Le diamant : MIBA, Mbuji-Mayi et les creuseurs
Quand on parle des richesses du Congo, on pense au cuivre et au cobalt du Katanga. On oublie souvent l'autre grande histoire minière du pays, celle du diamant, et sa capitale, Mbuji-Mayi.
Quand on parle des richesses du Congo, on pense au cuivre et au cobalt du Katanga. On oublie souvent l’autre grande histoire minière du pays, celle du diamant, et sa capitale, Mbuji-Mayi, au cœur du Kasaï. Là, sous une terre rouge, dort l’une des plus grandes concentrations de diamants industriels au monde. Et là s’est jouée une aventure économique et humaine très différente de celle du Katanga, plus chaotique, plus populaire, plus cruelle aussi.
Au centre de cette histoire, il y a une entreprise, la MIBA, la Minière de Bakwanga, qui a longtemps tenu l’exploitation industrielle du diamant kasaïen. Comme la Gécamines au Katanga, la MIBA a été un pilier, un employeur, une fierté régionale, une source de devises pour l’État. Mais le diamant a une particularité qui change tout. Contrairement au cuivre, qui exige d’énormes installations, une pierre peut se trouver à la main, dans une rivière, au fond d’un trou creusé à la pelle. Le diamant est le minerai du pauvre autant que celui de la grande entreprise.
C’est cette particularité qui a fait basculer le Kasaï dans les années 1980. Sous la pression de la crise et sous Mobutu, l’exploitation artisanale du diamant est libéralisée. Des centaines de milliers de Congolais, jeunes pour la plupart, deviennent creuseurs. À Mbuji-Mayi et alentour, on creuse partout, on rêve de la pierre qui changera une vie. Certains partent même tenter leur chance dans les zones diamantifères de l’Angola voisin, au péril de leur vie, et reviennent, ou ne reviennent pas. Le diamant nourrit une économie informelle immense, qui échappe largement à l’État et aux statistiques, et qui fait vivre, vaille que vaille, des régions entières quand tout le reste s’effondre.
Cette ruée a deux visages. D’un côté, une débrouille héroïque, une économie populaire qui a permis à des familles de survivre à l’effondrement de l’État zaïrois, quand les salaires ne tombaient plus et que les services publics avaient disparu. Mbuji-Mayi a même connu une forme de prospérité paradoxale au moment où le reste du pays sombrait. De l’autre, une exploitation sans protection, dangereuse, où des creuseurs risquent leur vie dans des galeries qui s’effondrent, où la valeur de la pierre profite surtout aux intermédiaires et aux négociants, rarement à celui qui l’a sortie de la boue.
La MIBA, elle, a suivi la pente d’autres géants publics congolais. Mauvaise gouvernance, sous-investissement, ponctions, concurrence de l’artisanat et des circuits informels : l’entreprise industrielle a décliné, laissant Mbuji-Mayi avec ses creuseurs et ses rêves, mais sans la locomotive qui structurait jadis son économie. Le diamant kasaïen illustre une autre facette de la malédiction des ressources : non plus seulement la captation par des intérêts étrangers, mais la dispersion d’une richesse dans une multitude de mains pauvres, sans que jamais l’État parvienne à en faire un levier de développement.
Soixante-six ans après l’indépendance, le Kasaï reste l’une des régions les plus pauvres du pays, alors même qu’il a livré au monde des montagnes de pierres. Ce paradoxe, un sol qui regorge et des habitants qui manquent, est peut-être encore plus criant ici qu’au Katanga. Le diamant de Mbuji-Mayi raconte ce que devient une richesse quand elle n’est encadrée ni par une industrie solide, ni par un État protecteur : une loterie quotidienne, jouée à la pelle, où le pays tout entier mise et où, le plus souvent, c’est la maison qui gagne. Comprendre cette histoire, c’est compléter le tableau minier congolais par sa face populaire, celle des creuseurs que cette série retrouve, au Katanga, dans une autre histoire.
Cet article fait partie de « Congo 66 », la série de BETO consacrée aux histoires qui racontent la RDC depuis l’indépendance. Politique, économie, culture, société : BETO revient sur les récits, les ruptures et les héritages qui continuent de façonner le pays.
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