Cinq jours, trois convois, 1 798 Congolais : le transfert forcé vers le Rwanda que documente l’ONU
1 798 civils congolais transférés de force vers le Rwanda en cinq jours : le rapport de l'ONU décrit un transfert qui pourrait relever du crime contre l'humanité.
Cinq jours, trois convois, 1 798 Congolais : le transfert forcé vers le Rwanda que documente l’ONU
AFP
Tout a commencé par un rassemblement. Le 12 mai 2025, l’AFC/M23 a réuni plus de 2 000 civils dans des abris collectifs autour de Goma et de Sake, pour la plupart des Hutus venus de villages proches du parc national des Virunga, déplacés de force en février. Puis les convois sont partis vers l’est. Le rapport à mi-parcours du Groupe d’experts de l’ONU, coté S/2025/858, en tient le compte précis : « Au total, 1 798 de ces personnes ont ensuite été transférées vers le Rwanda entre le 17 et le 22 mai. »
L’opération a été présentée par la rébellion comme un rapatriement volontaire. Le Groupe d’experts la range dans une autre catégorie. « Bien que l’AFC/M23 ait présenté l’opération comme un « retour volontaire » de ressortissants rwandais, les conditions d’un retour volontaire n’étaient pas réunies », écrit-il. La plupart des personnes concernées n’ont pas pu confirmer ou contester leur nationalité, ni s’opposer au transfert.
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Le déroulé porte les marques de la contrainte. Au centre de transit du HCR à Goma, les vérifications se sont déroulées sous supervision armée. Les hommes accusés d’appartenir aux FDLR ont été séparés de force. Selon les données réunies par les enquêteurs, au moins 180 d’entre eux ont été conduits au Stade de l’Unité de Goma, puis vers un lieu inconnu. Le point focal humanitaire de l’AFC/M23, Chantal Murekatete Kayitaba, a menacé le personnel du HCR d’annuler les contrôles et de procéder au transfert.
Les convois ont été comptés jour par jour. L’annexe du rapport détaille trois vagues, les 17, 19 et 22 mai. Cartes d’électeur et titres fonciers des personnes transférées ont été confisqués et brûlés, effaçant les preuves de leur ancrage congolais. Côté rwandais, un responsable a qualifié publiquement les transférés d’anciens otages des FDLR, une lecture que les faits recueillis par le Groupe contredisent.
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Ces transferts s’inscrivent dans un dessein plus vaste. Les opérations conjointes de la FDR et de l’AFC/M23 contre les communautés associées aux FDLR, accompagnées de l’expulsion des populations majoritairement hutues, ont fait naître un soupçon que le rapport formule sans détour : « une tentative intentionnelle de remodeler la démographie locale dans l’est de la République démocratique du Congo ».
La qualification juridique est posée avec prudence. Le ciblage délibéré et systématique d’un groupe sur une base communautaire « peut constituer un crime de guerre ou un crime contre l’humanité », écrivent les experts. Les rapatriements se sont poursuivis après mai, mais les restrictions imposées au HCR l’ont empêché de vérifier les conditions du transit. Le Groupe en tire une conclusion mesurée et lourde : « il n’est pas possible d’établir de manière concluante que les récents retours se sont déroulés sans facteurs coercitifs ».
Pour Kinshasa, ce chapitre est le plus grave. Il ne s’agit plus seulement d’occupation ni de pillage, mais du déplacement organisé d’une population congolaise vers l’État voisin accusé d’orchestrer le conflit. Le Groupe d’experts ne prononce pas de verdict pénal. Il établit une chronologie, un chiffre et une intention possible, et laisse au Conseil de sécurité le soin d’en tirer les conséquences.

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