Est de la RDC : une enquête de Global Witness met en cause la traçabilité du coltan exporté via le Rwanda
Dans une enquête publiée le 10 juin, l’ONG Global Witness affirme que du coltan extrait dans les mines de Rubaya, sous contrôle du M23 depuis 2024, aurait intégré les chaînes d’approvisionnement mondiales malgré les mécanismes de traçabilité censés empêcher la commercialisation de minerais de conflit.
Kinshasa a inscrit la mine de coltan de Rubaya, contrôlée par les rebelles du M23, sur une liste d’actifs stratégiques proposés aux États-Unis dans le cadre d’un partenariat sur les minéraux critiques. Une initiative à forts enjeux économiques et géopolitiques, alors que l’est du pays reste en proie aux violences.
AFP
Une enquête de l’organisation non gouvernementale Global Witness met en lumière de possibles failles dans les mécanismes internationaux de traçabilité des minerais. Selon ce rapport publié mercredi, du coltan extrait dans la zone de Rubaya, au Nord-Kivu, et contrôlée depuis avril 2024 par les rebelles du M23, aurait alimenté les chaînes d’approvisionnement de plusieurs grandes entreprises internationales du secteur technologique et industriel.
L’enquête affirme qu’une partie de ce minerai aurait été acheminée clandestinement vers le Rwanda avant d’être exportée vers des fonderies situées principalement en Chine, mais également au Kazakhstan et en Thaïlande. Une fois transformé en tantale, un métal utilisé dans la fabrication de composants électroniques, ce minerai aurait intégré les circuits mondiaux d’approvisionnement.
Selon Global Witness, au moins cinq des sept principaux exportateurs rwandais de coltan se seraient approvisionnés en minerais provenant des zones de conflit de l’est de la République démocratique du Congo. L’organisation estime qu’une partie importante de ces volumes aurait ensuite été introduite dans les circuits commerciaux légaux grâce à des mécanismes de certification censés garantir l’origine responsable des minerais.
Le rapport pointe notamment le système ITSCI, utilisé dans la région des Grands Lacs pour assurer la traçabilité des minerais. L’ONG soutient que ce mécanisme aurait permis de certifier comme rwandais des volumes de coltan provenant en réalité des zones sous contrôle du M23.
Global Witness s’appuie également sur des données attribuées à des experts des Nations unies selon lesquelles plus de 120 tonnes de coltan auraient été introduites frauduleusement au Rwanda chaque mois entre mai et octobre 2024. Selon ces estimations, plus de 1 400 tonnes auraient été transférées illégalement de la RDC vers le Rwanda au cours de la première année suivant la prise de contrôle de Rubaya par le groupe armé.
L’organisation relève par ailleurs une forte augmentation des exportations rwandaises de coltan entre 2021 et 2025, qu’elle associe à l’intensification du trafic transfrontalier. Elle affirme n’avoir trouvé aucun élément démontrant la saisie de cargaisons de contrebande par les autorités rwandaises durant cette période.
L’enquête cite plusieurs entreprises technologiques et industrielles internationales qui déclarent s’approvisionner auprès de fonderies identifiées dans la chaîne de transformation du coltan rwandais. Parmi elles figurent Amazon, Microsoft, Sony, NVIDIA, LG Display, Toyota, Vodafone et Ericsson. Global Witness précise toutefois que son enquête met en évidence des risques de contamination des chaînes d’approvisionnement et non la preuve que ces entreprises auraient sciemment acheté des minerais issus de zones de conflit.
Le rapport recommande aux gouvernements, aux acteurs de l’industrie minière et aux organismes de certification de renforcer les contrôles et les mécanismes de vérification afin d’empêcher l’intégration de minerais liés aux conflits armés dans les circuits commerciaux internationaux.
Cette enquête relance le débat sur la traçabilité des minerais stratégiques de la RDC, dont le coltan, essentiel à la fabrication de nombreux équipements électroniques utilisés dans le monde entier.
Albert Einstein M