Société RDC : une campagne de solidarité nationale permanente, pour compenser le retrait des bailleurs
Société

RDC : une campagne de solidarité nationale permanente, pour compenser le retrait des bailleurs

Lancée le 27 août 2026, la campagne de solidarité nationale doit pallier la contraction des financements humanitaires internationaux. Le Conseil des ministres exige la traçabilité de chaque contribution.

RDC : une campagne de solidarité nationale permanente, pour compenser le retrait des bailleurs
AFP

Rédaction Kinshasa
Kinshasa - 29 AOÛT 2026 - 12:11 WAT · 6 min de lecture

Le chef de l’État a lancé le jeudi 27 août 2026 une campagne de solidarité nationale à caractère permanent, et le Conseil des ministres réuni le lendemain a instruit le gouvernement de lui apporter un appui « institutionnel, financier, matériel et logistique substantiel ». Le compte rendu de cette 97e réunion, tenue à la Cité de l’Union africaine, en précise la raison d’être et les garanties exigées.

La campagne est conçue comme « un instrument de mobilisation de la nation en faveur de nos compatriotes confrontés aux conflits armés, aux crises humanitaires et sanitaires, aux catastrophes naturelles, ainsi qu’aux différentes formes de vulnérabilité ». Le mot « permanent » la distingue d’une collecte ponctuelle.

Le motif : les bailleurs se retirent

Le compte rendu ne s’en cache pas. L’initiative répond à une exigence formulée « face à l’ampleur des besoins, particulièrement dans les zones affectées par les conflits et dans un contexte marqué par la contraction des financements humanitaires internationaux ».

C’est le point central du dossier. Le pays doit désormais mobiliser ses propres ressources là où les bailleurs se désengagent. L’écart est mesurable : le plan de réponse humanitaire pour la RDC était financé à 47 % au bilan de mi-parcours de 2026.

L’ampleur du besoin, elle, est documentée. Le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies recensait 1,83 million de déplacés internes pour le seul Nord-Kivu au 31 mai 2026, plus de 51 000 personnes déplacées depuis janvier dans le seul secteur de Katoyi, en territoire de Masisi, et une trentaine d’écoles fermées dans ce territoire. Les humanitaires eux-mêmes travaillent sous contrainte : 243 incidents de sécurité les ont visés en six mois, dont six ont entraîné la mort d’un travailleur humanitaire.

Deux fonctions assignées

La campagne doit servir à secourir, mais aussi à rassembler. Le président lui assigne une seconde mission, celle de renforcer la cohésion nationale « en faisant de la solidarité un puissant facteur d’unité entre les Congolais, sans distinction de province, d’origine, de langue, de religion ou de condition sociale ». Le compte rendu ajoute : « La souffrance d’un compatriote, où qu’il se trouve sur le territoire national, doit interpeller la nation tout entière. »

Ce second registre n’est pas fortuit. Le lancement de la campagne et l’adresse à la nation annonçant le Dialogue national pour la paix, la cohésion et la refondation de l’État ont eu lieu le même jour, le 27 août.

Qui la porte, et une date qui a bougé

La campagne est portée par la ministre d’État chargée des Affaires sociales, Actions humanitaires et Solidarité nationale, Ève Bazaiba Masudi. C’est elle qui en avait annoncé le principe le 13 août 2026, lors d’un briefing au studio Maman Angebi de la RTNC, aux côtés du ministre de la Communication et Médias Patrick Muyaya. Elle précisait alors que la campagne ne se limiterait pas à la collecte de dons en nature ou en numéraire.

Le lancement était annoncé pour le 25 août. Le compte rendu du Conseil des ministres le date du 27 août. Le décalage de deux jours n’est pas expliqué.

La limite que le texte pose lui-même

Le compte rendu fixe une borne que l’on trouve rarement dans ce type d’annonce. « Cette mobilisation citoyenne ne saurait se substituer aux responsabilités constitutionnelles et sociales de l’État », y lit-on, la campagne devant « compléter et amplifier l’action publique ».

Le raisonnement se poursuit : puisque l’État reste responsable, c’est à lui de donner l’impulsion, d’assurer la crédibilité de la campagne et de créer les conditions de sa pérennité. D’où l’appui annoncé, dont le compte rendu précise qu’il doit être à la hauteur des attentes suscitées. Cet accompagnement doit garantir quatre choses, selon le texte : la permanence de la campagne, la célérité des interventions, la mobilisation effective des forces vives de la nation et l’acheminement des ressources vers les populations qui en ont réellement besoin.

Tracer chaque contribution

L’exigence de transparence est formulée avec précision, et elle constitue la partie la plus contraignante du texte. Le président demande de garantir « que chaque contribution soit identifiée, sécurisée, tracée et effectivement affectée à sa destination, suivant des mécanismes rigoureux de contrôle, d’audit et de publication des résultats ».

Quatre exigences y sont posées, identification, sécurisation, traçabilité et affectation, auxquelles s’ajoutent trois dispositifs, le contrôle, l’audit et la publication des résultats. Aucun n’est encore mis en place. Le gouvernement, sous la coordination de la Première ministre, doit définir « dans les meilleurs délais » un mécanisme d’appui déterminant « les modalités de contribution de l’État, les sources de financement mobilisables, l’accompagnement logistique et institutionnel requis, ainsi que les dispositifs de contrôle, de traçabilité et de redevabilité ».

Ce qui n’est pas encore connu

Le compte rendu ne donne aucun chiffre. Ni le montant de l’appui de l’État, ni les sources de financement envisagées, ni l’objectif de collecte, ni le nombre de bénéficiaires visés. La formule « dans les meilleurs délais » tient lieu de calendrier.

Il ne précise pas non plus qui administre la campagne, quel organe reçoit les contributions, ni sous quel statut juridique. L’identité de l’auditeur chargé du contrôle n’est pas indiquée, ni la périodicité de la publication des résultats. Le texte n’articule pas davantage la campagne avec les dispositifs existants, qu’il s’agisse du Fonds national de solidarité ou des mécanismes de réponse humanitaire coordonnés par les agences des Nations unies et leurs partenaires.

À lire aussi

Commentaires
B
Cet article respecte les principes de transparence éditoriale de BETO. En savoir plus ›
Et aussi…