Politique « La nation est en péril » : la CENCO rejette le changement de Constitution

« La nation est en péril » : la CENCO rejette le changement de Constitution

Réunis en plénière extraordinaire à Kinshasa, les évêques de la CENCO rejettent le changement de Constitution, redoutent la balkanisation et somment Tshisekedi d’honorer son serment.

Deuxième réunion de l’Union sacrée présidée par Félix Tshisekedi. PHOTO DROITS PRÉSIDENCE.
AFP

La Rédaction
Kinshasa - 19 JUIN 2026 - 13:39 WAT · 5 min de lecture

Kinshasa, le 20 juin. Au terme de trois jours d’assemblée plénière extraordinaire, les évêques catholiques de la Conférence épiscopale nationale du Congo (CENCO) ont rendu leur verdict sur le dossier qui fracture la classe politique : le changement de la Constitution du 18 février 2006. Dans un message à la nation au titre sans détour, « La nation est en péril », ils écartent l’option défendue par le pouvoir. « Après un profond discernement, nous ne voyons ni la nécessité, ni l’urgence, ni l’opportunité de changement de la Constitution », tranchent-ils.

Le ton est grave. L’épiscopat, dont la position a été présentée par son secrétaire général, Mgr Donatien Nshole, redoute qu’un passage en force ne fasse vaciller le pays. « Tout passage en force dans cette direction comporte des risques énormes de balkanisation du pays », avertit le message, qui juge, dans un climat où « les rivalités politiques revêtent des connotations ethniques et tribales », que « le déclenchement d’une autre guerre civile est à redouter ». Les évêques s’adressent alors directement au chef de l’État, l’appelant à « honorer le serment qu’il a prêté devant Dieu et la Nation, celui de respecter et de défendre la Constitution » de 2006. « Agir autrement engagerait sa responsabilité personnelle et historique. »

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La sortie marque un durcissement net. En mars, la CENCO se bornait à juger « hasardeux » d’ouvrir le chantier constitutionnel dans le contexte sécuritaire actuel. Trois mois plus tard, après la promulgation de la loi sur l’organisation du référendum, l’Église catholique passe de la mise en garde au refus. Elle voit dans l’article 220, qui verrouille la durée et le nombre des mandats présidentiels, « un véritable rempart contre la dictature et la privatisation de l’État », et appelle la population à s’y opposer « par tous les moyens légaux et pacifiques ».

Les évêques ne s’en tiennent pas au principe. Ils décrivent une campagne pour le changement menée avec « les moyens de l’État » et « dans un climat de terreur contre des voix discordantes au sein même de la majorité, obligées de se taire par peur de représailles ». Ils accusent : les manifestations de l’opposition sont « violemment réprimées par la police nationale, en collaboration avec une milice d’un parti politique dénommé Force du Progrès ». Et de pointer le mobile réel qu’ils prêtent à certains promoteurs du projet, qui « ne cachent plus leur principale motivation, qui est d’offrir un autre cycle de mandat à l’actuel président de la République ».

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Sur le plan institutionnel, le dossier a pourtant avancé vite. La proposition de loi sur l’organisation du référendum a été adoptée par l’Assemblée nationale le 9 juin, par 348 voix contre 2, puis par le Sénat, avant un texte définitif arrêté en commission mixte le 16 juin. Il crée une Assemblée constituante et ouvre la voie à une consultation populaire, dont la date reste à fixer et que le chef de l’État seul convoquera. Félix Tshisekedi avait posé le cadre début mai : « Si changement ou révision il doit y avoir, cela ne se fera jamais sans consulter la population. » Avant d’ajouter, sur un éventuel troisième mandat : « Si le peuple souhaite que j’aie un troisième mandat, je l’accepterai. »

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C’est cette perspective qui divise jusqu’au camp présidentiel. Modeste Bahati Lukwebo, deuxième vice-président du Sénat et patron de l’AFDC-A, s’est démarqué dès mars : « La Constitution est suffisamment claire. Ce qui pose problème, c’est le respect et la mise en œuvre effective de ses dispositions. » Jean-Pierre Bemba, lui, avait tracé une ligne restée fameuse, oui à la révision, non au changement : « Qui a parlé du changement ? » Quant à Vital Kamerhe, président de l’Assemblée nationale, il n’a rallié le camp du changement qu’à la fin du mois de mai. Sur le terrain, seules l’UDPS et une partie des Églises de Réveil ont battu le pavé pour le projet.

Face à eux, l’opposition ne lâche rien. Réunie au sein de la Coalition Article 64, qui rassemble Martin Fayulu, Moïse Katumbi, Augustin Matata et Delly Sesanga, elle a multiplié les actions, de la journée « ville morte » du 3 juin au sit-in du 12 juin durement réprimé, dont le bilan humain reste contesté. Le verdict des évêques rebat désormais les cartes : avec la CENCO et l’Église du Christ au Congo (ECC) rangées contre le changement, et une opposition qui hausse la mise, la réforme la plus sensible du quinquennat avance dans les institutions, mais se retrouve isolée dans le pays.

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