Banques et finances Lualaba : 67,3 % des revenus extractifs du pays en 2023, 20,65 % des budgets provinciaux exécutés en 2024

Lualaba : 67,3 % des revenus extractifs du pays en 2023, 20,65 % des budgets provinciaux exécutés en 2024

Le rapport ITIE-RDC 2023 attribue au Lualaba 67,3 % de tous les revenus du secteur extractif congolais. Le rapport public de la Cour des comptes montre ce que la province encaisse ensuite, ce qu’elle exécute, et les deux clés de partage de 40 % que ni l’Etat ni les provinces n’appliquent.

Le Président Félix Tshisekedi et la gouverneure du Lualaba Fifi Masuka à l'inauguration de trois édifices à Kolwezi Photo : présidence
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 20 AOÛT 2026 - 12:23 WAT · 6 min de lecture

Le rapport final de l’Initiative pour la transparence dans les industries extractives pour la RDC, signé le 31 décembre 2025 et portant sur l’exercice 2023, chiffre à 5 846 198 315 dollars les revenus tirés cette année-là du secteur extractif congolais. Sa ventilation par province attribue au seul Lualaba 3 934 377 157 dollars, soit 67,3 % du total. Le Haut-Katanga suit avec 1 029 128 825 dollars.

365 494 410 dollars encaissés par la régie provinciale, 69 % du total des provinces

Ces montants ne restent pas au Lualaba. Au titre des paiements infranationaux de 2023, la Direction des recettes du Lualaba a encaissé 365 494 410 dollars, sur les 528 754 002 dollars perçus par les sept régies provinciales des recettes ayant reçu des paiements du secteur minier : 69,1 % pour une seule province. La somme recouvre tous les paiements directs des entreprises extractives à la régie, pas la seule redevance minière.

Au niveau des entités territoriales décentralisées, la chefferie de Bayeke a reçu 45 403 855 dollars, le secteur de Luilu 39 038 111 dollars et la commune de Dilala 26 578 340 dollars. Deux entités du Lualaba figurent au même tableau avec la mention « Néant » : la commune de Fungurume et la mairie de Kolwezi.

Deux clés de 40 % inscrites dans les textes, aucune appliquée

La Constitution du 18 février 2006 prévoit à son article 175 que la part des recettes à caractère national allouée aux provinces est de 40 %, retenue à la source. Le rapport ITIE cite l’article, puis conclut : « A ce jour, cette disposition n’est toujours pas appliquée. » Les comptes du Lualaba le confirment : en 2023, la province attendait 295 589 534 240 francs de recettes à caractère national et en a encaissé 9 943 062 105, soit 3,36 %.

Une seconde clé de 40 %, celle de l’article 225 de la loi relative aux finances publiques, oblige les provinces à rétrocéder à leurs entités territoriales décentralisées 40 % des impôts et taxes provinciaux d’intérêt commun. La Cour des comptes écrit : « A l’issue de l’examen des documents produits par les Provinces pour la reddition des comptes de leurs budgets de l’exercice 2023, la Cour des comptes fait le constat du non-respect de cette disposition légale par la quasi-totalité des provinces du pays, lesquelles n’ont jamais pris d’édits relatifs aux modalités de répartition de cette ressource entre les différentes ETD de leurs provinces respectives ».

Redevance minière : deux clés de droit sur l’exercice 2023, 0,73 % au FONAREV dans les comptes

Le règlement minier, décret n°038/2003 du 26 mars 2003 tel que modifié par le décret n°18/024 du 8 juin 2018, partage la redevance minière entre le pouvoir central (50 %), la province du projet (25 %), l’entité territoriale décentralisée d’exploitation (15 %) et le Fonds minier pour les générations futures (10 %). Le décret n°23/32 du 26 août 2023 a ramené ces quotités à 44, 23, 14 et 8 %, en attribuant 11 % au Fonds national des réparations des victimes.

