Fact-checking Ebola en Ituri : à Mambasa, la bataille contre la rumeur qui arme la défiance

Ebola en Ituri : à Mambasa, la bataille contre la rumeur qui arme la défiance

La croyance qu'Ebola serait « du business » a nourri l'émeute qui a ravagé, le 30 juin, un centre de traitement à Nia-Nia. À Mambasa, une soixantaine de leaders communautaires s'organisent contre la désinformation qui sabote la riposte.

A man is carried from an ambulance as he arrives at Bunia General Referral Hospital following confirmation of an Ebola outbreak involving the Bundibugyo strain in Bunia, Ituri province, Democratic Republic of Congo, May 16, 2026. Picture taken with a mobile phone. REUTERS/Victoire Mukenge TPX IMAGES OF THE DAY
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 3 JUILLET 2026 - 10:18 WAT · 3 min de lecture

MAMBASA. La rumeur a précédé le virus, et elle tue avec lui. Dans la nuit du 30 juin, le centre de traitement d’Ebola de Bafwabango, installé dans la zone de santé de Nia-Nia, a été pris d’assaut puis saccagé par des habitants en colère après le décès d’un patient. Le bilan est lourd : deux morts, dont un policier lynché, des bâtiments incendiés, et surtout neuf malades en fuite, deux cas confirmés et sept suspects, disparus dans la nature. À la racine de la violence, une idée répandue dans ce territoire de l’Ituri : Ebola serait une invention, un commerce monté pour capter l’argent de la riposte.

Cette conviction n’est pas neuve, mais elle prospère sur un terrain fragilisé par des années de conflit. Le chef du groupement de Ngayo, Alexis Mungaki, a condamné le saccage et pointé la désinformation qui l’a précédé. « Ebola n’est pas une affaire d’argent, c’est une maladie réelle. Ebola c’est une maladie qui tue la population mais les gens cherchent à véhiculer de fausses informations sur Ebola. Ce n’est pas bien », a-t-il déclaré.

À quelques kilomètres de là, à Mambasa-centre, la réponse s’organise. Le week-end précédant l’émeute, une soixantaine de leaders communautaires, chefs coutumiers, délégués de la jeunesse, acteurs de la société civile et agents de l’État, ont suivi une formation animée par la Section des communications stratégiques et de l’information publique de la MONUSCO. Objectif : outiller ces relais pour démonter les fausses nouvelles avant qu’elles ne se traduisent en morts.

Pour Jeanne Harija, leader communautaire, l’enjeu dépasse la seule santé publique. « Quand il y a désinformation, il y a risque de morts, ça augmente d’ailleurs l’insécurité. Avec cette formation, ça va nous aider à chaque fois à vérifier l’information qu’on a reçue », témoigne-t-elle. Dans cette région où sévissent les rebelles des Forces démocratiques alliées (ADF), la rumeur alimente autant la peur des groupes armés que le rejet des équipes médicales.

Le second front est celui du soupçon qui entoure les soignants. Omba Hemedi, président de la jeunesse du territoire de Mambasa, appelle ses pairs à rompre avec le fatalisme. « On dit que le virus Ebola, c’est du business. Or, on voit des gens mourir. Ce qui peut nous aider, nous ici à Mambasa, ce n’est pas de croire à toutes ces fausses informations, et aussi de prendre des précautions pour que le mal ne nous arrive pas », plaide-t-il.

De la formation sont sorties des résolutions concrètes. Les participants se sont engagés à mener des campagnes de sensibilisation pour restaurer la confiance envers les équipes de la riposte. Les jeunes ont proposé la création d’une brigade locale de vigilance, un réseau citoyen chargé de traquer les fausses rumeurs et de contribuer à la sécurité de la région.

L’épisode de Nia-Nia rappelle l’urgence de cette bataille immatérielle. La souche Bundibugyo, à l’origine de l’épidémie déclarée le 15 mai, ne dispose d’aucun vaccin homologué ni traitement spécifique : la riposte repose entièrement sur la détection précoce, l’isolement et l’adhésion des communautés. Quand la confiance se rompt, ce sont ces piliers qui cèdent, et les patients qui fuient les centres emportent le virus avec eux.

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B
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