2011 : l’élection qui durcit la méfiance
Cinq ans après l'élan de 2006, le Congo retourne aux urnes en 2011. Là où le premier scrutin avait suscité l'espoir, le second installe durablement la méfiance.
Cinq ans après l’élan de 2006, le Congo retourne aux urnes en 2011. Mais l’atmosphère a changé. Là où le premier scrutin pluraliste avait suscité l’espoir, le second laisse un goût amer et installe durablement la méfiance envers le processus électoral. 2011 est l’année où une partie des Congolais cesse de croire que leur vote sera respecté, et cette défiance pèsera lourd sur toute la décennie suivante.
Le cadre lui-même est contesté avant même le vote. Peu avant le scrutin, la Constitution est révisée pour faire élire le président en un seul tour, à la majorité simple, là où le texte de 2006 prévoyait deux tours. Cette modification, adoptée rapidement, est perçue par l’opposition comme taillée pour favoriser le sortant, en lui évitant un second tour risqué. Modifier les règles du jeu juste avant la partie nourrit le soupçon, et ce soupçon va contaminer tout le reste.
Le scrutin présidentiel de novembre 2011 oppose principalement Joseph Kabila à Étienne Tshisekedi, vieille figure de l’opposition. L’organisation est chaotique, marquée par des irrégularités, des retards, des incohérences dans la compilation des résultats. Joseph Kabila est proclamé vainqueur, mais des observateurs, dont des missions internationales reconnues, expriment de sérieux doutes sur la crédibilité et la transparence du décompte. Étienne Tshisekedi conteste, se proclame lui-même élu, et le pays se retrouve avec une élection dont le résultat officiel est largement rejeté par une partie de la population.
Les conséquences dépassent l’événement. 2011 abîme la confiance, déjà fragile, dans les institutions électorales. Elle ancre l’idée que les scrutins peuvent être manipulés, que la commission électorale n’est pas neutre, que le pouvoir s’arrange pour se maintenir. Cette perte de confiance est un poison lent pour une jeune démocratie. Quand les citoyens cessent de croire que le vote peut changer les choses, ils se tournent vers d’autres moyens, la rue, la contestation, parfois la résignation. La démocratie congolaise sort affaiblie de cette épreuve.
L’année 2011 prépare aussi, en creux, la grande crise de la fin de la décennie. Le mandat issu de ce scrutin contesté est celui qui aurait dû s’achever en 2016, déclenchant la bataille autour du maintien au pouvoir et de la limitation des mandats, que cette série raconte à travers l’alternance de 2018. La méfiance semée en 2011 germera en mobilisations, en répressions, en bras de fer institutionnel. Beaucoup de ce qui suit s’explique par ce moment où le pays a cessé de faire confiance à ses urnes.
Soixante-six ans après l’indépendance, 2011 reste une leçon sur la fragilité des acquis démocratiques. Une élection mal organisée et contestée ne se contente pas de produire un résultat douteux. Elle abîme durablement le contrat entre les citoyens et leurs institutions. Reconstruire la confiance perdue est bien plus difficile que de l’entretenir. Cette année rappelle que la démocratie ne se mesure pas seulement à l’organisation d’un vote, mais à la crédibilité du décompte et à l’acceptation du résultat. Sur ce terrain, le chemin du Congo est resté long, et la mémoire de 2011 explique pourquoi chaque scrutin, depuis, est scruté avec autant d’espoir que de défiance.
Cet article fait partie de « Congo 66 », la série de BETO consacrée aux histoires qui racontent la RDC depuis l’indépendance. Politique, économie, culture, société : BETO revient sur les récits, les ruptures et les héritages qui continuent de façonner le pays.