Les montants déclarés par l’État pour 2023 totalisent 1 009 892 785 dollars : 482 118 116 pour le Trésor, 248 943 112 pour les provinces, 158 388 347 pour les entités territoriales décentralisées, 113 084 714 pour le FOMIN et 7 358 496 pour le FONAREV, soit des parts effectives de 47,74 %, 24,65 %, 15,68 %, 11,20 % et 0,73 % dans un exercice à cheval sur deux régimes. L’ITIE en tire un constat : « L’analyse de la répartition de la redevance minière entre les différentes entités bénéficiaires relève une discordance par rapport aux taux de répartition prévu par la réglementation. »

Un budget exécuté à 73,4 % en 2024, financé à 92 % par la province elle-même

Le Rapport public annuel de la Cour des comptes pour les exercices 2024 et 2025, publié en février 2026, donne le détail. Pour 2024, le Lualaba avait arrêté son édit à 1 843 887 554 968 francs et en a réalisé 1 353 721 910 161, soit 73,4 %. Ses recettes propres, 1 245 696 974 744 francs, en font 92,02 % ; les transferts du pouvoir central, 108 024 935 417 francs, 7,98 %. À la dépense, 752 990 709 542 francs sont allés à l’investissement, 55,63 % du total exécuté. Sur 2023, la Cour relevait déjà que « A l’exception de l’Ituri et du Lualaba, qui ont exécuté respectivement 68,4 et 60,11 % des prévisions des dépenses en capital, la plupart des provinces n’ont pas pu atteindre le taux de 20 % d’exécution ».

Le Lualaba pèse 20,65 % des recettes réalisées par les 23 provinces dont la Cour a examiné les comptes 2024, devant Kinshasa et ses 1 102 891 848 721 francs.

Comparant pour 2023 les déclarations des provinces à l’ITIE et les historiques bancaires de leurs comptes dédiés, la Cour a relevé pour le Lualaba 567 188 718,95 dollars déclarés contre 572 014 278,71 dollars aux comptes, soit 4 825 559,77 dollars de plus aux comptes que dans les déclarations. C’est le plus fort écart en valeur absolue des neuf provinces auditées. Rapporté aux déclarations de la province, il en représente 0,85 %, sixième rang sur neuf en valeur relative : au Tanganyika, l’écart atteint 38,39 % des déclarations, au Maniema 12,15 %, au Haut-Uélé 10,80 %. La Cour a émis une opinion favorable sur les déclarations des bénéficiaires à l’ITIE-RDC : « Cette opinion s’est fondée sur le caractère non significatif de l’écart entre les déclarations et les historiques des comptes bancaires, lequel est évalué à USD 8 074 088,34, soit environ 1,01 % du total des déclarations. »

2 842 022 tonnes de cuivre produites, 19 % de desserte électrique dans le pays

La production nationale de cuivre a atteint 2 842 022 tonnes en 2023 contre 2 359 825 en 2022, celle de cobalt 139 838 tonnes contre 111 309, l’essentiel venant du Lualaba et du Haut-Katanga. En juillet 2024, le ministre des Ressources hydrauliques et de l’Électricité, Teddy Lwamba, chiffrait la desserte du pays à 34 % pour l’eau potable et 19 % pour l’électricité. En mai 2024, à la Conférence nationale sur l’énergie tenue à Kolwezi, l’opérateur économique Eric Monga a déclaré : « Pour l’instant, les efforts de l’accès à l’énergie pour la population, l’économie ainsi que l’Etat est quand même faible pour la RDC […] ».

Le 17 décembre 2025, la gouverneure Fifi Masuka Saini a présenté quatre sociétés publiques provinciales créées par l’édit n°36 du 2 juillet 2025, dont une Société d’énergie du Lualaba chargée de l’électricité et de l’eau potable. Le président de l’Assemblée provinciale, Jean-Marie Kaseya Tshingambo, plaçait la même priorité en juin 2024 : « Nous, c’est le développement, le développement des infrastructures. La priorité de la province est focalisée sur le développement des infrastructures de base. Nous sommes déterminés à construire des routes à travers la province ».

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B
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