Ebola : près d’un malade sur deux en meurt, ce que Londres a constaté à Bunia
Le conseiller scientifique en chef du FCDO s'est rendu à Bunia. Une létalité de 48,2 %, une souche sans vaccin homologué et des morts qui n'atteignent jamais les centres de traitement.
le conseiller scientifique en chef du FCDO, le professeur Sir John Edmunds, s’est rendu à Bunia
AFP
Le professeur Sir John Edmunds, conseiller scientifique en chef du Foreign, Commonwealth and Development Office britannique, s’est rendu cette semaine à Bunia, dans l’Ituri, épicentre de l’épidémie d’Ebola. L’ambassade du Royaume-Uni en République démocratique du Congo a détaillé son programme sur son compte X : un centre de traitement, le laboratoire provincial, un camp de déplacés, et des réunions avec l’Organisation mondiale de la santé et les agences des Nations unies.
Un membre de phrase du message dit l’essentiel du problème. Dans le centre de traitement, il a été question des « défis à l’origine des retards dans le recours aux soins et de la persistance des décès au sein des communautés ». C’est le nœud de cette riposte.
Ce que disent les chiffres du jour
Selon le bulletin de l’Institut national de santé publique arrêté au 27 août 2026, l’épidémie a fait 2 824 décès pour 5 863 cas confirmés, soit une létalité de 48,2 %. Soixante zones de santé sur cent cinquante et une sont touchées, dans six provinces : Ituri, Nord-Kivu, Haut-Uélé, Tshopo, Sud-Kivu et Bas-Uélé.
L’Ituri concentre 82,6 % des cas, avec 4 845 confirmations et 2 185 décès. La seule zone de santé de Bunia, où s’est rendu le conseiller britannique, compte 1 336 cas et 421 décès.
Sur les trente-huit décès enregistrés en vingt-quatre heures le 27 août, vingt-trois sont survenus dans les communautés et quinze en centre de traitement. L’Organisation mondiale de la santé estimait le 10 août que 60 à 70 % des décès surviennent hors des structures de soins. Le directeur régional de l’OMS pour l’Afrique, le Dr Mohamed Janabi, expliquait alors que les malades arrivent trop tard, les villages éloignés de Bunia manquant de services et obligeant les patients à parcourir de longues distances alors qu’ils sont déjà gravement atteints.
Une souche contre laquelle il n’existe pas de vaccin homologué
L’épidémie déclarée le 15 mai 2026 est due au virus Bundibugyo, et non à la souche Zaïre. Cette distinction commande tout le reste : il n’existe aucun vaccin homologué contre Bundibugyo. Le vaccin Ervebo est autorisé contre Zaire ebolavirus, et l’OMS indique que de premières données de laboratoire et sur l’animal suggèrent qu’il pourrait offrir une certaine protection.
Le Groupe international de coordination a alloué le 19 août 70 000 doses d’Ervebo à la RDC : 20 000 pour un essai clinique de phase III destiné à évaluer son efficacité, 50 000 pour les personnels de première ligne, avec consentement éclairé obligatoire. La vaccination n’a commencé que fin août, à Buta dans le Bas-Uélé puis à Kisangani, plus de trois mois après la déclaration de l’épidémie.
L’OMS a déclaré l’épidémie urgence de santé publique de portée internationale le 17 mai, statut maintenu le 20 août. Au 20 août, 158 agents de santé avaient été infectés et 45 étaient morts.
Le laboratoire et la double charge
L’ambassade indique que la visite du laboratoire provincial de l’Ituri a mis en lumière ses capacités de séquençage et d’analyse des échantillons. Ce que les sources publiques documentent, ce sont deux implantations de l’Institut national de recherche biomédicale : le ministre de la Santé Roger Kamba annonçait le 31 mai que les tests se feraient désormais sur place à Bunia, sans transport d’échantillons, et un laboratoire de diagnostic rapide a été installé à Mungwalu le 4 juin avec l’appui de l’OMS. Aucune capacité de séquençage génomique en Ituri n’est documentée par une source publique.
Le message britannique relève un second point, rarement mis en avant : « la nécessité de maintenir les capacités de réponse à d’autres maladies tout en faisant face aux cas d’Ebola ». Une riposte qui absorbe les moyens d’un système de santé provincial le prive d’autant pour le paludisme, la rougeole ou le choléra.
Les camps de déplacés, terrain de transmission
La visite d’un camp de personnes déplacées visait à comprendre « l’impact de la crise humanitaire en RDC sur la transmission de la maladie ». Le lien est documenté. Les Nations unies rapportaient le 6 août que dix-neuf personnes déplacées avaient été contaminées et cinq étaient mortes, dans au moins cinq des soixante-neuf sites de déplacement recensés en Ituri.
Le Haut-Commissariat pour les réfugiés y décrit un mécanisme précis : « la surpopulation, le manque d’eau et d’infrastructures sanitaires, et la défiance envers les services de santé créent un terreau favorable à une propagation rapide du virus ». L’Ituri comptait 1,1 million de déplacés internes selon le rapport présenté par le Bureau de la coordination des affaires humanitaires à Bunia le 19 août.
Ce que le Royaume-Uni a engagé
Londres avait annoncé le 21 mai une aide nouvelle pouvant atteindre vingt millions de livres sterling, complétée le 3 juin par cinq millions pour la recherche sur les traitements et les diagnostics rapides. Une équipe britannique de réponse rapide en santé publique a été déployée le 16 juin, dont quatre spécialistes dans l’est du pays auprès de l’OMS.
Sir John Edmunds occupe depuis juillet 2025 les fonctions de conseiller scientifique en chef et de directeur de la direction Recherche et Preuves du FCDO. Professeur de modélisation des maladies infectieuses à la London School of Hygiene and Tropical Medicine, dont il est détaché, il a siégé au comité scientifique consultatif britannique pendant la pandémie de Covid-19 et avait été distingué en 2016 pour sa contribution à la riposte Ebola en Afrique de l’Ouest.
L’ambassade conclut que « des partenariats solides, la science et le leadership communautaire restent au cœur d’une riposte efficace aux épidémies ». Le suivi des contacts atteignait 87,3 % au 27 août, pour 28 372 contacts à suivre. Les bulletins quotidiens font état, les mêmes jours, de refus de prélèvement et de refus de listage des contacts dans plusieurs aires de santé de l’Ituri et du Nord-Kivu.
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