Société Walikale : quatre enfants enrôlés dans un groupe armé par jour depuis le début des vacances, et une loi qui prévoit vingt ans

Walikale : quatre enfants enrôlés dans un groupe armé par jour depuis le début des vacances, et une loi qui prévoit vingt ans

Cinquante-six enfants ont rejoint des milices de Walikale en deux semaines de vacances, selon l’ONG GAPE. Le motif invoqué : payer les fournitures de la rentrée. La loi congolaise punit l’enrôlement de dix à vingt ans.

Walikale : quatre enfants enrôlés dans un groupe armé par jour depuis le début des vacances, et une loi qui prévoit vingt ans
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 31 JUILLET 2026 - 17:21 WAT · 7 min de lecture

Cinquante-six enfants ont rejoint des milices du territoire de Walikale, au Nord-Kivu, pendant les deux premières semaines des vacances scolaires. Le chiffre vient du Groupe d’action pour la protection de l’enfance, une ONG locale qui a mené son enquête sur le terrain et l’a rendue publique le 15 juillet. Rapporté aux quatorze jours couverts, il donne un rythme de quatre enfants par jour, dans un seul territoire.

Ce rythme est ce qui distingue le constat de Walikale des inventaires annuels auxquels la question des enfants soldats est d’ordinaire réduite. En 2025, sur les trois territoires de Beni, Butembo et Lubero réunis, l’ONG Enfant pour l’avenir et le développement avait recensé 2 054 enfants, dont 423 filles, sur douze mois. « Nos statistiques révèlent au moins 2 054 enfants, dont 423 filles, exploités et utilisés par des responsables de groupes armés. C’est un chiffre extrêmement préoccupant », déclarait alors son coordonnateur Germain Lufungula. Walikale seul, en juillet, s’approche de ce rythme quotidien.

Qui recrute, et où

Les enquêtes de GAPE couvrent plusieurs localités des groupements Waloa Uroba et Bakano. L’ONG désigne les rangs de deux formations en particulier : le groupe « Uhuru », que dirige le général autoproclamé Machite, et le groupe « Kalomendo ». Elle situe l’ensemble dans des factions Wazalendo actives sur le territoire. Walikale est aussi un territoire minier, voisin de la zone où le coltan de Rubaya alimente l’économie de guerre du Nord-Kivu.

Ces mêmes chefs avaient signé. En mai 2026, cent vingt-deux enfants, dont trente-six filles, avaient été sortis des maquis de Walikale et réintégrés dans leurs familles grâce au concours de l’UNICEF et du programme de désarmement, démobilisation, relèvement communautaire et stabilisation. Plusieurs chefs miliciens, dont ceux des groupes Uhuru et Raïya Mutomboki, s’étaient alors engagés à bannir le recrutement de mineurs. Deux mois séparent cet engagement du décompte de GAPE.

Le mécanisme de sortie fonctionne donc, et la porte se rouvre derrière lui. Cent vingt-deux enfants sortis en mai, cinquante-six entrés en quinze jours de juillet : le second chiffre représente 46 % du premier, obtenus en deux semaines contre plusieurs mois de négociation. Le sort des cent vingt-deux réintégrés n’a fait l’objet d’aucun suivi public, et rien ne permet de savoir combien d’entre eux figurent parmi les cinquante-six nouveaux cas.

Ce qui les fait partir : la rentrée

Le motif rapporté par l’ONG n’est ni l’enlèvement ni la conscription, et il tient en une ligne de budget familial. « 56 enfants au total ont été identifiés au sein de groupes armés. Selon les témoignages, ces enfants auraient quitté volontairement leurs familles pour rejoindre ces groupes, invoquant la recherche de moyens pour se procurer les fournitures nécessaires à la prochaine rentrée scolaire », explique le coordonnateur de GAPE, Bayomba Mishiki Bam’s, qui ajoute : « Il est essentiel de rappeler que la place des enfants n’est pas dans les groupes armés, mais auprès de leurs familles et à l’école. »

Le calendrier éclaire le calcul. Les vacances s’ouvrent, la rentrée approche, et la facture est connue des familles. La loi-cadre du 11 février 2014 pose à son article 3 que l’enseignement public est gratuit au primaire et au secondaire général. Les barèmes provinciaux disent autre chose : 345 000 francs congolais de plafond annuel à Kinshasa, soit environ 153 dollars, et 260 000 francs de seuil maximum au Sud-Kivu, sans compter les fournitures, les uniformes et les frais d’examen.

Le mot « volontairement », employé par l’ONG, décrit ce que les enfants ont dit. Il ne change rien à la qualification juridique de ce qui leur arrive ensuite.

Ce que la loi prévoit

Le texte est congolais, il a dix-sept ans, et il est explicite.

La loi n° 09/001 du 10 janvier 2009 portant protection de l’enfant dispose à son article 71 que « l’enrôlement et l’utilisation des enfants dans les forces et groupes armés ainsi que dans la Police sont interdits ». Le même article ajoute que l’État « assure la sortie de l’enfant enrôlé ou utilisé dans les forces et groupes armés ainsi que dans la Police et sa réinsertion en famille ou en communauté ».

L’article 53 range « le recrutement forcé ou obligatoire des enfants en vue de leur utilisation dans les conflits armés » parmi les pires formes de travail des enfants, interdites sans condition.

L’article 187 fixe la sanction. Il punit d’un à trois ans les infractions aux dispositions sur les pires formes de travail de l’enfant, puis introduit une exception qui multiplie la peine : « l’enrôlement ou l’utilisation des enfants âgés de moins de dix-huit ans dans les forces et groupes armés et la police sont punis de dix à vingt ans de servitude pénale principale ».

Dix à vingt ans, soit une peine supérieure de sept ans au maximum encouru pour les autres pires formes de travail des enfants, fixé à trois ans par le même article 187. Le texte ne distingue pas selon que l’enfant a été pris de force ou qu’il s’est présenté, il vise celui qui enrôle et celui qui utilise, quel que soit le groupe, et il est en vigueur depuis le 10 janvier 2009. Aucune poursuite engagée sur ce fondement à Walikale n’est publiquement connue, et ni le parquet du Nord-Kivu ni l’auditorat militaire ne publient de bilan des poursuites pour enrôlement d’enfants.

Le décompte officiel, et son angle mort

Le rapport du Secrétaire général des Nations unies sur la MONUSCO daté du 19 mars 2026 donne l’ordre de grandeur vérifié. La Mission y indique avoir établi 212 violations graves commises contre 185 enfants, 44 filles et 141 garçons, dont 179 cas au Nord-Kivu et 33 en Ituri. Quatre-vingts pour cent de ces violations se sont produites dans la région du Petit Nord, au Nord-Kivu. La MONUSCO a obtenu la libération de 24 enfants détenus pour association présumée avec des groupes armés non étatiques, et recensé à Goma la libération de 275 enfants détenus illégalement par l’AFC/M23.

Ces chiffres sont ceux que la Mission a pu vérifier elle-même. Le rapport note pour sa part que le nombre de victimes recensées est probablement inférieur à la réalité en raison des restrictions d’accès au Nord-Kivu. Walikale, où GAPE a compté cinquante-six enfants en deux semaines, est dans le Nord-Kivu.

GAPE a appelé les autorités civiles et militaires à intervenir d’urgence pour faire respecter la loi et extirper les mineurs des rangs des combattants. Aucune réponse publique n’est venue depuis le 15 juillet. L’ONG poursuit ses activités de sensibilisation, et n’a pas publié de bilan des libérations obtenues. La rentrée, elle, arrive.

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B
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