Économie RGPH II : 130 735 aires, un agent par aire… ce que la carte dit des 160 000 emplois
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RGPH II : 130 735 aires, un agent par aire… ce que la carte dit des 160 000 emplois

Le Bureau central de recensement annonce 160 000 emplois directs. La Banque mondiale écrivait 150 000 agents en avril, l’UNFPA 200 000 en juillet. Ce que le découpage du territoire permet de vérifier.

RGPH II : 130 735 aires, un agent par aire… ce que la carte dit des 160 000 emplois
AFP

Rédaction Kinshasa
Kinshasa - 10 SEPTEMBRE 2026 - 07:56 WAT · 7 min de lecture

Le Bureau central de recensement a annoncé mercredi, à Kinshasa, que le deuxième Recensement général de la population et de l’habitat permettrait « la création de près de 160 000 emplois directs ». L’annonce a été faite lors d’une formation destinée aux opérateurs cartographes par Stéphane Makamba, chef de division informatique du Bureau central de recensement, et rapportée par l’ACP. Elle ajoute que ces emplois seront « déployés sur environ une année » et qu’ils s’accompagneront d’emplois indirects dans la logistique, le transport, la formation, la restauration et les services numériques.

C’est le troisième chiffre officiel avancé en cinq mois pour la même opération, et les trois ne se rejoignent pas.

150 000, 160 000, 200 000

En avril 2026, la Banque mondiale a rendu publique la fiche du projet DECIDE, qui porte son concours au recensement congolais. Le document écrit que l’opération mobilisera « plus de 150 000 agents recenseurs temporaires » à travers les 26 provinces.

Le 4 juillet 2026, le Fonds des Nations unies pour la population, partenaire technique principal du recensement, a publié une note d’étape indiquant que « plus de 200 000 agents recenseurs » seraient déployés dans les 145 territoires d’ici juillet 2027.

Mercredi, le Bureau central de recensement a dit 160 000.

Entre le chiffre de la Banque mondiale et celui de l’UNFPA, l’écart est de 50 000 personnes, soit un tiers, en trois mois d’intervalle, sur la même opération et pour le même calendrier. Aucune des trois institutions n’a expliqué la révision.

Une part de l’écart tient au périmètre, et il faut le dire. La Banque mondiale et l’UNFPA comptent des agents recenseurs, c’est-à-dire les personnes qui iront frapper aux portes. Le Bureau central de recensement, lui, parle d’« emplois directs », une notion plus large qui peut inclure les chefs d’équipe, les superviseurs, les coordonnateurs, les opérateurs de saisie et le personnel de traitement. La ventilation des 160 000 n’a pas été publiée.

Ce que le découpage du territoire permet de calculer

Il existe une manière de vérifier l’ordre de grandeur, et elle passe par la carte.

Le pays a été découpé en aires de dénombrement, la maille de base d’un recensement. Le Bureau central de recensement en a tracé 130 735 à partir d’images satellitaires et d’empreintes de bâtiments. Le site officiel du recensement précise qu’une aire de dénombrement compte « environ 100 à 250 ménages ».

La règle censitaire est simple : un agent recenseur par aire de dénombrement. Le socle est donc d’environ 130 000 agents. Le chiffre de 160 000 correspond alors à ce socle augmenté d’environ 30 000 encadrants, soit un superviseur pour quatre à cinq aires. C’est un dimensionnement classique. Celui de 200 000 supposerait un encadrant pour deux aires, ce qui serait inhabituellement dense. Celui de 150 000 est le plus économe.

Le calcul inverse est instructif. Ces 130 735 aires, à 150 ménages en moyenne, donnent environ 19,6 millions de ménages, et à 5,5 personnes par ménage, environ 108 millions d’habitants. Le dispositif de terrain est donc calibré sur l’estimation onusienne actuelle de la population congolaise, 112,8 millions, elle-même projetée depuis le dénombrement de 1984.

