Droits humains Bouclage, fouille, conscription : l’AFC/M23 industrialise le recrutement forcé dans les Kivu

Bouclage, fouille, conscription : l’AFC/M23 industrialise le recrutement forcé dans les Kivu

Rafles lors d'opérations de bouclage, conscription de mineurs sous prétexte de vérification d'identité : le rapport de l'ONU décrit un recrutement forcé « généralisé et systématique » de l'AFC/M23.

Bouclage, fouille, conscription : l’AFC/M23 industrialise le recrutement forcé dans les Kivu
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 3 JUILLET 2026 - 18:10 WAT · 5 min de lecture

Un matin de fin mai, une localité de Walikale se réveille cernée. Les hommes de l’AFC/M23 ferment les issues, fouillent maison par maison, alignent les jeunes hommes au prétexte d’une vérification d’identité. Ce jour-là, environ quatre-vingts d’entre eux, soupçonnés d’affiliation aux Wazalendo, sont arrêtés. La scène n’a rien d’un dérapage isolé. Le rapport à mi-parcours du Groupe d’experts de l’ONU, coté S/2025/858, la range dans une mécanique, celle d’un recrutement forcé érigé en système par le mouvement rebelle.

L’annexe 8 du document nomme la chose sans détour. Le rapport y consigne, en anglais, « the continued widespread and systematic practice by AFC/M23 to arrest and forcefully conscript underage boys and men, including during cordon-and-search operations, under the pretext of identity verification or security operations », soit la pratique persistante, généralisée et systématique de l’AFC/M23 consistant à arrêter et enrôler de force des garçons mineurs et des hommes, notamment au cours d’opérations de bouclage-fouille, sous prétexte de vérification d’identité ou d’opérations de sécurité. Le mot importe. Ce n’est pas un débordement, c’est une méthode.

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La méthode a une finalité. Le rapport la décrit comme un levier qui « enabled AFC/M23 to expand its troop strength, consolidate military control, and reinforce administrative influence over local populations, preparing conditions for further territorial expansion », c’est-à-dire qui a permis à l’AFC/M23 de gonfler ses effectifs, de consolider son contrôle militaire et de renforcer son emprise administrative sur les populations locales, préparant les conditions d’une nouvelle expansion territoriale. La conscription forcée ne se borne pas à remplir les rangs. Elle prépare la conquête.

Le bouclage-fouille est la matrice de ce dispositif. Les enquêteurs de l’ONU l’ont documenté à partir de témoignages d’anciens recrutés, de photographies et de vidéos vérifiées, à travers le Nord-Kivu et le Sud-Kivu. Un rythme s’impose. On encercle, on trie, on emmène. Les hommes et les garçons sont raflés arbitrairement, souvent sous couvert de contrôle d’identité, puis versés de force dans la troupe. Le prétexte administratif sert de porte d’entrée à l’embrigadement militaire.

Les cas d’espèce donnent la mesure du phénomène. Le 3 juillet 2025, la ministre congolaise des Droits humains, Chantal Chambu, dénonce la capture à Rubaya de trois cents jeunes hommes et davantage, dont des mineurs, emmenés vers une destination inconnue sans aucune justification légale. Des sources locales, la société civile et des témoins oculaires ont confirmé l’incident. Trois cents personnes en une seule rafle, à Rubaya, cœur minier convoité. Le chiffre dit l’échelle.

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L’engrenage ne s’arrête pas à la capture. Certains recrutés, y compris des militaires des FARDC et des policiers de la Police nationale congolaise faits prisonniers après la prise de Goma en janvier 2025, ont été exécutés par l’AFC/M23 pour tentative de désertion ou refus d’obéir, en particulier sur des sites d’entraînement comme Rumangabo. Les témoignages d’évadés recueillis par le Groupe suggèrent, selon le rapport, que ces meurtres visaient à décourager toute défection future et à resserrer le contrôle sur les conscrits. La terreur fait partie du dressage.

Un témoignage recoupé éclaire l’intérieur de la machine. Deux individus enlevés en avril 2025 avec un groupe de trente-cinq jeunes hommes ont réussi à s’échapper et ont livré leur récit en juin. Ils décrivent des recrues qui se connaissaient, séparées à dessein pour briser toute solidarité et empêcher les évasions. Ils décrivent la faim, les maladies laissées sans soin, les sévices, la torture. Sur les trente-cinq, treize ont été exécutés. Le camp de Rumangabo, où l’on relève aussi le recours à des boucliers humains, apparaît comme le nœud de ce système.

Début juillet, de massifs renforts affluent dans les territoires tenus par l’AFC/M23, incluant des recrues formées ces derniers mois. Plusieurs d’entre elles, évadées peu après leur déploiement, ont témoigné avoir été volontairement mal équipées pour survivre en première ligne, faute de confiance de leur hiérarchie. La chair à canon est jeune, contrainte, et jetée au front sans moyens. Le système consomme ceux qu’il enrôle.

Pour Kinshasa, ces pages ne relèvent plus de la dénonciation politique mais d’un constat documenté par les Nations unies. Le gouvernement en confie l’examen au Conseil de sécurité.

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B
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