Yumbi : une fusillade sur le fleuve entre militaires congolais et brazzavillois, une enquête ouverte
Le Conseil des ministres parle d'un « incident marin ». Deux militaires brazzavillois ont été conduits à Yumbi, une enquête est ouverte et les deux capitales appellent à la retenue.
Le fleuve Congo. Image d'archives, non prise sur les lieux de l'incident. Photo Présidence de la République.
AFP
Le compte rendu du Conseil des ministres du 28 août 2026 l’appelle un « incident marin ». Il s’agit d’un échange de tirs entre des militaires de la République démocratique du Congo et du Congo-Brazzaville, sur le fleuve Congo, à hauteur du territoire de Yumbi, dans le Maï-Ndombe, face à la localité brazzavilloise de Makotipoko.
Le point sur la situation opérationnelle et sécuritaire a été présenté par le vice-Premier ministre chargé de l’Économie nationale, Daniel Mukoko Samba, au nom de son collègue de la Défense nationale Jean-Pierre Bemba, en mission. Le Conseil a été informé de « contacts en cours entre les ministres de la Défense des deux pays et ceux des Affaires étrangères, qui ont activé des mécanismes de coordination et des partages d’informations pour prévenir de situations de ce genre ». Une enquête a été ouverte.
Deux récits qui ne concordent pas
Les circonstances restent disputées, et les deux capitales se gardent d’attribuer la responsabilité. La date elle-même varie : l’incident est situé au 26 août par la presse brazzavilloise, au 27 par d’autres sources. Il se serait produit à une quarantaine de kilomètres en amont de Makotipoko.
Selon le récit publié à Brazzaville, des éléments de la marine et de la gendarmerie brazzavilloises en mission de surveillance sur la rive droite ont tiré un coup de feu ; la population riveraine a alerté les militaires congolais de Yumbi ; deux militaires brazzavillois, un marin et un maréchal des logis-chef de gendarmerie, ont ensuite été appréhendés par la marine congolaise et conduits à Yumbi. D’autres versions, non corroborées par une source attribuable, avancent que le premier coup de feu serait parti du côté brazzavillois lors d’une rencontre avec des éléments des forces armées congolaises.
Aucun bilan officiel n’a été publié par l’un ou l’autre État. La ministre d’État chargée des Affaires étrangères de la RDC a évoqué des pertes en vies humaines, sans les chiffrer.
La réponse diplomatique
Thérèse Kayikwamba Wagner se trouvait à Brazzaville au moment des faits. « Je suis à Brazzaville en contact avec mon homologue. Les ministres de la Défense de nos deux pays sont en échange permanent. Nous sommes en train de finaliser la triangulation de l’information », a-t-elle déclaré. Elle a ajouté : « Cet incident ne reflète pas à l’image des relations que nous avons et des relations que nous voulons continuer à entretenir. Le souci pour nous est de voir comment les mécanismes déjà en place entre nos deux pays doivent être renforcés pour une meilleure anticipation et prévention de tels incidents. »
Ces mécanismes existent. Le 3 avril 2026 à Kinshasa, les ministres de la Défense des deux pays s’étaient rencontrés pour renforcer la sécurité aux frontières fluviales et terrestres, dans le prolongement de discussions tenues à Brazzaville en février.
Le secteur n’est pas neutre dans la mémoire récente. Le territoire de Yumbi a été le théâtre, les 16 et 17 décembre 2018, de violences intercommunautaires qui ont fait au moins 535 morts et 111 blessés selon le rapport d’enquête des Nations unies. Plus de 16 000 Congolais avaient alors franchi le fleuve pour se réfugier au Congo-Brazzaville, plusieurs milliers à Makotipoko même.
À l’est, un point de situation sans chiffres
Sur le Nord-Kivu et le Sud-Kivu, le compte rendu décrit des manœuvres visant l’occupation de nouveaux pans du territoire et assure que « nos forces armées font systématiquement échec à ces attaques et conservent l’initiative ». Aucune localité, aucune date, aucun bilan ne vient étayer cette appréciation, qui émane d’une partie au conflit.
En Ituri, le compte rendu attribue à l’approche opérationnelle du nouveau gouverneur militaire des retours de déplacés dans le territoire de Djugu, « malgré les campagnes de désinformation menées par certains leaders communautaires pour les décourager ». Ces leaders ne sont pas nommés, et le nombre de retours n’est pas indiqué.
Le général-major Gaby Kasongo Mulumba a été nommé gouverneur militaire de l’Ituri le 5 juin 2026, en remplacement du lieutenant-général Johnny Luboya Nkashama. Il tenait le 10 août un meeting à Djugu-Centre : « La paix doit être restaurée dans les villages et les chefferies. Les jeunes doivent renoncer aux groupes armés. »
Les chiffres disponibles donnent la mesure du chantier. Le rapport présenté par le Bureau de la coordination des affaires humanitaires à Bunia le 19 août fait état de 1,1 million de déplacés internes en Ituri, plus de 600 000 retournés et 1,5 million de personnes en insécurité alimentaire aiguë. Dans le seul territoire de Djugu, quelque 50 000 déplacés se trouvaient en août sur le site de la plaine de Savo après des affrontements entre les forces armées et la CODECO, et conditionnaient leur retour au remplacement des militaires qu’ils accusent de violences. Le retour des habitants de Bule a commencé le 15 août sous protection de la Monusco.
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