RDC-Rwanda : Washington au pied du mur après le refus de Kigali de retirer ses troupes
À quelques jours de l'échéance de mi-juillet fixée par Rubio, le Rwanda refuse de retirer ses troupes de l'est de la RDC tant que les FDLR ne sont pas neutralisées. Un désaveu qui pose la question des moyens réels de Washington.
Lors de la signature de l'accord de paix entre les ministres des affaires étrangères de la République démocratique du Congo (RDC ) et le Rwanda, à Washington aux États-Unis, le 27 juin 2025.
AFP
À quelques jours de l’échéance de la mi-juillet évoquée par Washington, le Rwanda a fait connaître sa réponse. C’est non. Par la voix de son ministre des Affaires étrangères, de son armée et de plusieurs responsables, Kigali refuse de retirer ses troupes de l’est de la République démocratique du Congo tant que les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) ne sont pas neutralisées. Un désaveu frontal de la feuille de route américaine, qui laisse ouverte une seule inconnue: la réponse de Washington.
Le refus est assumé, et répété. Le chef de la diplomatie rwandaise, Olivier Nduhungirehe, martèle que le texte signé avec Kinshasa ne prévoit aucun départ immédiat. « On ne trouve nulle part le retrait immédiat des mesures défensives du Rwanda », affirme-t-il, avant de poser sa condition: « La levée de nos mesures défensives est conditionnée par la neutralisation des FDLR. » Le porte-parole des Forces de défense rwandaises, le général Patrick Karuretwa, tient le même langage: ces dispositifs, dit-il, « ne peuvent pas être levées, elles sont seulement adaptées ». Kigali accuse en prime les États-Unis d’avoir abandonné leur neutralité et dénonce des sanctions « injustes et unilatérales ».
Le contraste avec le discours américain est brutal. Début juin, le secrétaire d’État Marco Rubio avait affiché une tout autre attente. « Le retrait des troupes rwandaises de la région prendra effet à la mi-juillet », avait-il déclaré, tout en reconnaissant que le respect de l’accord n’avait pas été à la hauteur. Entre l’échéance fixée par Washington et la fin de non-recevoir rwandaise, il n’y a pas de zone grise: il y a un mur.
Sur le terrain, rien n’annonce un départ. Selon le dernier rapport du Groupe d’experts de l’ONU, entre 14 000 et 18 000 militaires rwandais sont présents et engagés dans l’Est. Un an après l’accord conclu à Washington, signé le 27 juin puis le 4 décembre 2025, et malgré la résolution 2773 du Conseil de sécurité, les combats se poursuivent au Nord et au Sud-Kivu. Le M23 et l’armée rwandaise avaient déjà défié l’ultimatum du 1er avril. La mi-juillet s’annonce comme une nouvelle échéance.
Reste donc la question des moyens. Washington a déjà actionné l’arme des sanctions, par paliers: les Forces de défense rwandaises et quatre de leurs officiers en mars, l’ancien président Joseph Kabila en avril, la raffinerie Gasabo Gold et des sociétés minières accusées de blanchir l’or des zones sous contrôle du M23 en juin. Cinq sénateurs américains ont de nouveau saisi Donald Trump. Mais Kigali balaie ces mesures d’un revers de main, et l’éventail restant est étroit: durcir encore les sanctions, porter le dossier au Conseil de sécurité, ou s’accommoder de l’enlisement.
L’option de la force, elle, n’est pas sur la table. L’analyste Jason Stearns plaide pour une solution réaliste et écarte l’idée d’une défaite militaire imposée au Rwanda, une manière de rappeler que la pression américaine a des limites, et que Kigali le sait. Toute la stratégie de Washington repose sur des sanctions et une diplomatie que le Rwanda a, jusqu’ici, absorbées sans céder.
La mi-juillet devient ainsi un test de crédibilité à triple détente: pour l’accord de Washington, présenté il y a un an comme la fin de la guerre; pour le poids réel des États-Unis sur leur allié rwandais; et pour une RDC qui attend un retrait que Kigali conditionne à la neutralisation d’un groupe armé, elle-même sans cesse repoussée. Si la date passe sans départ des troupes ni riposte américaine d’ampleur, elle rejoindra la longue liste des lignes rouges franchies dans l’Est sans la moindre conséquence.
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