Où en est le recrutement, réellement

La phase en cours n’est pas le dénombrement, c’est la cartographie censitaire, qui consiste à parcourir le terrain pour vérifier et corriger les limites tracées au laboratoire.

Quatre-vingt-cinq formateurs de formateurs ont été outillés en août sur les systèmes d’information géographique et les équipements de géolocalisation, avec une descente de terrain à Limete, Lemba et Masina le 26 août. Le coordonnateur technique du Bureau central de recensement, Henri-Marie Kazadi, a indiqué le 28 août que la seule ville-province de Kinshasa mobiliserait plus de 1 600 agents de cartographie. À l’échelle nationale, plus de 11 000 opérateurs cartographes doivent être déployés à partir de la mi-septembre.

Les conditions d’accès ont été énoncées en juillet par Caritas RDC, qui a servi de relais pour le dépôt physique des candidatures dans les 145 territoires : avoir entre 18 et 55 ans, être Congolais, résider dans le milieu de recrutement, justifier d’un niveau bac plus trois et de connaissances numériques de base. La formation est gratuite.

Onze mille cartographes aujourd’hui, entre 150 000 et 200 000 agents recenseurs en juillet 2027 : le rapport est de un à quinze. Le gros du recrutement n’a pas commencé.

Le point de comparaison ivoirien

La Côte d’Ivoire a conduit son recensement général en 2021, avec l’appui du même Fonds des Nations unies pour la population. Le dénombrement a duré 37 jours, du 8 novembre au 14 décembre, et a porté sur 28 096 651 résidents. Il a mobilisé 37 500 tablettes de collecte.

Rapporté à la population, cela fait une tablette pour 749 habitants. La RDC annonce 150 000 tablettes pour 112,8 millions d’habitants, soit une tablette pour 752 habitants. Les deux dispositifs sont de calibre identique, ce qui donne un point d’ancrage utile : le recensement congolais n’est pas surdimensionné, il est à l’échelle de sa population.

Sur les 8 000 tablettes nécessaires à la seule phase de cartographie, 3 000 ont été offertes par la Côte d’Ivoire au titre de la coopération Sud-Sud.

Ce que le seul comptage réel du pays disait

Le premier et unique recensement général de la République démocratique du Congo remonte au 1er juillet 1984. Il a dénombré 29 916 800 habitants, dont 14 543 800 hommes et 15 373 000 femmes, selon la Division de statistique des Nations unies. Les communications officielles arrondissent ce chiffre à « environ 30 millions ».

Le questionnaire faisait 17 pages, sur papier. Chaque agent devait enregistrer en moyenne 700 ménages à Kinshasa et 500 dans le reste du pays. Les chefs de ménage étaient rassemblés sur une place publique et passaient environ deux heures chacun. L’objectif fixé pour 2027 est de trente minutes au maximum par chef de ménage.

Le nombre exact d’agents recenseurs mobilisés en 1984 n’est pas publié. Les ratios de charge de travail situent l’effectif dans un ordre de grandeur de dix mille personnes. Si le chiffre de 160 000 se confirme, le recensement de 2027 mobilisera donc de l’ordre de quinze fois plus de personnes que celui de 1984, pour une population multipliée par 3,8.

Ce qui n’est pas encore public

Trois éléments manquent pour juger l’annonce de mercredi sur pièces.

La ventilation des 160 000 emplois entre agents recenseurs, encadrants et personnel de traitement n’a pas été communiquée. Le nombre d’emplois indirects annoncés dans la logistique, le transport ou la restauration ne repose sur aucune étude d’impact publiée. Et la rémunération des opérateurs cartographes comme des futurs agents recenseurs n’a été donnée par aucune source officielle.

Un point technique mérite d’être noté en revanche, parce qu’il rendra ces engagements vérifiables. Le Fonds des Nations unies pour la population indique que l’ensemble des opérations du recensement est dématérialisé, « y compris le paiement des salaires du personnel de terrain ». Une paie numérique laisse une trace. Elle permettra, le moment venu, de savoir combien de personnes ont réellement été payées, et quand.

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B
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