CENCO et ECC : le pari risqué de l’Église au cœur du dialogue en RDC
Médiatrice du dialogue, négociatrice du report de la marche, autrice du Pacte social : l'Église est devenue l'acteur pivot de la crise congolaise. Et le plus exposé.
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AFP
Le 17 juillet, ce n’est pas le président de la République qui a annoncé l’ouverture du dialogue national, mais un cardinal. En annonçant, au nom de Félix Tshisekedi, que celui-ci avait « levé l’option » d’un dialogue « entre les fils et les filles du Congo », le cardinal Fridolin Ambongo a donné l’image la plus nette de ce qu’est devenue l’Église catholique, avec sa partenaire protestante, dans la crise congolaise : non plus un simple témoin moral, mais l’acteur pivot de la sortie de crise. Un rôle central, et périlleux.
La Conférence épiscopale nationale du Congo et l’Église du Christ au Congo mènent aujourd’hui trois missions de front. Elles portent, depuis février 2025, un « Pacte social pour la paix », présenté au chef de l’État, que celui-ci avait, selon les prélats, « beaucoup apprécié », et qu’ils décrivaient comme un moyen de « sortir de la crise sans bain de sang ». Elles ont accepté, en juillet, la médiation du dialogue : « Nous avons accepté cette mission que le chef de l’État nous confie », a déclaré le cardinal Ambongo. Et elles se sont invitées, le 18 juillet, dans le calendrier de la rue, en consultant l’opposition « afin d’obtenir le principe du report » de la marche du 22 juillet.
Cette centralité a un revers : jamais l’Église n’a été aussi exposée. Le pouvoir qui la nomme médiatrice est celui dont elle conteste le projet phare. Les évêques ont pris position, dans une déclaration, contre toute modification de la Constitution, qu’ils jugent inopportune. Et cette opposition a un coût jusque dans la rue : les 20 et 21 juin, à Kananga, des jeunes se réclamant de l’UDPS ont manifesté devant des paroisses pour réclamer que l’archevêque, Mgr Félicien Ntambue, retire sa signature du texte des évêques. L’institution que le chef de l’État charge de rassembler est aussi celle que sa propre base prend à partie.
D’où l’ambiguïté du rôle. Médiatrice mandatée par un camp, l’Église doit convaincre l’autre qu’elle n’est l’instrument de personne. La C64, qui a refusé le report qu’on lui demandait, éprouve déjà cette neutralité. Reste que l’Église n’entend pas se contenter d’ouvrir la porte : avec le Pacte social, elle a montré qu’elle voulait peser sur le fond, pas seulement sur la forme, au risque de heurter le pouvoir qui l’a mandatée comme l’opposition qu’elle doit ramener.
Ce qu’elle engage dans cette séquence, c’est son capital le plus rare dans un pays où les institutions sont contestées : la confiance. Pour beaucoup de Congolais, elle demeure l’un des derniers arbitres crédibles. Mais un arbitre qui échoue à rapprocher les camps, ou qui apparaît trop proche de l’un, entame ce capital. Entre un pouvoir qui la mandate et une opposition qui la soupçonne, la marge est étroite.
En acceptant de convoquer les autres autour d’une table, la CENCO et l’ECC ont fait un pari : ouvrir un dialogue sans être emportées par lui. Le 17 juillet, l’Église a parlé à la place du président. Il lui reste à prouver qu’elle peut parler pour tous.
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