Économie Le franc et la dollarisation du quotidien
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Série Congo 66 Partie 1 sur 1
Épisodes
Partie 1 — Économie

Le franc et la dollarisation du quotidien

Il fut un temps, au Congo, où l'on allait au marché avec des sacs de billets. L'histoire de l'argent congolais dans les années 1990 est celle d'un effondrement.

La Rédaction 30 juin 2026
La Rédaction
Kinshasa - 30 JUIN 2026 - 22:01 WAT · 4 min de lecture

Il fut un temps, au Congo, où l’on allait au marché avec des sacs de billets pour acheter de quoi manger. Où les prix changeaient dans la journée. Où la monnaie nationale fondait dans les mains plus vite qu’on ne pouvait la dépenser. L’histoire de l’argent congolais, dans les années 1990, est celle d’un effondrement, et elle explique pourquoi, aujourd’hui encore, le dollar américain règne sur la vie quotidienne d’un pays qui possède pourtant sa propre monnaie.

À la fin du règne de Mobutu, l’État ne tient plus ses comptes. Pour payer ses dépenses, il fait tourner la planche à billets. La conséquence est mécanique et brutale : l’hyperinflation. La monnaie de l’époque, le zaïre, perd toute valeur. Les chiffres deviennent absurdes, les coupures s’empilent de zéros. En 1993, le pouvoir tente une réforme, lance un nouveau zaïre pour repartir sur des bases assainies, mais sans discipline budgétaire, le remède ne tient pas. La défiance est totale. Plus personne ne veut garder ses économies dans une monnaie qui se vide de sa substance d’un mois sur l’autre.

C’est dans ce chaos que les Congolais font ce que font tous les peuples confrontés à une monnaie qui meurt : ils se réfugient dans une autre. Le dollar américain devient la valeur refuge, l’unité de compte, la monnaie de l’épargne et des grosses transactions. On loue un appartement en dollars, on achète une voiture en dollars, on fixe les prix importants en dollars. La monnaie nationale, elle, se cantonne aux petites dépenses du quotidien. Le pays se dédouble monétairement, et cette dollarisation, née de la crise, va s’installer durablement.

En 1998, sous Laurent-Désiré Kabila, une nouvelle monnaie voit le jour, le franc congolais, encore en usage aujourd’hui. Mais changer le nom de la monnaie ne suffit pas à restaurer la confiance. Le franc congolais cohabite avec le dollar, souvent en position de faiblesse, soumis aux soubresauts de l’économie, aux cours des minerais, aux tensions politiques. Pendant des années, son taux face au dollar reste un baromètre que les ménages surveillent avec angoisse, parce qu’il décide du prix du sac de farine et du litre d’essence.

Cette histoire monétaire est tout sauf abstraite. Une monnaie qui s’effondre, c’est une épargne qui s’évapore, des salaires qui ne valent plus rien à la fin du mois, une population qui s’appauvrit en travaillant autant. La dollarisation a offert une protection, mais elle a aussi un coût : elle prive l’État d’une partie de sa souveraineté monétaire, rend l’économie dépendante d’une devise étrangère, et pénalise ceux qui n’ont accès qu’au franc, c’est-à-dire les plus pauvres. Vivre dans un pays à deux monnaies, c’est vivre avec une inégalité de plus.

Soixante-six ans après l’indépendance, la question de la monnaie reste un enjeu de souveraineté autant que d’économie. Les périodes de relative stabilité des prix, quand elles surviennent, sont scrutées et discutées, attribuées tantôt à la rigueur de la banque centrale, tantôt à la bonne tenue des exportations minières. Mais la confiance, une fois détruite par l’hyperinflation, met des générations à se reconstruire. Le franc congolais porte encore la mémoire de ces années où l’argent ne valait rien. Reconquérir une monnaie respectée, que les Congolais choisiraient d’eux-mêmes plutôt que par contrainte, demeure l’un des grands chantiers inachevés de la souveraineté économique du pays.

Cet article fait partie de « Congo 66 », la série de BETO consacrée aux histoires qui racontent la RDC depuis l’indépendance. Politique, économie, culture, société : BETO revient sur les récits, les ruptures et les héritages qui continuent de façonner le pays.

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B
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