Sports 1974-2026 : 52 ans de traversée du désert
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Série Le long retour des Léopards Partie 1 sur 10
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Partie 1 — Sports

1974-2026 : 52 ans de traversée du désert

Ils étaient nombreux à ne connaître le Mondial des Léopards que par les récits des anciens, les images en noir et blanc, les archives de 1974 et les blessures transmises de génération en génération. Cinquante-deux ans plus tard, la RDC retrouve la Coupe du monde. Ce retour n’efface pas le passé. Il le prolonge, le répare peut-être, et ouvre une nouvelle page de l’histoire congolaise.

La Rédaction 9 juin 2026
La Rédaction
Kinshasa - 9 JUIN 2026 - 15:29 WAT · 8 min de lecture

Il y a des qualifications qui valent trois points, un billet, une ligne dans un calendrier. Et puis il y a celles qui déplacent quelque chose dans la mémoire d’un pays.

Le retour des Léopards au Mondial appartient à cette deuxième catégorie. Il ne s’agit pas seulement d’une équipe qui a gagné un match de barrage. Il ne s’agit pas seulement d’un but marqué au bout de la fatigue, de la tension et de la prolongation. Il ne s’agit même pas seulement de football.

Il s’agit d’un pays qui retrouve une scène qu’il avait quittée depuis plus d’un demi-siècle.

Quand le Congo s’appelait le Zaïre

Équipe de football 'Léopards' de Zaire, portrait en noir et blanc, avec des joueurs en maillots de sport, tenant un ballon de football sur le terrain.

La dernière fois que les Léopards avaient joué une Coupe du monde, le pays ne portait pas encore le même nom. C’était le Zaïre. C’était 1974. C’était l’Allemagne de l’Ouest. C’était une autre époque, un autre monde, une autre génération. La FIFA rappelle que le Zaïre était alors devenu le premier pays d’Afrique subsaharienne à atteindre une phase finale de Coupe du monde, après une qualification historique contre le Maroc à Kinshasa en décembre 1973. (Inside FIFA)

Depuis, le Mondial est revenu tous les quatre ans. Il est passé par l’Argentine, l’Espagne, le Mexique, l’Italie, les États-Unis, la France, le Japon et la Corée, l’Allemagne, l’Afrique du Sud, le Brésil, la Russie, le Qatar. Il a vu naître et disparaître des générations de champions. Il a transformé des joueurs en icônes mondiales. Il a changé de format, de puissance économique, de publics, de technologies, de langage médiatique.

Mais pour les Léopards, la porte restait fermée.

Pendant cinquante-deux ans, la Coupe du monde a été, pour la RDC, un souvenir plus qu’un rendez-vous. Une archive plus qu’une actualité. Un regret plus qu’un horizon.

Dans beaucoup de familles congolaises, 1974 n’est pas seulement une date sportive. C’est un récit transmis. Certains l’ont vu. Beaucoup en ont entendu parler. Les plus jeunes en connaissent parfois un épisode, souvent réduit à quelques images : les défaites, le match contre la Yougoslavie, l’action de Mwepu Ilunga face au Brésil, les commentaires étrangers, la caricature d’une équipe présentée trop vite comme naïve ou dépassée.

Mais l’histoire est plus grande que cela.

Avant d’être une blessure, 1974 fut une conquête.

Le Zaïre de cette époque n’arrive pas au Mondial comme une curiosité. Il arrive comme une puissance africaine. Les Léopards avaient déjà conquis l’Afrique. La CAF rappelle que la RDC, sous ses différentes appellations, a remporté deux Coupes d’Afrique des nations : en 1968 sous le nom Congo-Kinshasa, puis en 1974 sous le nom Zaïre. (Confédération Africaine de Football)

C’est cette grandeur qu’il faut remettre au centre du récit.

Car pendant trop longtemps, l’histoire mondiale des Léopards a été racontée par la chute. Il faut désormais la raconter par le chemin. Par ce qui précède la chute. Par ce qui suit la chute. Par ce qui survit à la chute.

Cinquante-deux ans, c’est long dans la vie d’un pays. C’est plus long que la carrière d’un joueur, plus long que le règne d’une génération sportive, plus long que le souvenir direct d’une grande partie de la population. C’est le temps nécessaire pour que des enfants deviennent parents, que des parents deviennent grands-parents, et que les récits de match deviennent des récits de famille.

