Ebola : face à la souche Bundibugyo, une riposte privée de vaccin
Contre l'épidémie d'Ebola déclarée le 15 mai, la RDC ne dispose ni du vaccin Ervebo ni d'un traitement homologué. La stratégie repose sur le dépistage, le traçage et les soins de soutien, en attendant les résultats d'un essai clinique lancé le 2 juillet.
Ebola : face à la souche Bundibugyo, une riposte privée de vaccin
AFP
Lors des grandes épidémies de 2018 et 2019 dans le Nord-Kivu, les équipes congolaises vaccinaient autour de chaque cas confirmé. Cet outil, l’Ervebo, avait contribué à briser les chaînes de transmission. Sept ans plus tard, dans l’est du pays, il ne sert à rien. La flambée déclarée le 15 mai est provoquée par la souche Bundibugyo du virus, contre laquelle l’Ervebo n’offre aucune protection : ce vaccin ne cible que la souche Zaïre. Aucun autre produit préventif ni curatif n’est homologué contre Bundibugyo.
Cette différence, technique en apparence, change toute l’architecture de la riposte. L’Organisation mondiale de la santé l’a inscrite noir sur blanc dans sa déclaration d’urgence sanitaire internationale du 17 mai : « Il n’existe actuellement aucun traitement ou vaccin spécifique homologué contre l’infection à virus Bundibugyo, alors que c’est le cas pour les souches Ebola Zaïre. » Sans anneau de vaccination pour protéger les contacts et les soignants, tout repose sur les fondamentaux : détecter vite, isoler, retrouver chaque personne exposée, soigner les symptômes.
Le dépistage a été le premier chantier. En quelques semaines, l’ouverture de dix laboratoires dans les provinces touchées a fait passer la capacité d’analyse d’une trentaine de tests quotidiens, réalisés à Kinshasa, à plus de 2 000 par jour. Le traçage des contacts, lui, atteint 75,2 % au dernier point, avec plus de 10 000 personnes suivies selon l’OMS. C’est le nerf de la guerre quand aucun vaccin ne vient couvrir les failles, mais c’est aussi le maillon le plus vulnérable dans une région en guerre, où certaines localités échappent aux équipes.
Restent les soins de soutien, seule réponse clinique disponible pour les malades. Réhydratation, correction des désordres biologiques, traitement des infections associées : sans molécule spécifique, ces gestes font la différence entre la vie et la mort. Le décompte de 280 guéris, au 6 juillet, en atteste. La souche Bundibugyo affiche une létalité historique de 30 à 50 % ; la létalité provisoire de l’épidémie, autour de 32 à 34 % des cas confirmés, se tient dans le bas de cette fourchette, un écart que les soignants attribuent à la prise en charge précoce.
L’espoir d’un traitement s’est concrétisé le 2 juillet avec le lancement d’un essai clinique portant sur deux molécules, l’anticorps monoclonal MBP134 et l’antiviral remdesivir. « Ces médicaments seront administrés seuls ou en association afin d’évaluer leur capacité à améliorer les chances de survie des personnes atteintes par le virus Ebola de la souche Bundibugyo », a précisé Anne Ancia, représentante de l’OMS en RDC. Plus de 1 200 doses sont disponibles. Mais un essai n’est pas un traitement homologué, et ses résultats prendront du temps.
En attendant, la riposte avance à découvert. « Nous aimerions pouvoir dire que la situation se stabilise, mais, franchement, nous ne pouvons pas encore l’affirmer », reconnaissait Mme Ancia depuis Bunia. Sans vaccin, chaque contact perdu de vue pèse plus lourd qu’ailleurs.