RDC: A quoi joue Massad Boulos?
Devant le Conseil de sécurité, Massad Boulos a renvoyé Kinshasa et Kigali à leurs manquements respectifs. Une symétrie que les actes de Washington, qui n’a sanctionné que le Rwanda, démentent.
RDC: A quoi joue Massad Boulos?
AFP
Le 26 juin, devant le Conseil de sécurité, Massad Boulos a tenu la balance égale entre Kinshasa et Kigali. La RDC, fautive de n’avoir pas neutralisé les FDLR « dans les zones contrôlées » ; le Rwanda, fautif de n’avoir pas retiré ses forces ni cessé son soutien au M23. Deux « retards » que le conseiller du président américain pour l’Afrique a jugés également « inacceptables ». Dans la même salle, le même jour, l’ambassadeur de la RDC à l’ONU, Zénon Mukongo Ngay, refusait cette balance.
La symétrie a un défaut : Washington la dément par ses propres actes. Quelques phrases plus loin dans son intervention, Boulos rappelait que les États-Unis avaient sanctionné en mars l’armée rwandaise elle-même, puis, la veille du Conseil, un réseau de contrebande de minerais travaillant pour le M23. On ne frappe pas deux camps « à parts égales » quand on sanctionne l’un et jamais l’autre. Depuis février 2025, le Trésor américain a visé un ministre rwandais, l’état-major des Forces de défense rwandaises et un réseau minier de Kigali. L’État congolais, lui, n’a fait l’objet d’aucune sanction.
L’asymétrie est d’abord militaire. Le dernier rapport du Groupe d’experts de l’ONU estime entre 3 000 et 4 000 le nombre de soldats rwandais déployés dans l’Est, et écrit que « chaque unité du M23 était supervisée et appuyée par les forces spéciales rwandaises ». Cette coalition a pris Goma fin janvier 2025, puis Bukavu, et administre aujourd’hui des pans entiers des Kivus. En face, les FDLR, milice hutu héritière des auteurs du génocide rwandais de 1994, sont une force résiduelle de quelques centaines à environ deux mille hommes, très affaiblie depuis 2022, sans rien qui ressemble à une capitale provinciale occupée. Ranger la non-neutralisation des seconds et l’occupation par les premiers sous le même mot, « retard », aplatit cette disproportion.
L’asymétrie est aussi juridique. La résolution 2773, adoptée en février 2025, exige le retrait des troupes rwandaises et le départ du M23 des villes conquises, tout en appelant la RDC à cesser tout soutien aux FDLR. Les deux torts n’y ont pas le même statut : l’un est une exigence, l’autre un appel. C’est à ce texte que Mukongo s’est accroché le 26 juin, réclamant « la mise en œuvre intégrale et sans condition de la résolution 2773 (2025), notamment en ce qu’elle exige le retrait sans condition de la force de défense rwandaise du territoire congolais ».
Le dos-à-dos n’est pourtant pas une pure invention, et l’honnêteté commande de le dire. Kinshasa porte une obligation réelle et non tenue sur les FDLR. Le même jour, le chef de la MONUSCO, James Swan, constatait que les forces armées congolaises combattent appuyées par les milices wazalendo « et, dans certaines zones, par les FDLR ». La RDC a armé des supplétifs wazalendo et, là où l’ONU le constate, des combats se mènent aux côtés de la milice rwandaise : sur ce terrain de la sous-traitance armée, ses mains ne sont pas parfaitement propres. Et les engagements pris dans le cadre des accords de Washington lient les deux camps : à ce titre contractuel, la symétrie a un fondement.
Reste que la formule efface la question première. Avant de mesurer qui a tenu ses promesses, il faut dire qui a franchi une frontière, qui occupe deux capitales provinciales et y installe des administrations parallèles, et qui a été officiellement sanctionné pour cela. La réponse, dans les trois cas, ne renvoie pas dos à dos.
Kigali, lui, assume une lecture défensive. Le FDLR, présenté comme une menace existentielle, justifierait sa présence, le M23 servant de bouclier aux populations tutsi congolaises. Paul Kagame dénonce une « pression sélective » qui le condamnerait à choisir entre se défendre et être sanctionné. Mais de nombreux spécialistes jugent que les FDLR, exsangues, ne menacent plus sérieusement le Rwanda et servent de prétexte à des intérêts miniers, une lecture que la sanction américaine contre le réseau aurifère de Kigali est venue conforter.
Pour un médiateur, renvoyer les belligérants dos à dos est commode : cela ménage les deux capitales et garde ouverts les canaux de la négociation. À Kinshasa, où l’on compte les morts de Goma et les administrations installées par l’occupant, l’équivalence a un goût d’injustice. Et elle bute sur un fait têtu : Washington a beau parler d’égale responsabilité, il n’a, jusqu’ici, sanctionné qu’un seul des deux camps.
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