Ebola à Rutshuru : à Kibirizi, un centre d’isolement sans malade fait fuir les patients de l’hôpital
Aucun cas d’Ebola n’a été confirmé dans la zone de santé de Kibirizi. L’installation d’un centre d’isolement préventif à Kalonge y a pourtant fait chuter la fréquentation de l’hôpital général de référence depuis fin juin.
FILE PHOTO: Red Cross workers wearing personal protective equipment (PPE) prepare to lower the coffin of Dr Tibenderana Katho Blaise who worked at the Centre Medical Evangelique (CME) in Hoho commune and died of Ebola virus, as aid agencies intensify efforts to contain a new Ebola outbreak caused by the Bundibugyo virus, at the Nyamurongo cemetery in Bunia town, Ituri province, Democratic Republic of Congo, May 26, 2026. REUTERS/Gradel Muyisa Mumbere TPX IMAGES OF THE DAY/File Photo
AFP
Depuis la fin du mois de juin 2026, l’hôpital général de référence de Kibirizi, en territoire de Rutshuru au Nord-Kivu, voit sa fréquentation baisser. La cause n’est pas une épidémie déclarée dans la zone de santé, où aucun cas d’Ebola n’a été confirmé à ce jour. C’est l’installation d’un centre d’isolement à Kalonge, prévu pour anticiper l’arrivée du virus, que la population lit comme la preuve qu’il est déjà là.
La direction de l’établissement décrit le mécanisme : une partie de la population interprète la présence du centre comme le signe que la maladie a déjà été signalée dans la zone, redoute de fréquenter l’hôpital, et l’établissement enregistre depuis une baisse du nombre de malades reçus, alors que l’installation relève de la seule prévention.
Ebola à Rutshuru : une zone encore indemne dans une province qui bascule
La zone de santé de Kibirizi ne figure pas parmi les zones atteintes. Le Nord-Kivu, lui, y est entré massivement. Le rapport de situation n° 080 du Centre d’opérations d’urgence de santé publique, arrêté au 2 août, porte le cumul national de la dix-septième épidémie de maladie à virus Ebola à 3 802 cas confirmés et 1 707 décès dans cinq provinces, pour une létalité provisoire de 44,9 %.
La province est passée de onze à douze zones de santé touchées sur trente-quatre. « Une nouvelle zone de santé est atteinte au cours des dernières 24 heures : la zone de Lubero, au Nord-Kivu », écrit le Centre d’opérations d’urgence, précisant que son premier cas confirmé est un décès. Le Nord-Kivu a franchi le cap des 400 cas confirmés et affiche une létalité de 68,8 %, contre 41,7 % en Ituri, où se concentrent 87,2 % des cas cumulés et où sont menés les premiers essais cliniques.
C’est cette progression qui justifie l’installation préventive de structures d’isolement dans les zones encore épargnées. Kalonge en fait partie. Le refus opposé aux équipes sanitaires n’est pas propre à Rutshuru : à Butembo, deux structures de santé ont été incendiées en quarante-huit heures, et à Beni, une équipe d’enterrements dignes et sécurisés a été prise à partie.
Un dispositif provincial déjà saturé
Le Nord-Kivu aborde cette extension avec le parc logistique le plus dégradé de la riposte. Les rapports du Centre d’opérations d’urgence arrêtés au 30 et au 31 juillet le formulent dans les mêmes termes : « Les indicateurs logistiques restent dégradés : 50 motos fonctionnelles sur 100 attendues, 6 véhicules sur 7, 5 ambulances sur 30, aucun corbillard sur 20, 2 CTE construits selon les normes sur 11 et aucun CT sur 36 ; aucune zone n’est exempte de rupture en intrants PCI et 4 zones sur 11 seulement sont approvisionnées en intrants de prise en charge holistique. »
Les structures d’isolement de la province affichaient le 31 juillet un taux d’occupation de 139 %, pour une capacité de 141 lits. Cent quatre-vingt-seize malades y étaient isolés, vingt-sept confirmés et cent soixante-neuf suspects. Le maillon diagnostique est tendu ailleurs aussi : au Haut-Uélé, un seul laboratoire fonctionne sur les treize prévus.
À Kibirizi, l’hôpital travaillait déjà sous contrainte avant l’arrivée du centre d’isolement. En juin, l’agglomération de la chefferie de Bwito a connu plus d’un mois sans eau potable, les bornes-fontaines étant à sec après la réduction du captage et des pannes sur les conduites. Certains patients passaient alors plusieurs jours sans pouvoir se laver.
Ce que la fuite des patients coûte
Une baisse de fréquentation hospitalière pendant une épidémie ne se limite pas aux cas d’Ebola. Elle touche le paludisme, les accouchements, les urgences chirurgicales et les vaccinations de routine, dont la prise en charge continue de dépendre de l’hôpital. La direction de l’hôpital insiste sur ce point pour les enfants, en appelant les familles à ne pas craindre l’hospitalisation d’un enfant présentant une forte fièvre ou d’autres signes suspects.
L’Organisation mondiale de la santé a déclaré l’épidémie urgence de santé publique de portée internationale le 17 mai 2026. Le virus en cause est le Bundibugyo, et l’épidémie touche aussi l’Ouganda. Dans ses recommandations, le directeur général appelle à « renforcer la sensibilisation, la mobilisation et la participation communautaires, en particulier afin d’identifier et de surmonter les normes culturelles et les croyances qui font obstacle », et à « veiller à ce que les cas suspects puissent être transférés en toute sécurité vers des unités cliniques spécialisées en vue de leur isolement et de leur prise en charge, suivant une approche humaine et centrée sur les patientes et les patients ».
La direction de l’hôpital de Kibirizi formule la même demande dans les termes de sa zone : les installations d’isolement relèvent de la prévention et leur présence ne signifie pas que la maladie a été signalée sur place.
Au niveau national, la Première ministre Judith Suminwa, qui s’était rendue en juillet dans les foyers de l’Ituri, a tenu le 27 juillet une séance de travail sur la riposte et demandé aux ministres de la Santé publique et des Affaires sociales de lui présenter sous quinze jours des propositions de renforcement, après une mission conjointe de haut niveau menée les 24 et 25 juillet.
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