Santé Ebola en Ituri : 9 décès sur 10 surviennent hors des centres de soins, le signe d’une riposte débordée

Ebola en Ituri : 9 décès sur 10 surviennent hors des centres de soins, le signe d’une riposte débordée

Au 5 juillet, 92 % des décès d'Ebola investigués en RDC sont survenus dans la communauté, avant tout accès aux soins. Le symptôme d'une riposte débordée par la saturation, les impayés et l'insécurité.

Ebola en Ituri : 9 décès sur 10 surviennent hors des centres de soins, le signe d’une riposte débordée
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 7 JUILLET 2026 - 20:21 WAT · 4 min de lecture

Le chiffre en dit plus long que le bilan lui-même. Sur 430 décès d’Ebola investigués au 5 juillet en République démocratique du Congo, 397, soit 92,3 %, sont survenus dans la communauté ou avant l’admission dans une structure de traitement. Autrement dit, la quasi-totalité des personnes qui meurent de la maladie n’atteignent jamais un centre de soins. C’est ce constat, plus que la hausse des cas, qui éclaire pourquoi l’épidémie continue de s’aggraver.

Une personne qui décède chez elle a été détectée trop tard, ou pas du tout. Elle a pu contaminer ses proches, puis les personnes venues préparer ses funérailles, sans jamais figurer sur une liste de contacts. Le rapport de l’Organisation mondiale de la santé le formule sans détour : « La transmission se produit de plus en plus hors de portée des dispositifs de surveillance et de riposte existants. » Au 5 juillet, 12 412 contacts étaient sous suivi, mais seuls 77,5 % avaient été vus dans les vingt-quatre heures, soit près d’un quart hors de portée des équipes, une couverture jugée insuffisante pour interrompre les chaînes de contamination.

Ce retard de détection se lit dans la létalité. Au Nord-Kivu, elle dépasse 56 %, très au-dessus de la moyenne nationale de 32,1 %. En Ituri, elle est passée de 20,5 % à 29,7 % en trois semaines. Ces niveaux ne traduisent pas une virulence accrue du virus, mais des malades qui arrivent trop tard, quand ils arrivent.

Au bout de la chaîne, les centres de traitement saturent. Le pays dispose d’environ 700 lits d’isolement répartis dans plus de vingt-deux structures, et 646 patients y étaient pris en charge au 5 juillet, la plupart des sites fonctionnant à pleine capacité. L’OMS annonce 200 lits supplémentaires à Bunia sous quinze jours, mais reconnaît que la saturation retarde déjà l’isolement des cas suspects. À Nizi, cas confirmés et suspects partageaient encore les mêmes locaux, faute de centre dédié.

La riposte est enfin fragilisée par ses propres moyens. Des menaces de grève ont émergé parmi les personnels de première ligne, liées à des retards de paiement, un risque que l’OMS juge susceptible de « perturber davantage les activités critiques de riposte ». Sur le plan financier, le besoin interagences est estimé à 517 millions de dollars et l’OMS fait face à un déficit de 72 % pour ses opérations, alors même que près de 900 millions de dollars de promesses ont été annoncés fin juin par l’Union africaine et ses partenaires, sans traduction opérationnelle à ce jour. Les soignants sont eux-mêmes durement touchés : depuis le début de l’épidémie, 96 d’entre eux ont été infectés et 19 sont morts.

À cela s’ajoute l’obstacle qui structure toute la crise, l’insécurité. Déplacements de population, résistance communautaire dans les zones minières, mobilité aux frontières poreuses : autant de facteurs qui empêchent les équipes d’atteindre les malades à temps. C’est ce qui avait conduit le directeur général de l’OMS à lancer, dès le 28 mai, un appel aux groupes armés : « S’il vous plaît, déclarez un cessez-le-feu. Même bref. Juste assez pour laisser passer les agents de santé. » Six semaines plus tard, la courbe des décès continue de monter, portée moins par un virus incontrôlable que par un système de soins qui n’arrive pas jusqu’aux malades.

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B
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