Partis & Coalitions RDC: Comment Félix Tshisekedi et son Union sacrée foncent en ordre dispersé vers un dialogue à haut risque

RDC: Comment Félix Tshisekedi et son Union sacrée foncent en ordre dispersé vers un dialogue à haut risque

Le camp présidentiel tient le Parlement et l'initiative du dialogue, mais l'Union sacrée y va en ordre dispersé : UDPS isolée, têtes écartées, plan incertain.

Deuxième réunion de l’Union sacrée présidée par Félix Tshisekedi. PHOTO DROITS PRÉSIDENCE.
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 19 JUILLET 2026 - 04:44 WAT · 7 min de lecture

Le 17 juillet au soir, depuis un hôtel de Yaoundé, à plus de mille kilomètres de Kinshasa, le porte-parole de l’Union sacrée de la Nation, André Mbata Mangu, a appelé les partisans du président Félix Tshisekedi à occuper les rues de la capitale le 22 juillet, pour faire pièce à la marche que l’opposition avait prévue le même jour. Il avait demandé aux composantes de la coalition présidentielle de ne suivre que les consignes de l’Union sacrée. Quelques heures plus tard, à Kinshasa, l’UDPS, le parti du chef de l’État, répliquait n’avoir, elle, prévu aucune marche ce jour-là.

L’épisode dit à lui seul l’état d’un camp. À l’instant où Félix Tshisekedi s’apprête à ouvrir le dialogue national qu’il a annoncé le 17 juillet, la séquence politique la plus lourde de son second mandat, la coalition qui le soutient peine à parler d’une seule voix. Sur le papier, elle n’a pourtant jamais paru aussi solide : elle domine le Parlement, où la proposition de loi ouvrant la voie au référendum constitutionnel a été adoptée le 9 juin par 348 voix sur 351 votants, l’opposition absente ; elle détient l’initiative du dialogue ; et elle dispose, avec l’UDPS, du parti le plus mobilisé du pays. Mais chacun des grands dossiers de ces dernières semaines a mis au jour une fêlure.

La maison mère fissurée

La première est intérieure, logée dans la maison présidentielle. Depuis 2024, l’UDPS ne sait plus vraiment qui la dirige. Deux hommes revendiquent son autorité : Augustin Kabuya, secrétaire général en exercice, et Déo Bizibu, désigné par une convention dont les partisans contestent à Kabuya jusqu’au droit d’engager le parti. Félix Tshisekedi a dû, en personne, imposer une cohabitation entre les deux camps, en attendant un congrès sans cesse repoussé. De sorte que, sur le dossier le plus lourd du moment, la réécriture de la Constitution, la formation du chef de l’État n’a pas même tranché qui parle en son nom.

Le flou des personnes se double d’un flou sur le fond. Kabuya, lui, tient une ligne sans détour : la Constitution de 2006 n’est pas celle de son parti. « L’UDPS n’a jamais souscrit à cette Constitution », lançait-il le 25 mai, en ouvrant les consultations de la coalition, avant d’en esquisser le remplacement : « Nous allons utiliser la Constitution de 1992 et cette Constitution sera adaptée aux réalités actuelles. » Tous ses alliés ne le suivent pas sur ce chemin : les uns plaident pour amender le texte en vigueur, d’autres pour le refonder ; certains parlent de « révision », d’autres de « changement ». Dans cet interstice s’est glissée l’accusation de l’opposition, celle d’un troisième mandat déguisé, que le secrétaire général passe désormais son temps à repousser. « Il ne faut plus faire dire au président de la République ce qu’il n’a jamais dit », martèle-t-il. Un parti qui domine le Parlement se retrouve ainsi sur la défensive, sommé de démentir sur un terrain, celui de la Constitution, qu’il avait lui-même ouvert.

Le trouble a gagné jusqu’à la base militante. Les 20 et 21 juin, à Kananga, dans le Kasaï-Central, des jeunes se réclamant de l’UDPS ont manifesté devant des paroisses catholiques pour dénoncer la déclaration de la Conférence épiscopale nationale du Congo, hostile à toute modification de la Loi fondamentale ; ils exigeaient que l’archevêque de Kananga, Mgr Félicien Ntambue, retire sa signature du texte des évêques. Moins d’un mois plus tard, c’est à cette même Église que le chef de l’État confiait le soin de porter son dialogue. Le pouvoir en appelait à la médiation de cette même Église que ses propres partisans avaient prise à partie.

