Droits humains Rumangabo, la fabrique des recrues : l’AFC/M23 forme sous la contrainte, la torture et l’exécution

Rumangabo, la fabrique des recrues : l’AFC/M23 forme sous la contrainte, la torture et l’exécution

Boucliers humains, torture, exécutions dans les camps : le rapport de l'ONU décrit comment l'AFC/M23 forme ses recrues sous la contrainte.

Rumangabo, la fabrique des recrues : l’AFC/M23 forme sous la contrainte, la torture et l’exécution
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 2 JUILLET 2026 - 19:38 WAT · 4 min de lecture

Le 26 mai 2025, dans le territoire de Walikale, une opération de bouclage s’est refermée sur environ quatre-vingts jeunes hommes. Soupçonnés d’être des Wazalendo, ils ont été arrêtés, transférés deux jours plus tard, revêtus d’un uniforme de l’AFC/M23 et poussés en première ligne. L’annexe du rapport à mi-parcours du Groupe d’experts de l’ONU, coté S/2025/858, décrit leur fonction sans détour : servir de boucliers humains. Ce cas n’est pas isolé. Il illustre une mécanique de recrutement et de dressage que le Groupe documente sur l’ensemble du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.

La rébellion affiche pourtant des chiffres de puissance. Le 14 septembre, elle a rendu publique la « sortie » de « 7 437 commandos » formés à Rumangabo, puis « 9 350 commandos » supplémentaires à Tchanzu le 1er octobre. Le Groupe d’experts prend ses distances : « Le Groupe d’experts n’a pas pu corroborer ces chiffres de manière indépendante. » Derrière l’affichage, la réalité des rangs est autre.

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Les recrues ne sont pas des volontaires aguerris. Le rapport les décrit « déployées sous la contrainte en première ligne », souvent dans des zones inconnues, mal équipées, parfois non armées. La loyauté ne tient pas. Les taux de désertion sont élevés, et le commandement y répond par la coercition. « Les tentatives de désertion ou le refus d’obéir aux ordres, en particulier sur les sites d’entraînement tels que Rumangabo et Tchanzu, ont donné lieu à des châtiments inhumains et à des exécutions sommaires », écrit le Groupe.

La vie dans les camps est un régime de peur. Selon des éléments qui s’en sont évadés, les recrues « étaient contraintes à endurer la faim, des maladies non soignées, des exactions physiques et des tortures ». D’après l’annexe consacrée à ces pratiques, treize membres d’un groupe d’évadés ont été exécutés au camp de Rumangabo. Le 3 juillet, la ministre des Droits humains, Chantal Chambu, a dénoncé la capture de plus de trois cents jeunes, dont des mineurs, à Rubaya.

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La contrainte se prolonge dans les villes tenues par la rébellion. Le 24 août, l’AFC/M23 a créé sa Police révolutionnaire congolaise, déployée à Goma et Bukavu. Ses opérations ont donné lieu, selon le rapport, à « des détentions arbitraires et à la conscription forcée de garçons et d’hommes ». Le Groupe s’est entretenu avec des victimes qui ont été témoins d’exécutions dans des centres de détention à Goma, où des détenus étaient « dévêtus et privés de nourriture et d’eau ».

L’ampleur du phénomène apparaît dans les statistiques. Le nombre de victimes d’enlèvements attribués à l’AFC/M23, y compris à des fins de recrutement forcé, « a dépassé le nombre de victimes tuées par ce même groupe », relève le rapport. Enlever pour grossir les rangs est devenu une pratique de masse.

Ce chapitre déplace le regard sur la nature de la rébellion. Une armée qui remplit ses rangs par la rafle, qui dresse par la torture et qui envoie des captifs en avant comme boucliers ne gouverne pas par adhésion. Le Groupe d’experts ne qualifie pas pénalement ces faits. Il en aligne la matérialité, camp par camp, et laisse le Conseil de sécurité en tirer les conséquences.

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B
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