L’école et l’université : promesse et déclassement
Au lendemain de l'indépendance, l'éducation était l'une des grandes promesses du Congo. Soixante-six ans plus tard, elle est en partie tenue, en partie trahie.
Au lendemain de l’indépendance, l’éducation était l’une des grandes promesses du Congo. Former une élite nationale, donner à chaque enfant la chance d’apprendre, bâtir des universités capables de rivaliser avec les meilleures du continent. L’université de Kinshasa, celle de Lubumbashi, ont compté parmi les institutions prestigieuses de l’Afrique. Soixante-six ans plus tard, cette promesse est en partie tenue et en partie trahie. L’école congolaise existe, scolarise des millions d’enfants, mais elle traverse une crise de moyens et de qualité qui menace l’avenir même du pays.
La grande promesse, c’est l’aspiration. Les familles congolaises croient profondément en l’école. Malgré la pauvreté, elles font d’énormes sacrifices pour scolariser leurs enfants, voient dans le diplôme une voie d’ascension, un espoir de vie meilleure. Cette foi dans l’éducation est immense et touchante. Des parents se privent du nécessaire pour payer les frais, les uniformes, les fournitures. L’école reste, dans l’imaginaire congolais, la porte du progrès, et cette conviction est l’un des plus grands atouts du pays pour l’avenir.
Le déclassement, c’est la réalité du système. Des décennies de sous-investissement ont laissé l’école publique exsangue. Des enseignants longtemps mal ou pas payés, contraints aux grèves ou à faire payer les familles pour compléter leurs revenus, ce qui pesait sur les plus pauvres. Des établissements vétustes, surchargés, manquant de tout. Une qualité d’enseignement qui s’est dégradée, des diplômes qui ont perdu de leur valeur, des universités jadis brillantes confrontées à la pénurie et parfois à la baisse de niveau. La promesse d’égalité par l’école s’est heurtée à la faillite de l’État éducateur.
Des réformes ont tenté d’inverser la tendance, dont la mesure de gratuité de l’enseignement primaire, qui visait à lever l’obstacle des frais pour permettre à tous les enfants d’aller à l’école. Cette ambition juste a permis à des enfants de retrouver le chemin des classes, mais sa mise en œuvre a révélé des difficultés majeures : afflux d’élèves sans moyens supplémentaires, classes surchargées, enseignants à payer, qualité à garantir. La gratuité décrétée ne vaut que si elle s’accompagne des moyens nécessaires, faute de quoi elle risque de dégrader ce qu’elle veut démocratiser. L’intention était bonne, l’exécution reste le défi.
L’enjeu dépasse l’école elle-même. Un pays qui ne forme pas correctement sa jeunesse hypothèque son avenir. Le Congo a une population très jeune, un potentiel humain immense, mais ce potentiel ne deviendra une force que s’il est éduqué, formé, qualifié. L’éducation est l’investissement le plus rentable qu’une nation puisse faire, et le plus négligé au Congo, au profit des mines et du court terme. Redresser l’école et l’université, payer dignement les enseignants, restaurer la qualité, ce n’est pas une dépense, c’est la condition même du développement.
Soixante-six ans après l’indépendance, l’école congolaise est à l’image du pays : pleine d’aspirations et entravée par les manques. La foi des familles dans l’éducation est un trésor que l’État n’a pas le droit de gâcher. Honorer enfin la promesse de 1960, celle d’une éducation de qualité pour tous, serait l’un des plus puissants leviers pour bâtir un Congo prospère et souverain. Car ce sont les enfants scolarisés d’aujourd’hui qui décideront, demain, si le pays reste le sous-sol du monde ou en devient l’atelier. Tout, ou presque, commence dans une salle de classe.
Cet article fait partie de « Congo 66 », la série de BETO consacrée aux histoires qui racontent la RDC depuis l’indépendance. Politique, économie, culture, société : BETO revient sur les récits, les ruptures et les héritages qui continuent de façonner le pays.
Ituri : « jusqu’à 1 000 » enterrements par jour si Ebola gagne les sites de déplacés, redoute Ève Bazaiba
« Ne fermez pas vos frontières » : à Kinshasa, Ramaphosa appelle le monde à ne pas isoler la RDC face à Ebola