Ebola en Ituri : les primes impayées des soignants menacent une riposte déjà sous-financée
Ebola en Ituri : les primes impayées des soignants menacent une riposte déjà sous-financée
AFP
À Bunia, la riposte contre Ebola a failli s’arrêter non pas faute de médecins, mais faute de salaires. Le dimanche 6 juillet 2026, des centaines de prestataires engagés dans la lutte contre la 17e épidémie de la maladie ont adressé un mémorandum au gouverneur de province, dénonçant des conditions de travail qui les exposent au virus et réclamant le paiement immédiat de leurs primes. Le lendemain, des agents de la surveillance épidémiologique ont érigé des barricades et brûlé des pneus sur certains axes de la ville. En trois jours, un mouvement de colère a rappelé une vérité simple, que l’argent qui manque pour payer les soignants met en danger la santé de toute une région.
Les grévistes n’ont pas mâché leurs mots. « Nous exigeons ce qui suit, notre paiement dans l’immédiat au plus tard dans les 24 heures. Le barème à notre disposition n’est pas à la hauteur de notre travail. Nous dénonçons l’exportation de la main-d’œuvre des autres provinces vers l’Ituri et déplorons le manque de moyens nécessaires pour riposter », écrivaient-ils dans leur mémorandum, cité par Radio Okapi. Certains agents affirment n’avoir rien perçu depuis la déclaration officielle de l’épidémie, le 15 mai. Le Cadre de concertation de la société civile de l’Ituri évoque, lui, des retards de paie de deux mois pour une partie du personnel de santé.
Contrairement à l’image d’un service à l’abandon, le centre de traitement d’Ebola de Rwampara, situé à une douzaine de kilomètres de Bunia, a repris ses activités normalement dès le mardi 7 juillet, au lendemain des barricades, tandis que des discussions s’ouvraient entre représentants des prestataires et responsables de la riposte. La friction s’est déplacée sur le terrain de la négociation. Un nouveau mémorandum, adressé cette fois au gouverneur militaire de l’Ituri, a accordé 48 heures à la coordination nationale pour répondre, sous peine d’intensifier le mouvement.
C’est dans ce climat que le ministre de la Santé publique, Hygiène et Prévoyance sociale, Samuel Roger Kamba, s’est rendu à Bunia le mercredi 8 juillet, pour évaluer une riposte déclarée depuis cinquante-quatre jours. Le ministre a reconnu des dysfonctionnements dans la gestion des ressources humaines et promis un assainissement du système de paiement. « Nous allons régler cette situation. Chaque agent recevra une carte professionnelle servant aussi de carte bancaire afin que les paiements soient effectués directement, sans intermédiaire », a-t-il déclaré. Reçu quelques jours plus tard par les équipes d’enterrements dignes et sécurisés, il a insisté sur la même ligne. « Je suis venu aujourd’hui pour m’assurer de l’augmentation de vos primes. Mais ce que nous refusons catégoriquement, c’est le désordre. On ne peut pas avoir une liste officielle des agents qui travaillent, puis voir surgir une autre liste parallèle », a-t-il averti, annonçant la délivrance de cartes biométriques aux seuls agents réellement déployés.
Derrière la promesse ministérielle affleure le vrai nœud du problème, l’argent. Le plan conjoint de riposte, piloté par le gouvernement et l’Organisation mondiale de la santé, est évalué à 510 millions de dollars pour la période de juin à novembre 2026. À la mi-juin, il n’était financé qu’à hauteur de 35 %, selon le rapport du Cadre de concertation de la société civile, qui pointe aussi un manque de transparence et des irrégularités présumées dans les listes de paie. Autrement dit, la crise des primes tient à la fois à un guichet à moitié vide et à une gestion des effectifs que le ministre lui-même juge défaillante. Les cartes biométriques qu’il promet visent précisément ces listes parallèles où se logent les soupçons de détournement.
L’enjeu n’est pas seulement social. Il touche au cœur de l’efficacité de la lutte contre une épidémie qui s’aggrave. Au 6 juillet, l’OMS recensait 1 561 cas confirmés et 506 décès pour la seule Ituri. Cinq jours plus tard, le bilan national cumulé atteignait 1 873 cas et 672 morts, soit une létalité de 36 %, avec 43 nouveaux cas en 48 heures répartis dans les zones de santé de Bunia, Nizi et Rwampara. La maladie, provoquée par la souche Bundibugyo du virus, se propage sans qu’aucun vaccin homologué ne soit encore disponible, la riposte reposant sur le dépistage, l’isolement et la confiance des communautés. Or cette confiance suppose des équipes présentes et payées.
À Bunia, un habitant résumait l’inquiétude de la population dans des mots simples rapportés par Radio Okapi. « Les malades ne doivent pas payer le prix de ce conflit. Il est important que les autorités compétentes et les prestataires trouvent rapidement une solution. » Le ministre a promis des cartes bancaires et un paiement direct. Reste à savoir si les fonds suivront, dans une riposte dont le financement, lui, accuse un retard bien plus lourd que deux mois de primes.
