Droits humains Stade de l’Unité : 180 hommes hutus séparés, emmenés, disparus

Stade de l’Unité : 180 hommes hutus séparés, emmenés, disparus

Avant les transferts vers le Rwanda, l'AFC/M23 a séparé au moins 180 hommes hutus, conduits au Stade de l'Unité de Goma puis disparus, selon le rapport de l'ONU.

Stade de l’Unité : 180 hommes hutus séparés, emmenés, disparus
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 3 JUILLET 2026 - 17:55 WAT · 4 min de lecture

Avant que les convois ne partent vers le Rwanda, il y a eu un tri. À Sake, au bord du lac Kivu, l’AFC/M23 a séparé les hommes des femmes et des enfants parmi les civils rassemblés. Puis un groupe a été mis à part. Le rapport à mi-parcours du Groupe d’experts de l’ONU, coté S/2025/858, en fixe le nombre et le sort dans une phrase sans échappatoire : « At least 180 men accused of FDLR affiliation were separated and brought to Stade de l’Unité in Goma. From there, they were taken to an unknown location and their whereabouts remain unknown. » Au moins cent quatre-vingts hommes, accusés d’être des FDLR, conduits dans un stade, puis évaporés.

Le lieu n’est pas anodin. Le Stade de l’Unité, à Goma, est une enceinte publique connue de tous. En y regroupant des captifs avant de les faire disparaître, la rébellion a opéré à ciel ouvert, sous supervision armée. Ce que le rapport décrit relève d’une catégorie précise du droit international, la disparition forcée, quand une personne est arrêtée puis soustraite à toute protection de la loi, sans que sa famille sache si elle est vivante.

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Ce tri s’inscrit dans l’opération plus large des transferts de mai. Entre le 17 et le 22 mai, l’AFC/M23 a transféré 1 798 civils vers le Rwanda, présentés comme un « retour volontaire » de ressortissants rwandais. Le rapport a établi que les conditions d’un retour volontaire n’étaient pas réunies. Les cent quatre-vingts hommes du stade sont l’angle mort le plus sombre de cette opération, ceux dont on a perdu la trace.

La rébellion a verrouillé le contrôle des identités. Au centre de transit du HCR à Goma, les vérifications se sont faites sous armes, et le point focal humanitaire de l’AFC/M23, Chantal Murekatete Kayitaba, a menacé le personnel de l’agence. Les entretiens ont été confiés à des agents de la Commission nationale pour les réfugiés dont le coordonnateur, à Goma, avait fait défection vers l’AFC/M23. Celui censé protéger les réfugiés travaillait désormais pour ceux qui les triaient.

Effacer les gens commence par effacer leurs papiers. Selon l’annexe consacrée à ces transferts, l’AFC/M23 a confisqué et brûlé publiquement les cartes d’électeur et les titres fonciers des réfugiés, en présence de son porte-parole Oscar Balinda, de son porte-parole militaire Willy Ngoma et du commandant militaire de Goma, le « colonel » Nsanze Nzamuye Jimmy. Détruire une carte d’électeur, c’est nier une citoyenneté.

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La preuve du caractère forcé tient à un contre-exemple. Au moins soixante-douze Congolais transférés au Rwanda sont revenus après avoir réussi à prouver leur nationalité congolaise. D’autres, faute d’avoir pu le faire, ont été déportés illégalement. Et parmi les civils raflés à Sake, quatre-vingt-dix pour cent des personnes interrogées voulaient rentrer chez elles, au Rutshuru, pas passer la frontière.

Pour Kinshasa, ces cent quatre-vingts disparus posent une question que ni un cessez-le-feu ni un accord commercial ne referment : où sont-ils. Le Groupe d’experts ne prononce pas de qualification pénale définitive. Il consigne un chiffre, un lieu et une absence, et en confie l’examen au Conseil de sécurité.

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