Droits humains Comment le Rwanda procède au changement de peuplement dans l’Est de la RDC

Comment le Rwanda procède au changement de peuplement dans l’Est de la RDC

Retours clandestins, titres fonciers détruits, chefs coutumiers remplacés : le rapport de l'ONU documente un changement de peuplement dans l'Est.

Comment le Rwanda procède au changement de peuplement dans l’Est de la RDC
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 2 JUILLET 2026 - 12:14 WAT · 4 min de lecture

D’un côté, des Congolais hutus poussés vers le Rwanda. De l’autre, des arrivées en sens inverse, discrètes, sans contrôle de l’État ni du HCR. Le rapport à mi-parcours du Groupe d’experts de l’ONU sur la République démocratique du Congo, coté S/2025/858, décrit un double mouvement de population qui converge vers un même effet : la modification du peuplement dans l’Est. « L’AFC/M23 a continué à faciliter le retour clandestin de prétendus réfugiés congolais du Rwanda vers les territoires de Nyiragongo, Masisi et Rutshuru », écrit-il.

Le mécanisme est administratif autant que militaire. Selon le rapport, la rébellion a commencé à mettre en place des dispositifs pour organiser de futurs retours, en dehors de toute coordination gouvernementale. En parallèle, elle a remplacé des chefs coutumiers légalement nommés et détruit des archives de l’État, y compris des titres fonciers. Ces gestes, note le Groupe, ont facilité « des changements sur le plan de la démographie et en matière de propriété qui vont dans le sens de ses objectifs ».

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Les autorités congolaises tiennent le même dossier. L’annexe consacrée à ce volet reprend les accusations du ministre de l’Intérieur, formulées dans des communiqués des 14 mai et 18 juin 2025, selon lesquelles le Rwanda installe des familles munies de cartes d’identité rwandaises sur des terres de Masisi, Rutshuru et Nyiragongo. L’AFC/M23 a construit un centre de transit à Karenga, en juillet 2025, hors du regard des agences humanitaires.

Détruire un titre foncier n’est pas un dommage collatéral. C’est effacer la preuve écrite qu’une terre appartient à quelqu’un. Une fois les archives brûlées et les chefs coutumiers remplacés, la redistribution des terres et l’installation de nouveaux occupants deviennent des faits accomplis, difficiles à défaire. Le rapport relie explicitement cette prise de contrôle de l’administration locale à un objectif de peuplement.

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Ce chapitre prolonge celui des transferts forcés. Le Groupe d’experts a documenté le déplacement de 1 798 civils vers le Rwanda entre le 17 et le 22 mai, et il évoque « une tentative intentionnelle de remodeler la démographie locale dans l’est de la République démocratique du Congo ». Les retours clandestins en sens inverse forment l’autre versant de la même dynamique, celle d’un territoire dont on change les habitants.

La prudence méthodologique demeure. Le rapport parle de « prétendus réfugiés congolais » et souligne l’absence de vérification indépendante, faute d’accès accordé au HCR. Kigali récuse toute politique de peuplement. Mais la matérialité des actes décrits, remplacement des autorités, destruction des registres, centre de transit hors norme, dessine un schéma que les démentis n’expliquent pas.

Pour Kinshasa, l’affaire touche à la souveraineté dans ce qu’elle a de plus concret : qui vit sur la terre congolaise, et à quel titre. Le Groupe d’experts ne tranche pas la question du nombre. Il montre les instruments d’un remodelage en cours, et en confie l’examen au Conseil de sécurité.

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B
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