Politique Bruno Tshibala: itinéraire d’un (in)fidèle

Bruno Tshibala: itinéraire d’un (in)fidèle

Ange ou démon. Bruno Tshibala va bientôt rejoindre le rang de Mungul Diaka, celle de Matata Ponyo. De là-haut sur la colline, il pourrait ainsi contempler plus de 30 ans de lutte noble, monnayée semble-t-il, pour un peu de pouvoir. Itinéraire d'un Tshisekediste.

Bruno Tshibala: itinéraire d’un (in)fidèle
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 8 AVRIL 2017 - 16:32 WAT · 4 min de lecture

A 61 ans, dont la moitié passée à tenir la cape à Étienne Tshisekedi, Bruno Tshibala, qui te met des lunettes de soleil même la nuit, a tout connu. Avant-même d’avoir sa licence en Droit (1989), depuis l’Université Marien Ngouabi à Brazzaville voisine, l’enfant-maison du royaume de Limete était déjà présent à la rédaction de la fameuse lettre des 13 parlementaires, en décembre 1980. Il a en effet participé à la réunion préliminaire de la création de l’Union pour la Démocratie et le Progrès Social (UDPS) avec Étienne Tshisekedi, Joseph Ngalula, Anaclet Makanda, Isidore Kanona, Grégoire Dikonda et Kibasa Maliba.

Il passera d’ailleurs la plupart du temps à gaver tout le monde de cet exploit »: « j’ai fondé l’UDPS avec Étienne Tshisekedi« , lancera-t-il  à quiconque lui contestait son siège auprès du Saint Tshisekedi, faute d’avoir signé cet acte, par peur de représailles.

Mais voilà, la fidélité étant une notion interpersonnelle qui se définit par rapport à un temps donné, on finit toujours par rêver d’un avenir un peu plus doré. C’est ainsi qu’après avoir combattu du Mobutu durant plus d’une décennie, sous les manguiers de l’avenue Petunias – dixième rue Limete – passant par la clandestinité sous Laurent-Désiré Kabila… l’homme qui dit avoir été emprisonné plus de 15 fois, a fini par devenir « pragmatique », dit-on du côté du pouvoir.

Il fallait donc s’y attendre. La disparition du leader charismatique de la maison mère de l’opposition congolaise allait plonger ce parti dans une incertitude certaine. Comme bien souvent dans ce pays où les partis naissent de scissions et désamours, la succession du leader incontesté de la lutte pour la démocratie en République démocratique du Congo n’allait pas être sujet facile. Loin des funérailles à haut risque du Shpinx, et avant même la tragique disparition de Tshisekedi le 1er février dernier à Bruxelles, à l’âge de 84 ans, la bataille à la succession avait déjà commencé. En trame, Félix Tshisekedi, qui porte le nom, est poussé par une frange familiale, histoire de garder les rênes de cette entreprise paternelle. Néanmoins, Tshisekedi n’appartient plus à sa seule famille.

« Un jour, il a réuni sa famille, en disant: je n’ai pas fait quatre décennies de lutte pour ma famille », revèle-même Valentin Mubake, un autre prince déchu, mais dont l’histoire vous sera contée dans un autre jour.

Bruno Mavungu débarqué du parti! L’épisode a sans doute dû mettre la puce à l’oreille à Bruno Tshibala. Dès son dernier séjour en prison en novembre dernier, l’homme a eu le temps de prendre des contacts avec les officines du Pouvoir. La fois n’aura cependant pas suffit pour la traversée.  Libéré, Bruno Tshibala est accueilli en héros le soir même à « la résidence ». Tout va bien, il a tenu bon. Contrairement à un certain Badibanga qui rafle, à la première proposition, l’offre de succession convoitée d’Augustin Matata Ponyo.

Le Sphinx s’écroule à Bruxelles. La guerre peut commencer. Occasion faisant le larron, Félix Tshisekedi et Pierre Lumbi s’allient d’amitié qui n’est pas du goût du… Pouvoir. Ni celui de Joseph Olenghankoy, encore mois de Raphaël rouspétant Katoto. La coalition de la raison allait naître. Politico.cd parlera de « Aile du Rassemblement », Kabila y verra occasion de se faufiler, si ce n’est lui  le tireur de ficelles.

L’OPA sur Tshibala a donc commencé. Sur la lignée de Bernardin Mungul Diaka, qui s’est rendu coupable en se faisant nommer Premier ministre alors qu’il était coauteur de la motion de confiance et de soutien de l’Union sacrée à Etienne Tshisekedi élaborée moins de 24 heures avant, le bras droit de Tshisekedi a eu son prix de la trahison vendredi en début de soirée.  A la tête d’un gouvernement à peine plus coloré que celui de Badibanga, et dont la formation sera sûrement sujet à bataille digne de Kolwezi en 1978, l’ex ou l’actuel Secrétaire général adjoint de l’UDPS bénéficie du doute officiel.  Même Lambert Mende se met à défendre son combat d’opposant: « Si Monsieur Tshibala n’est pas opposant, alors qui est-il? »

Le verbe facile du gouvernement fait allusion à Félix Tshisekedi. Héritier contesté du Tshisekedisme, qui a pêché par un excès de volonté à  vouloir à tout prix prendre la Primature, telle bastille en France; et qui doit à présent menacer d’appeler à un illusoire soulèvement, histoire d’obtenir des nouvelles discussions… le tout, dans un Congo en pleine crise et ou Joseph, le fils de Laurent, est toujours à la baguette.

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B
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