Il y a ceux qui disent : “J’étais là.” Ceux qui disent : “Mon père m’a raconté.” Ceux qui disent : “Je n’avais jamais vu ça de mon vivant.” Et ceux qui, en 2026, verront pour la première fois le drapeau congolais dans une Coupe du monde.

C’est cette émotion que porte le retour des Léopards.

Guadalajara, la fin de la traversée

Joueurs de football célébrant une victoire sur le terrain, entourés de leurs coéquipiers et de membres du staff.

Le 31 mars 2026, à Guadalajara, la RDC a fait plus que battre la Jamaïque. Elle a rouvert une porte historique. La victoire 1-0 en prolongation, obtenue grâce au but d’Axel Tuanzebe à la 100e minute, a offert au pays sa deuxième participation à une phase finale de Coupe du monde, la première depuis 1974. (Reuters)

Ce genre de but n’est jamais seulement un but.

Il y a le corner. Il y a le ballon qui traîne. Il y a le corps qui surgit. Il y a la vérification. Il y a l’attente. Il y a la peur que tout soit annulé. Puis il y a la confirmation.

Et soudain, une action de quelques secondes porte cinquante-deux ans d’attente.

Dans ce moment, il y avait les joueurs sur la pelouse, le banc, le staff, les supporters présents au stade. Mais il y avait aussi Kinshasa, Lubumbashi, Goma, Kisangani, Mbuji-Mayi, Matadi. Il y avait Bruxelles, Paris, Montréal, Londres, Johannesburg. Il y avait les Congolais de l’intérieur et ceux de la diaspora. Il y avait ceux qui regardaient seuls, ceux qui regardaient en famille, ceux qui n’osaient pas regarder, ceux qui rafraîchissaient leur téléphone, ceux qui ont crié avant même de comprendre.

Le football a cette capacité rare : il synchronise les battements d’un peuple.

La RDC arrive donc au Mondial 2026 avec un groupe difficile : Portugal, Colombie, Ouzbékistan. La FIFA présente ce groupe K comme l’un des cadres du premier tour, avec notamment une entrée en matière contre le Portugal à Houston le 17 juin. (FIFA)

Mais avant même de parler tactique, adversaires, possession, transitions, pressing ou scénarios de qualification, il faut comprendre le poids du moment.

Cette équipe ne transporte pas seulement onze joueurs et un banc. Elle transporte une mémoire. Elle transporte la responsabilité de ne plus laisser la RDC exister au Mondial uniquement à travers les images de 1974. Elle transporte le droit de montrer autre chose : une équipe organisée, une génération compétitive, une identité assumée, un pays qui veut être vu autrement.

Le retour au Mondial ne réparera pas tout. Il ne règlera pas les problèmes structurels du football congolais. Il ne remplacera pas une politique sportive durable. Il ne suffira pas à transformer l’écosystème des clubs, de la formation, des infrastructures ou de la gouvernance. Mais il offre une fenêtre.

Et dans le football mondial, les fenêtres sont rares.

Pendant quelques jours, peut-être quelques semaines, le Congo ne sera pas seulement observé à travers ses crises, ses ressources, ses tensions, ses frontières, ses douleurs. Il sera regardé à travers ses joueurs. À travers son maillot. À travers son hymne. À travers ses supporters. À travers sa capacité à tenir debout face à de grandes nations du football.

C’est là que le Mondial devient plus qu’un tournoi.

Il devient une scène d’image nationale.

Les Léopards ne vont pas seulement jouer contre le Portugal, la Colombie et l’Ouzbékistan. Ils vont jouer contre le temps. Contre les clichés. Contre les vieilles images. Contre la tentation de réduire le football congolais à son passé.

Et c’est pour cela que ce retour doit être raconté lentement, profondément, sérieusement.

Il ne faut pas brûler l’histoire en une alerte. Il ne faut pas réduire cette qualification à un score. Il ne faut pas publier seulement des compositions, des notes et des résumés. Il faut raconter le long retour.

Le long retour d’un pays qui avait disparu du Mondial. Le long retour d’un maillot qui attendait son heure. Le long retour d’un nom, les Léopards, qui a traversé les régimes, les décennies, les échecs et les espérances.

En 1974, les Léopards avaient découvert le monde. En 2026, ils y reviennent avec une mission différente : ne plus seulement être présents, mais exister.

Cinquante-deux ans après, la RDC n’entre pas dans ce Mondial comme une page blanche. Elle entre avec une histoire lourde, complexe, parfois douloureuse. Mais elle entre aussi avec une chance immense : écrire une nouvelle version d’elle-même.

Le long retour des Léopards commence ici.

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B
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