De son isolement, Kabuya avait d’ailleurs fait l’aveu, en public. Le 14 juin, devant ses militants, il reprochait aux alliés de la coalition de laisser l’UDPS monter seule au front. « Depuis ces montages des vidéos de l’opposition je n’ai vu aucun parti de la majorité ne se mobilise face aux mensonges de l’opposition ; ils laissent l’UDPS seule défendre le pouvoir et ne voient que leur intérêt et les postes politique », lançait-il. Puis, dans le même mouvement, il tenait à rassurer sur la loyauté des siens : « Nous aussi UDPS nous n’abandonnerons le chef de l’État car nous sommes dans la légalité. » Venu du chef du premier parti de la majorité, l’aveu disait l’isolement de l’UDPS sur le dossier constitutionnel.

Restait à cette division de s’afficher en pleine lumière. Ce fut chose faite avec le 22 juillet. En lançant l’appel à la contre-marche depuis Yaoundé, Mbata Mangu l’avait justifié par ce qu’il présentait comme une « tentative de coup d’État contre la nation », qu’il imputait à des « alliés du Rwanda et de l’AFC/M23 », au nom des articles 64 et 5 de la Constitution. Il ne citait aucun nom, n’évoquait aucune procédure : l’accusation demeurait une accusation, et aucun élément public ne relie à ce jour la Coalition Article 64 au mouvement rebelle ou à Kigali. L’UDPS n’en désavoua pas moins l’appel, opposant à son porte-parole un « l’UDPS n’a prévu aucune marche le 22 juillet » qui prolongeait une brouille déjà ancienne, née de leurs affrontements autour de l’élection du gouverneur du Sankuru. À quelques jours de l’échéance, la coalition présidentielle s’apprête à descendre dans la rue en deux cortèges.

Le malaise du sommet

À ces fractures exposées s’en ajoute une, plus sourde, au sommet même de l’État. Selon les informations recueillies par BETO, plusieurs des principales figures de l’Union sacrée se disent tenues à l’écart de la préparation du dialogue. Le président de l’Assemblée nationale, Vital Kamerhe, et celui du Sénat, Modeste Bahati Lukwebo, figurent, d’après plusieurs sources concordantes au sein de la majorité, parmi ceux qui n’auraient pas été consultés. Si le fait se confirme, la situation est singulière : les deux têtes du Parlement, l’institution qui vient d’adopter le texte référendaire, auraient découvert l’initiative présidentielle en même temps que le reste du pays, le 17 juillet, par la voix du cardinal Fridolin Ambongo, à la sortie d’une audience à la présidence, sans qu’aucune des deux chambres y soit associée.

Au malaise de la forme s’ajoute, chez certains, le vertige du fond. « Nous ne savons pas ce que nous visons ni quel plan adopter », confie à BETO un proche de Vital Kamerhe, sous le couvert de l’anonymat. « Nous sommes fidèles, mais que visons-nous ? Le changement de la Constitution ? Le troisième mandat ? La fin de la guerre ? » La confidence, venue de l’intérieur de la majorité, dessine un embarras : soutenir une initiative sans en connaître la destination.

Rien de tout cela ne fragilise, à ce stade, la position institutionnelle du pouvoir. Il garde sa majorité au Parlement, son texte demeure intact devant la Cour constitutionnelle, saisie le 29 juin, et c’est lui qui fixera la date, le format et l’ordre du jour du dialogue. L’appareil est solide, la force réelle. Mais ce dialogue ne portera que sur une part de la crise, sa part interne : le sort de la guerre à l’Est, lui, se joue ailleurs, à Washington, où Kinshasa et Kigali s’expliquent sous l’égide américaine, et à Doha, face à l’AFC/M23. Sur le seul terrain qui lui reste vraiment, la politique intérieure, le pouvoir aborde la séquence sans avoir accordé ses rangs : un parti-pivot qui se dit seul, deux présidents de chambre qui se disent oubliés, un porte-parole et un secrétaire général qui se contredisent en public.

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B
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