Pourquoi le vol Air Congo vers Bruxelles est opéré par un avion d’Ethiopian Airlines
Depuis le 1er juillet, Air Congo relie Kinshasa à Bruxelles. Mais l'appareil, l'équipage, la maintenance et l'assurance sont éthiopiens. Voici, en clair, ce que dit ce montage et pourquoi il divise.
Pourquoi le vol Air Congo vers Bruxelles est opéré par un avion d’Ethiopian Airlines
AFP
Le 1er juillet 2026, Air Congo a ouvert une liaison directe entre Kinshasa N’Djili et Bruxelles National, à raison de cinq vols par semaine. L’appareil qui assure la ligne est un Boeing 787-8 Dreamliner immatriculé ET-ASI. Ces deux lettres de tête, ET, disent l’essentiel. L’avion est enregistré en Éthiopie. Le vol décolle sous un code d’Ethiopian Airlines, mais les billets se vendent sous la marque Air Congo. De là vient toute la controverse.
Ce qu’est un « wet lease »
Le montage porte un nom technique : le wet lease, ou contrat ACMI. Les quatre lettres résument ce que loue Air Congo : Aircraft, Crew, Maintenance, Insurance. L’avion, l’équipage, l’entretien et l’assurance viennent d’Ethiopian Airlines. Air Congo, elle, commercialise les sièges et appose son logo. On parle de location « humide », par opposition au dry lease, où l’on ne loue que la carlingue et où le preneur fournit ses propres pilotes. Ici, tout ce qui fait voler l’avion reste éthiopien. Le compte @MayumbiArcel l’a posé sur X : le vol « est commercialisé sous la marque Air Congo, mais il est exploité par Ethiopian Airlines dans le cadre d’un contrat de leasing autorisé par la réglementation internationale ».
Pourquoi l’avion n’est pas congolais
La raison tient en trois mots : liste noire européenne. Dans sa mise à jour du 9 juin 2026, la Commission européenne a maintenu l’ensemble des compagnies certifiées par la RDC parmi les transporteurs interdits dans le ciel de l’Union. Le motif ne vise pas un avion en particulier. Il vise l’insuffisance de la supervision de la sécurité par l’autorité congolaise de l’aviation civile. Tant que Bruxelles juge cette supervision défaillante, aucun appareil immatriculé et certifié en RDC ne peut se poser en Europe. Un avion sous certificat éthiopien, lui, le peut. C’est ce que permet le wet lease : voler légalement vers l’Europe sans lever l’interdiction qui frappe les compagnies congolaises.
Deux lectures d’un même vol
Pour ses défenseurs, l’opération est un progrès et une solution propre. Ethiopian Airlines détient 49 % d’Air Congo, et le partenariat offre à la jeune compagnie une porte sur l’Europe en attendant que la RDC sorte de la liste noire. Le compte @MiningbusinessM y voit « une solution légale qui permet à Air Congo de desservir l’Europe tout en attendant le renforcement durable des standards de sécurité aérienne en RDC ».
Pour ses détracteurs, la fierté nationale habille une simple location. Le compte @RDCMonitor résume la charge : « Ce n’est pas une relance de l’aviation congolaise. C’est de la location habillée en fierté nationale. » D’autres relèvent que, sur le site d’Air Congo comme sur les radars de suivi de vols, la ligne renvoie à Ethiopian Airlines, et parlent d’un vol « fantôme ». La ligne de crête est étroite, entre un accès réel et immédiat à l’Europe pour les voyageurs congolais et le récit d’une souveraineté aérienne encore à bâtir.
Ce qui changerait vraiment la donne
Un point met tout le monde d’accord, jusque chez les critiques les plus sévères. Comme l’écrit le compte @KiengeKki, « si l’avion appartenait à Air Congo, il serait interdit de voler vers l’Europe ». Le vrai sésame viendra le jour où la RDC quittera la liste noire. Cela suppose un audit favorable de sa supervision aérienne, un chantier que Kinshasa dit avoir engagé et que Congo Airways conteste déjà pour son propre cas. D’ici là, Air Congo peut vendre l’Europe. Elle ne peut pas encore l’atteindre avec un avion battant pavillon congolais. Le vol du 1er juillet est donc les deux à la fois : une ligne bien réelle pour les passagers, et une béquille étrangère en attendant que les standards suivent.
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