Diplomatie Ebola en RDC : qui finance la riposte, et le pari de la souveraineté sanitaire africaine

Ebola en RDC : qui finance la riposte, et le pari de la souveraineté sanitaire africaine

910 millions de promesses, 80 millions africains, et des États-Unis qui financent hors OMS : derrière la riposte à Ebola en RDC, le pari de la souveraineté sanitaire du continent.

Le ministre congolais de la santé publique hygiène et prévention, Roger Kamba et son homologue de la communication et médias, Patrick Muyaya au cours d'un briefing de presse. Crédit photo : @Patrick_Muyaya.
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 30 JUIN 2026 - 04:15 WAT · 3 min de lecture

Le 17 juin, à Bujumbura, le président burundais Évariste Ndayishimiye, qui préside en exercice l’Union africaine, a réuni en urgence chefs d’État, Commission de l’UA, Africa CDC, OMS et bailleurs autour de l’épidémie d’Ebola qui frappe l’Est de la République démocratique du Congo. À la sortie, un chiffre : 910 millions de dollars de promesses de financement, dont 80 millions engagés par les États africains eux-mêmes.

Ce montant africain, modeste au regard du total, porte une intention politique. « Les pays africains se sont mobilisés avec 80 millions de dollars américains d’engagements. C’est important. Cela montre que l’Afrique prend la responsabilité de sa propre sécurité sanitaire tout en appelant les partenaires à s’aligner derrière un plan, un budget et une équipe », a déclaré le docteur Jean Kaseya, directeur général d’Africa CDC. Le plan continental conjoint lancé le 5 juin avec l’OMS vise 518 millions de dollars de juin à novembre, à décaisser, en principe, sous quatre semaines.

Reste à transformer les promesses en versements. Africa CDC insiste sur ce point, et l’avertissement de Bujumbura est clair : faute de couper rapidement la transmission, les besoins pourraient grimper jusqu’à 1,5 milliard de dollars. Le président de l’Union africaine a fixé l’étalon. « Nos populations ne nous jugeront pas sur nos déclarations, mais sur notre capacité à interrompre la transmission, à protéger les agents de santé, à rétablir la confiance des communautés et à garantir des soins dignes aux familles touchées », a affirmé Évariste Ndayishimiye.

Dans ce tableau, la place des États-Unis tient du paradoxe. Washington a quitté l’OMS le 22 janvier 2026, gelant ses contributions à l’organisation. Et pourtant, fin juin, le pays reste le premier financeur de cette riposte précise. Le Département d’État revendique plus de 270 millions de dollars de financement direct, auxquels s’ajoutent 350 millions d’aide humanitaire pour la RDC, le Soudan du Sud et l’Ouganda, et se présente comme le premier contributeur à la lutte contre Ebola.

La clé du paradoxe tient à la manière dont cet argent circule. Il ne passe pas par l’OMS, dont les États-Unis sont sortis, mais par des accords bilatéraux signés avec Kinshasa et Kampala, qui financent directement des organisations de mise en œuvre. Washington finance donc l’épidémie tout en contournant l’institution chargée de la coordonner. Le même mouvement a un revers : depuis le 18 mai, les États-Unis suspendent l’entrée sur leur sol des voyageurs ayant séjourné vingt et un jours en RDC, en Ouganda ou au Soudan du Sud.

Pour Kinshasa, l’équation dépasse la seule trésorerie. Une riposte financée à la pièce, par des canaux concurrents, met à l’épreuve la capacité du pays et du continent à piloter leur propre sécurité sanitaire. C’est le sens du mot d’ordre répété à Bujumbura, un plan, un budget, une équipe, dont la portée se mesurera moins aux promesses qu’aux décaissements et au recul des courbes.

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B
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