Dialogue en RDC : les calculs du Pouvoir
En ouvrant le dialogue, le camp présidentiel reprend la main sur un mot qui appartenait à l'opposition, sans rien concéder d'écrit. Ce que Tshisekedi et l'Union sacrée jouent dans la séquence : l'initiative, le texte constitutionnel intact, et le stylo de la convocation.
Dialogue en RDC : les calculs du Pouvoir
AFP
Pendant des mois, le dialogue a été une exigence adressée au chef de l’État. Le 17 juillet, il en est devenu l’initiateur. Ce basculement n’est pas anodin, et il obéit lui aussi à une logique : en reprenant à son compte un mot que l’opposition brandissait contre lui, le camp présidentiel modifie le rapport de force sans rien concéder d’écrit. Comme l’opposition, le pouvoir avance avec ses propres calculs. Ils tiennent en trois points.
Le premier est de reprendre l’initiative. Depuis le printemps, la Coalition Article 64, le Conseil national de suivi de l’accord, les Églises réclamaient un dialogue ; le président y opposait des conditions. En le convoquant, il cesse d’être celui qui doit céder au principe et devient celui qui invite. Ce sont désormais les autres qui ont une invitation à honorer ou à décliner, et qui devront s’expliquer sur leur choix. Le pouvoir a d’ailleurs une phrase toute prête pour ceux qui refusent : par la voix de Peter Kazadi, l’Union sacrée a accusé la C64 de servir de couverture au « projet de Kigali ».
Le deuxième calcul est celui du texte qui ne bouge pas. En annonçant le dialogue, le chef de l’État n’a rien retiré. La proposition de loi organisant un référendum, adoptée à l’Assemblée nationale le 9 juin par 348 voix sur 351 votants, l’opposition absente, harmonisée avec le Sénat, reste devant la Cour constitutionnelle où il l’a déférée le 29 juin. La déclaration du 17 juillet, rapportée par le cardinal Fridolin Ambongo, ne mentionne ni la Constitution, ni le référendum. Le pouvoir ouvre une table sans avoir renoncé à ce que l’opposition lui demande d’abandonner pour s’y asseoir. Le désaccord de départ reste entier ; seul le décor a changé.
Le troisième calcul est celui du cadre. Le 29 juin, dans son adresse à la Nation, Félix Tshisekedi avait posé les limites de tout dialogue à venir : il « ne saurait devenir un instrument de pression, de contournement des institutions ou de remise en cause de la volonté du peuple, telle qu’exprimée conformément à la Constitution et aux lois de la République ». La formule verrouille par avance ce que la table pourra produire. Un dialogue qui ne peut « contourner les institutions » ne peut pas défaire ce que l’Assemblée a voté ni ce que le juge examine. Et l’acte qui convoquera les assises, ordonnance ou décret, en fixera vraisemblablement l’ordre du jour, la composition et la durée : à ce stade, rien de tout cela n’a filtré, et c’est le pouvoir qui écrira la convocation.
Reste ce que le pouvoir n’a pas dit, et qui est la part d’ombre de ses calculs. Le chef de l’État ne s’est pas exprimé lui-même ; c’est un cardinal qui a annoncé sa décision. Aucune formation de l’Union sacrée n’a, dans les heures qui ont suivi, publié de position institutionnelle. Le camp présidentiel avance derrière une décision dont il n’a pas encore dit ce qu’il en attend.
Le motif officiel, lui, est écrit, et il ne porte pas sur la politique intérieure. « Notre pays aujourd’hui souffre d’une agression qui vient essentiellement de l’Est du Rwanda », a fait valoir le cardinal au nom du chef de l’État : le dialogue est présenté comme un instrument d’unité face à la guerre. Reste que, de cette séquence, le pouvoir sort, à ce stade, en position d’initiateur, le texte constitutionnel intact et le calendrier de la convocation devant lui. Le motif de guerre et cet avantage politique ne s’excluent pas ; le président, seul, dirait lequel a pesé, et il ne s’est pas exprimé.