Procès Kabila : la Haute Cour militaire reporte l’audience au 7 août, les charges s’alourdissent
Procès Kabila : la Haute Cour militaire reporte l’audience au 7 août, les charges s’alourdissent
AFP
Le procès de l’ancien président de la République, Joseph Kabila Kabange, s’est poursuivi ce jeudi 31 juillet . Prévue pour avancer dans l’instruction ce jeudi 31 juillet, la deuxième audience devant la Haute Cour militaire siégeant en matière pénale a finalement été reportée au 7 août 2025, à la demande des avocats des parties civiles.
Ces derniers, représentant notamment l’État congolais ainsi que les provinces du Nord-Kivu, du Sud-Kivu et de l’Ituri, ont justifié leur requête par la nécessité de disposer de plus de temps pour examiner en profondeur les pièces volumineuses du dossier. « Les avocats de la République, comme partie civile, ont accédé aux pièces seulement hier. Ils doivent les lire, les examiner, les éplucher pour revenir avec une maîtrise du dossier et faire un débat éclairant la justice, sans l’accusé », a précisé Me Richard Bondo, avocat de la République.
L’audience de ce jeudi a néanmoins permis quelques avancées procédurales. La Haute Cour militaire a enregistré la constitution de deux nouvelles parties civiles : les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, venues solliciter réparation pour les préjudices subis du fait des exactions reprochées à l’accusé. Ces nouvelles constitutions renforcent l’ampleur du procès, désormais à la croisée des enjeux politiques, humanitaires et juridiques.
L’audience a débuté par la lecture du réquisitoire du ministère public adressé au Sénat, sollicitant la levée des immunités parlementaires de Joseph Kabila en sa qualité de sénateur à vie. La réponse du Sénat, validant cette demande, a été lue à son tour par la greffière en chef, le colonel Jeanne Françoise Ngalula.
Par la suite, la Haute Cour a procédé à la projection de plusieurs vidéos, présentées comme preuves matérielles par le ministère public. Ces documents visuels incluaient des extraits de discours, des images de réunions et des échanges impliquant directement ou indirectement l’ancien chef de l’État. Maître Bondo a notamment souligné la présence d’intervenants clés dans les vidéos, tels que l’ancien conseiller diplomatique Kikaya Bin Karubi et des représentants du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme, qui ont qualifié les exactions commises dans l’Est de la RDC de « crimes contre l’humanité et crimes de guerre ».
Le témoignage accablant de “Malembe”
Moment clé de cette audience : la lecture du procès-verbal de l’audition de Nkuba alias “Malembe”, présenté comme membre du mouvement rebelle Alliance Fleuve Congo (AFC), qui met nommément en cause Joseph Kabila. D’après ce document lu à l’audience, Malembe affirme avoir entendu une conversation téléphonique entre Joseph Kabila et Corneille Nangaa, ancien président de la CENI, le 5 mai 2023 à Kampala.
Dans cet échange, Kabila aurait suggéré que l’élimination physique du président Félix Tshisekedi serait contre-productive, estimant qu’un coup d’État serait plus opportun pour provoquer son départ sans en faire un martyr. « Monsieur Joseph Kabila avait conseillé de ne pas tuer le président de la République car cela ferait de lui un héros national », a rapporté la greffière, citant les propos de Malembe.
Des chefs d’accusation lourds
Les accusations portées contre Joseph Kabila sont parmi les plus graves jamais formulées à l’encontre d’un ancien chef d’État congolais : trahison, participation à un mouvement insurrectionnel, crimes contre la paix et la sécurité de l’humanité, apologie du terrorisme, homicide intentionnel, viol, torture, déportation, et occupation armée de la ville de Goma. La Cour a officiellement retenu le défaut contre lui, signifiant sa non-comparution depuis l’ouverture de la procédure.
Cette affaire découle d’une injonction du ministre de la Justice, suivie d’un réquisitoire du ministère public, puis d’un vote du Sénat autorisant les poursuites.
Avec le report au 7 août prochain, les parties civiles disposeront du temps nécessaire pour s’imprégner du dossier et présenter une argumentation plus structurée. De son côté, le ministère public entend continuer à étayer les charges.
« Nous pensons que les choses sérieuses vont commencer », a affirmé Me Bondo, confiant dans la solidité du dossier. En l’absence de l’accusé, c’est désormais sur le terrain de la preuve que se jouera l’un des procès les plus sensibles de l’histoire judiciaire de la RDC.
C. Timothée ÉZÉCHIEL
RDC: condamnée à 10 ans de prison pour un braquage avorté, Honorine Porche transférée en Allemagne
RDC : la Haute Cour militaire ouvre le procès du général Christian Tshiwewe et de neuf coaccusés ce jeudi