Famille & Genre Mariage des enfants en RDC : 29,9 % des femmes de 20 à 24 ans en union avant 18 ans

Mariage des enfants en RDC : 29,9 % des femmes de 20 à 24 ans en union avant 18 ans

L’EDS-RDC III 2023-2024 mesure à 29,9 % la part des femmes de 20 à 24 ans entrées en union avant 18 ans, et à 7,8 % avant 15 ans. Le Code de la famille fixe l’âge à 18 ans depuis 2016, mais 11,4 % des unions seulement sont enregistrées à l’état civil.

Mariage des enfants en RDC : 29,9 % des femmes de 20 à 24 ans en union avant 18 ans
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 20 AOÛT 2026 - 12:58 WAT · 5 min de lecture

29,9 % avant 18 ans et 7,8 % avant 15 ans dans l’EDS-RDC III 2023-2024

La troisième Enquête démographique et de santé de la République démocratique du Congo, l’EDS-RDC III 2023-2024, chiffre à 29,9 % la part des femmes de 20 à 24 ans entrées en première union avant leur dix-huitième anniversaire, et à 7,8 % celles entrées avant 15 ans. Ces valeurs figurent au tableau 4.4 du rapport final, publié en février 2025 par l’Institut national de la statistique. La collecte a couru du 9 octobre 2023 au 1er février 2024, dix ans après l’EDS-RDC II.

Chez les 25-49 ans, la même enquête donne 35,3 % avant 18 ans et 11,2 % avant 15 ans ; chez les hommes du même âge, 7,6 % et 0,5 %. L’âge médian à la première union des femmes de 25 à 49 ans est passé de 18,6 ans en 2007 à 18,7 ans en 2013-2014, puis à 19,8 ans en 2023-2024.

L’enquête par grappes à indicateurs multiples MICS-Palu, menée par le même institut avec l’UNICEF en 2017 et 2018, mesurait 29,1 % avant 18 ans et 8,4 % avant 15 ans pour les femmes de 20 à 24 ans. Son rapport indique que cette prévalence « semble être beaucoup plus faible que prévu par rapport aux estimations des enquêtes précédentes ».

En 2017-2018, de 13,6 % à Kinshasa à 60,4 % au Tanganyika, de 19,4 % en ville à 40,1 % en village

La ventilation provinciale la plus fine reste celle de la MICS-Palu 2017-2018 : pour les femmes de 20 à 24 ans mariées avant 18 ans, elle allait de 13,6 % à Kinshasa et 15,1 % au Kongo-Central à 60,4 % au Tanganyika et 54,3 % au Kasaï. L’écart par milieu était de 19,4 % en zone urbaine contre 40,1 % en zone rurale, et de 46,0 % au niveau primaire contre 22,0 % au secondaire.

L’EDS-RDC III 2023-2024 publie l’âge médian à la première union par province : 17,5 ans au Kasaï-Oriental, 17,9 ans dans la Mongala, 20,6 ans au Kongo-Central, et 19,0 ans en milieu rural contre 22,0 ans en ville.

Dix-huit ans pour les deux sexes depuis 2016, cinq à douze ans de prison depuis 2009

L’article 352 du Code de la famille, dans sa rédaction issue de la loi n° 16/008 du 15 juillet 2016, dispose que « l’homme et la femme avant dix-huit ans révolus ne peuvent contracter mariage ». L’exposé des motifs de cette loi indique que le texte de 1987 avait « fait, de manière non objective, une distinction entre le garçon et la fille quant à leur âge nubile ».

Sept ans plus tôt, la loi n° 09/001 du 10 janvier 2009 portant protection de l’enfant posait à l’article 48 que « les fiançailles et le mariage d’enfants sont interdits ». Son article 189 punit de cinq à douze ans de servitude pénale principale la personne qui, exerçant l’autorité parentale ou tutélaire, donne un enfant en mariage. L’article 395 du Code de la famille punit de deux à douze mois l’officier de l’état civil qui célèbre un mariage en connaissance d’un empêchement. Jonathan Mwema Mushota, assistant à la faculté de droit de l’Université de Lubumbashi, écrivait le 14 novembre 2024 que « les structures prévues ainsi que les textes règlementaires d’application sont à mettre en place ou à élaborer ».

11,4 % des unions enregistrées, 29,7 % des moins de 5 ans munis d’un acte de naissance

L’âge opposable suppose une pièce. En 2023-2024, 11,4 % des Congolaises de 15 à 49 ans en union déclaraient leur union enregistrée à l’état civil, et 7,8 % détenaient un certificat de mariage, que le rapport désigne comme le seul document légalisant le mariage dans le pays. La proportion tombe à 5,7 % en milieu rural, à 1,6 % chez les 15-19 ans en union.

En amont, 33,5 % des moins de 5 ans avaient une naissance enregistrée en 2023-2024, et 29,7 % un acte de naissance, contre 31 % d’enregistrement en 2007 et 25 % en 2013-2014. Le taux monte à 71,7 % à Kinshasa et descend à 5,3 % dans la Mongala et 5,6 % au Sankuru. L’article 116 du Code de la famille impose la déclaration dans les quatre-vingt-dix jours et la rend gratuite dans ce délai. Sathiya Susuman Appunni, professeur de démographie à l’université du Western Cape, notait le 10 novembre 2025 que « des systèmes d’enregistrement des naissances et des mariages plus rigoureux peuvent également aider à vérifier l’âge et à prévenir les unions illégales ».

14,9 % d’adolescentes déjà mères, 51 % de filles au secondaire, 29,8 % de décès maternels à 15-19 ans

L’EDS-RDC III 2023-2024 mesure à 14,9 % la part des adolescentes de 15 à 19 ans ayant déjà eu une naissance vivante, 19,7 % en milieu rural contre 8,8 % en ville, avec un maximum de 36,2 % au Maniema. Le taux net de fréquentation au secondaire des 12-17 ans atteignait 51 % pour les filles contre 55 % pour les garçons. Sur les sept années précédant l’enquête, 29,8 % des décès de femmes de 15 à 19 ans étaient des décès maternels.

Le Dr Teddy Kalenda, assistant technique au Programme national de la santé de l’adolescent au Kasaï-Oriental, déclarait à l’ACP le 14 janvier 2026 : « La loi interdit le mariage précoce, le mariage en dessous de 18 ans. Nous avons fait des vulgarisations à ce sujet ainsi que des séances de sensibilisation, des échanges et des focus group avec les comités des parents, les autorités communautaires (…) ».

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B
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