fin 2027 dépend moins de la qualité des travaux, saluée par les visiteurs successifs, que de la régularité de l’argent.