Politique Dialogue inclusif en RDC: ce qui bouge, et ce qui ne bouge pas

Dialogue inclusif en RDC: ce qui bouge, et ce qui ne bouge pas

Entre le 29 juin et le 17 juillet, dix-huit jours ont passé et un verbe a changé. Dans son adresse à la Nation, Félix Tshisekedi avertissait que « le dialogue ne peut être détourné de son sens » et « ne saurait devenir un instrument de pression, de contournement des institutions ou de remise en cause de la volonté du peuple ». Il conditionnait alors toute discussion au retour de la paix à l'Est et posait que le recours aux armes n'ouvre aucun droit à la négociation. Vendredi, à la sortie d'une audience, le cardinal Fridolin Ambongo a annoncé que le chef de l'État avait « levé l'option d'engager notre pays dans un dialogue entre fils et filles du Congo, un dialogue inclusif ». Ce n'est plus une mise en garde, c'est une décision. Elle reste, dans la même phrase, subordonnée à des conditions qui se préciseront « chemin faisant ».

Dialogue inclusif en RDC: ce qui bouge, et ce qui ne bouge pas
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 19 JUILLET 2026 - 04:23 WAT · 5 min de lecture

Entre le 29 juin et le 17 juillet, dix-huit jours ont passé et un verbe a changé. Dans son adresse à la Nation, Félix Tshisekedi avertissait que « le dialogue ne peut être détourné de son sens » et « ne saurait devenir un instrument de pression, de contournement des institutions ou de remise en cause de la volonté du peuple ». Il conditionnait alors toute discussion au retour de la paix à l’Est et posait que le recours aux armes n’ouvre aucun droit à la négociation. Vendredi, à la sortie d’une audience, le cardinal Fridolin Ambongo a annoncé que le chef de l’État avait « levé l’option d’engager notre pays dans un dialogue entre fils et filles du Congo, un dialogue inclusif ». Ce n’est plus une mise en garde, c’est une décision. Elle reste, dans la même phrase, subordonnée à des conditions qui se préciseront « chemin faisant ».

Ce qui change tient en trois points, et aucun n’est mince.

Le premier est que le mot n’appartient plus à l’opposition. Jusqu’à vendredi, le dialogue était une exigence adressée au pouvoir : la Coalition Article 64 en faisait une condition, le Collectif des Démocrates Congolais le réclamait le 29 juin sous médiation internationale, Moïse Katumbi, Martin Fayulu, Delly Sesanga et Joseph Kabila l’exigeaient dès le 1er mai 2025 sous médiation religieuse, la CENCO et l’ECC portaient un Pacte social que Kinshasa n’a jamais formellement accepté ni rejeté, Joseph Olenghankoy le décrivait le 10 juillet comme « l’unique alternative à la guerre ». En le reprenant à son compte, le chef de l’État en devient l’initiateur. Ce sont désormais les autres acteurs qui ont une invitation à honorer ou à décliner.

Le deuxième est que les confessions religieuses reçoivent un mandat. « Nous avons accepté cette mission que le chef de l’État nous confie », a dit le cardinal, « et nous nous engageons à porter de l’avant comme un apostolat ». Ce sont les mêmes institutions qui ont conduit la médiation de l’accord de la Saint-Sylvestre, signé le 31 décembre 2016. La CENCO et l’ECC passent ainsi du statut de demandeur, qu’elles avaient à Bujumbura le 6 juillet où elles défilaient en audiences séparées, à celui de porteur d’un processus voulu par le pouvoir. C’est une position plus forte et plus exposée : elles répondront de ce que le dialogue produira.

Le troisième est l’argument invoqué. Le cardinal n’a pas justifié le dialogue par la crise politique intérieure mais par la guerre : « Notre pays aujourd’hui souffre d’une agression qui vient essentiellement de l’Est du Rwanda. Mais comment pouvons-nous faire face à une telle agression si nous sommes divisés entre nous, les fils et filles du Congo ? » La séquence est cohérente avec les déplacements du chef de l’État à Bujumbura et à Brazzaville, tous deux voisins du conflit. Elle place l’unité congolaise en amont de la défense du territoire, et non en aval d’un règlement politique.

Trois choses, en revanche, n’ont pas changé.

Le référendum reste sur la table. La proposition de loi Ngondankoy, adoptée le 9 juin par 348 voix sur 351 votants, l’opposition absente et harmonisée avec le Sénat à la mi-juin, est devant la Cour constitutionnelle depuis que Félix Tshisekedi l’y a déférée le 29 juin. Elle n’est ni retirée, ni promulguée. Or c’est l’objet exact de la condition posée par la coalition de Martin Fayulu le 9 juillet : pas de dialogue « tant que Monsieur Félix Tshisekedi n’aura pas renoncé publiquement et définitivement à son projet de changement de Constitution ». L’annonce du 17 juillet ne prononce pas le mot. La condition tient donc toujours, et la marche du 22 juillet est maintenue.

Les poursuites restent, elles aussi. Joseph Kabila a été condamné à mort par contumace le 30 septembre 2025 par la Haute Cour militaire. Le ministre d’État Azarias Ruberwa a jugé le 7 juillet que cette condamnation « n’est ni juste ni humaine ». Olenghankoy demande que le dialogue commence par là. Rien dans la déclaration du cardinal ne concerne les prisonniers politiques ni l’abandon des poursuites, deux des trois conditions de la C64.

Le pouvoir du dialogue, enfin, n’a pas bougé d’une virgule, parce qu’il est écrit. L’article 218 réserve l’initiative de la révision à quatre titulaires, et un dialogue n’en est pas. L’article 220 verrouille le nombre et la durée des mandats présidentiels contre toute révision, y compris par référendum. Un dialogue peut recommander. Il ne peut pas décider. En 2013 comme en 2016, il avait déjà conclu qu’on ne touchait pas aux articles verrouillés.

Sur le terrain, le compteur, lui, ne s’est pas arrêté. Le groupe d’experts de l’ONU n’a constaté que des repositionnements tactiques de quinze à vingt kilomètres depuis la feuille de route de Doha du 15 novembre 2025. Sur les mille prisonniers affiliés à l’AFC/M23 enregistrés par la Croix-Rouge et censés être libérés après l’extension de Montreux d’avril, Kinshasa n’en a validé que 311, et aucun échange n’a eu lieu.

L’option est levée. Les conditions, elles, restent à préciser, et c’est le président qui les précisera.

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B
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