Santé Fuite des cerveaux : la RDC est sur la liste des 55 pays que l’OMS demande de ne pas démarcher

Fuite des cerveaux : la RDC est sur la liste des 55 pays que l’OMS demande de ne pas démarcher

La RDC figure sur la liste OMS des 55 pays où le recrutement international actif des soignants est déconseillé. Cette sauvegarde agit sur les pays d'accueil, pas sur ce qui pousse à partir : juillet 2026 l'a mesuré, de 200 alignements le 10 à 800 le 17.

Entrée de l'Université de Kinshasa—l'Arrét de bus Trafic. Crédit photo: Samuel Nakweti
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 28 JUILLET 2026 - 14:23 WAT · 6 min de lecture

L’Organisation mondiale de la santé tient une liste de pays dont les systèmes de santé riches sont invités à ne pas recruter les soignants. La République démocratique du Congo y figure, avec trente-six autres pays de la région Afrique. Cette liste agit sur ceux qui viennent chercher. Elle ne touche pas à ce qui pousse à partir, et le mois de juillet 2026 a montré, à Kinshasa, de quoi ce second mécanisme est fait.

Les repères

  • 55 pays sur la liste OMS de soutien et de sauvegarde 2023, dont 37 en Afrique.
  • 49 pour 10 000 : la médiane mondiale de densité de soignants, seuil d’entrée.
  • 10 juillet 2026 : 200 alignements annoncés en Conseil des ministres.
  • 17 juillet 2026 : 800 alignements accordés par procès-verbal.
  • 2026 et 2029 : les prochaines mises à jour de la liste.

Ce que l’OMS a écrit, et pourquoi

La liste de soutien et de sauvegarde publiée en 2023 comprend cinquante-cinq pays. L’organisation les définit en ces termes : « The WHO health workforce support and safeguards list 2023 (provided in Table 1 below) comprises 55 countries. These countries face the most pressing health workforce challenges related to universal health coverage. »

Deux critères déterminent l’inscription. Une densité de médecins, d’infirmiers et de sages-femmes inférieure à la médiane mondiale, fixée à 49 pour 10 000 habitants. Et un indice de couverture sanitaire universelle sous un seuil, relevé de 50 en 2020 à 55 en 2023 pour tenir compte des effets de la pandémie sur la mobilité des soignants.

L’effet attendu est double. Les pays listés doivent être « Prioritized for health personnel development and health system related support; and Provided with safeguards that discourage active international recruitment of health personnel ». Les pays d’accueil sont invités à ne pas venir démarcher, et les bailleurs à financer la formation sur place.

La sauvegarde comporte une exception encadrée. Les accords d’État à État sur la mobilité des soignants restent possibles, à quatre conditions : une analyse du marché du travail sanitaire, l’engagement explicite du ministère de la santé du pays d’origine, des bénéfices proportionnés pour le système de départ, et une notification à l’OMS via les National Health Workforce Accounts. La liste sera actualisée en 2026 et en 2029.

Ce que la liste ne peut pas atteindre

Une sauvegarde internationale agit sur la demande. Elle s’adresse aux pays d’accueil, et c’est à eux que renvoient les articles 5 et 10 du Code de pratique mondial. Les quatre conditions posées aux accords d’État à État portent toutes sur la procédure, aucune sur les conditions d’exercice dans le pays de départ.

Un médecin qui exerce sans figurer au fichier de paie de son propre État n’a besoin d’être démarché par personne pour envisager de partir. Le mois de juillet 2026 a mis ce ressort à nu.

Juillet 2026, la mesure du ressort

Le 24 juin, les médecins des services publics entrent en grève à l’appel du Syndicat national des médecins. Du 7 au 16 juillet, l’opération « Hôpitaux sans médecins » couvre tout le territoire à l’exception de l’Ituri, du Nord-Kivu et du Sud-Kivu ; seuls les urgences et les banques de sang restent ouvertes.

Le 10 juillet, le Conseil des ministres prend acte d’un engagement portant sur deux cents alignements. Une semaine plus tard, le 17 juillet, un procès-verbal paraphé au cabinet du vice-Premier ministre chargé de l’Économie nationale, consulté par BETO, en accorde huit cents, le chiffre exact que les syndicats réclamaient. Le même texte fixe un calendrier d’arriérés : mars payé en juillet, avril, mai et juin respectivement en août, septembre et octobre 2026.

L’écart entre le 10 et le 17 juillet dit ce que la grève a produit : quatre fois plus d’alignements en sept jours, et un calendrier daté mois par mois là où le texte du 7 juillet n’en donnait pas. Le procès-verbal réaffirme aussi la priorisation de la santé dans la mécanisation par la Fonction publique, la prise d’actes administratifs pour les médecins de la police, de l’armée et de l’enseignement supérieur, et l’assainissement du fichier de paie.

Le 22 juillet, le Syndicat libre des médecins suspend son mot d’ordre pour une trêve de deux semaines. Son secrétaire général, le Dr André Kasongo, fonde cette décision sur une vérification faite auprès de la direction de paie du ministère du Budget : « Chaque médecin peut aller à la direction de paie, demander sa fiche individuelle et voir son revenu du mois de juillet. » La trêve est conditionnelle : « Vu l’effectivité de l’intégration prouvée et l’alignement en cours d’exécution, nous proposons une trêve de deux semaines afin de permettre la réalisation effective des engagements du gouvernement. »

Ce que la sauvegarde de l’OMS financerait, si elle était activée

Le premier volet de la liste n’est pas une interdiction mais une priorité de financement : les cinquante-cinq pays inscrits doivent être servis en premier pour le développement du personnel de santé et l’appui aux systèmes, au titre des articles 5 et 10 du Code de pratique mondial. Formation, postes, rémunération.

C’est le volet qui répondrait au problème congolais. Une prime de risque alignée pour huit cents médecins, des arriérés versés selon un calendrier tenu, un fichier de paie assaini : ces trois chantiers, tous inscrits dans le procès-verbal du 17 juillet, relèvent exactement de ce que la liste demande aux bailleurs de financer en priorité. Le ministre Jean-Pierre Tshimanga Bwana a indiqué que « les deux parties se sont engagées à examiner, au mois d’août 2026, la question de l’alignement des autres catégories professionnelles du secteur médical ».

Trois chiffres qui manquent

Personne ne sait combien de médecins formés en RDC exercent à l’étranger. Aucune institution congolaise ne publie ce décompte, et aucun registre consolidé côté pays d’accueil ne permet de le reconstituer sans travail original. L’OMS renvoie ce suivi aux National Health Workforce Accounts, que chaque État alimente lui-même, et à la notification des accords de mobilité prévue par le Code.

La densité congolaise de médecins pour 10 000 habitants n’a pas pu être établie sur une source primaire ouverte pour ce papier. C’est pourtant le chiffre qui a valu au pays son inscription sur la liste de l’OMS.

Le nombre total de médecins non mécanisés n’est pas publié par la Fonction publique. Les huit cents du procès-verbal sont un accord, pas un inventaire.

Tant que ces trois séries n’existent pas, la fuite des cerveaux médicaux congolais se discutera par estimations. Ce qui est mesurable, en revanche, l’a été en une semaine de juillet : deux cents le 10, huit cents le 17.

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B
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