Économie Chômage des jeunes en RDC : la bombe sociale que personne ne chiffre

Chômage des jeunes en RDC : la bombe sociale que personne ne chiffre

Dernier recensement en 1984, dernière enquête emploi en 2012 : la RDC affronte le chômage massif de sa jeunesse sans en connaître l'ampleur réelle.

Chômage des jeunes en RDC : la bombe sociale que personne ne chiffre
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 3 JUILLET 2026 - 15:11 WAT · 3 min de lecture

Le chiffre le plus parlant sur le chômage des jeunes congolais est celui qui n’existe pas. Pour administrer une population estimée à plus de 110 millions d’habitants, la RDC s’appuie encore sur son dernier recensement général, celui de 1984, qui en dénombrait une trentaine de millions. En lançant la préparation d’un nouveau recensement, dont la première phase est attendue en juillet 2026, le président Félix Tshisekedi a lui-même reconnu l’impasse. « Continuer à planifier sans données fiables reviendrait à gouverner sans visibilité », a-t-il déclaré.

Les seules données d’enquête nationale disponibles datent de 2012. Elles ont plus de douze ans, mais restent la dernière photographie du marché du travail. Elles montraient un chômage des jeunes urbains de 15 à 24 ans à 24,6 % au sens du Bureau international du travail, et de près de 50 % à Kinshasa. Surtout, elles établissaient que 88,6 % de la population occupée travaillait dans l’informel.

Ce dernier chiffre commande tous les autres. Dans une économie où l’emploi salarié protégé est l’exception, un taux de chômage officiel bas ne dit presque rien. Ne pas travailler du tout est un luxe que peu peuvent se permettre. Le vrai visage de la crise n’est pas le chômeur déclaré, mais le jeune vendeur à la sauvette, le mototaxi, le manœuvre payé à la journée, coincés dans un sous-emploi de survie que les statistiques classent parfois comme un emploi.

La démographie transforme ce constat en urgence. Avec un âge médian d’environ seize ans, la RDC compte une majorité de citoyens de moins de vingt-cinq ans. Chaque année, des centaines de milliers de jeunes arrivent sur un marché du travail qui ne crée pas assez d’emplois formels pour les absorber. La Banque mondiale, dans son diagnostic-pays, pointait déjà « les taux élevés du chômage des jeunes et de sous-emploi », et une jeunesse laissée sans perspectives.

Les pouvoirs publics répondent par des programmes, arrivés avant les chiffres. Le 30 juin 2026, l’État a lancé un vaste dispositif doté d’une enveloppe de 1,3 milliard de dollars sur six ans, tourné vers la formation, l’entrepreneuriat et l’insertion. L’intention est claire. Reste que bâtir une politique de l’emploi sans mesurer le chômage revient à viser une cible que l’on ne voit pas.

Pour Kinshasa, la jeunesse est à la fois la première richesse et le premier risque. Une population aussi nombreuse et aussi jeune peut porter la croissance ou nourrir la colère, selon qu’elle trouve ou non sa place. Le nouveau recensement, s’il aboutit, donnera enfin une mesure à cette bombe sociale. En attendant, son ampleur reste une intuition partagée, jamais un chiffre vérifié.

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B
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